Un peu d’histoire: la suraccumulation du capital, le capital fictif , le poids des dettes. La destruction des sociétés.

Traduction libre d’un texte de Paul Craig Roberts,

Ce qui n’est pas remboursable ne sera jamais remboursé. Nos sociétés accumulent des masses de dettes qui sont en grande partie fictives.

Les dettes sont des boulets qui empêchent le retour à une croissance normale, naturelle.

Les élites refusent de tirer les conclusions de la crise de sur-accumulation et, par courte vue, elles préfèrent une sorte de glaciation, grècisation ou italianisation du monde.

La sur-accumulation produit une chute inéluctable de la profitabilité du capital total, un besoin de sur-exploitation des salariés, un accroissement des inégalités, un développement effréné de la spéculation,  la mise en coupe des gouvernements par les ultra riches et finalement elle détruit nos ordres sociaux.

Cela fait plusieurs décennies que je défends l’idée de l’euthanasie des dettes, des renégociations, des moratoires et des remises jubilaires de dettes. 



Traduction libre d’un texte de Paul Craig Roberts,

Comme écoliers, mes amis et moi étions très intéressés par l’archéologie et les civilisations anciennes. Nous avons lu tous les livres alors disponibles. Mon meilleur ami avait l’intention de devenir archéologue et d’explorer d’anciennes ruines sur lesquelles nous imaginions plus que ce que nous connaissions réellement.

Pour autant que je sache, ces jours-ci, personne dans la population en général n’a la moindre idée de Sumer, de Babylone, d’Assyrie, d’Ur.

Pour le jeune américain, ce sont les années 1940, et non 2500 ans avant JC, qui sont un passé ancien.

On imagine probablement que 2000 ans avant l’Ancien Testament, l’ époque  etait brutale, politiquement incorrecte remplie d’horreurs  et de sacrifices humains.

En bref, on imagine un scénario pour film  d’horreur ou jeu vidéo.

En réalité, ces civilisations étaient plus avancées et plus humaines que les nôtres.

Eles étaient plus avancées parce que les dirigeants se concentraient sur la pérennité de la société et cherchaient à maintenir un équilibre viable entre débiteurs et créanciers.

Les dirigeants de l’époque ont maintenu l’équilibre social et, par conséquent, la vie de la société en annulant périodiquement les dettes. 

Les dirigeants ont compris que les intérêts composés entraînaient une croissance de la masse de dettes supérieure à celle de l’économie.

La conséquence en était  la saisie des terres agricoles, ce qui transférait  les richesses et le pouvoir à une  une petite oligarchie de créanciers.

En l’absence d’annulation des dettes  la société aurait été  privée d’une population libre sur le territoire, source de recettes fiscales, de soldats pour les forces armées et de main-d’œuvre destinée à l’entretien des infrastructures publiques. Une catastrophe aurait  inéluctablement suivi.

En l’absence d’annulation périodique des dettes , Une oligarchie tentaculaire peut renverser le souverain ou bien la population dépossédée peut préférer se jeter dans les bras d’un envahisseur potentiel qui va offrir sa protection   militaire en échange d’un abandon de dette.

Pour protéger leurs sociétés de la dissolution par des dettes impayables, les dirigeants ont périodiquement annulé les dettes agraires dues par l’ensemble des citoyens, mais non des dettes commerciales entre hommes d’affaires.

La motivation des remise des dettes était la préoccupation de  la stabilité et non l’idéologie égalitariste.

Nous connaissons cette histoire fascinante de la politique économique réussie de l’âge du bronze, car Michael Hudson a passé 30 ans en tant que chercheur universitaire au Peabody Museum de l’Université de Harvard, où il travaillait avec des spécialistes du monde  ancien. L’étude a abouti à l’organisation de cinq colloques sur une décennie et à la publication récente du livre de Hudson, “. . .  . and forgive them their debts.”

…and forgive them their debts

En Amérique, la population se noie dans des dettes qu’elle ne peut rembourser  – dettes d’études, cartes de crédit, dettes hypothécaires résidentielles, dettes de l’Etat et des administrations locales et dettes commerciales -, mais les décideurs ont préféré réserver le pardon des dettes aux financiers  et aux irresponsables des grandes banques et institutions financières.

La Réserve fédérale américaine a imprimé 4 000 milliards de dollars pour racheter les créances irrécouvrables des banques tout en autorisant la saisie de dix millions de propriétaires.

La dette liée aux prêts étudiants empêche les diplômés universitaires de constituer des ménages indépendants.

Les dettes hypothécaires et de cartes de crédit empêchent les ménages d’avoir un revenu discrétionnaire leur permettant de stimuler les ventes au détail.

Cependant, l’économie moderne n’a pas de solution pour empêcher notre société de sombrer dans l’endettement.

L’Amérique a depuis longtemps perdu ses agriculteurs indépendants à cause du surendettement

Il suffisait d’une sécheresse, d’une poussière ou de la hausse des taux d’intérêt sur les prêts  pour qu’ils deviennent insolvables. Les agriculteurs étaient  saisis et les propriétés, les  fermes étaient  transférées à des entreprises capitalistes  .

Aujourd’hui, il en va de même pour les producteurs laitiers. La réponse du Canada aux tarifs de Trump est d’appliquer  des tarifs douaniers  sur les produits laitiers américains. La baisse des revenus qui en résulte laisse les producteurs laitiers américains surchargés de dette. Cette activité va progressivement destinée à être se trouver concentrée entre quelques mains. L’indépendance économique disparait  de la société américaine. 

Les problèmes de monopoles, monopsones, oligopoles sont réels. 

C’est   d’autant plus vrai quand  les Américains endettés voient   leurs emplois à haute valeur ajoutée délocalisés et sont ensuite confrontés à une robotique qui les appauvrit .

Les activités des entreprises visant à maximiser les profits réduisent les revenus des Américains, mais pas leurs dettes. Ainsi, le service de la dette devient plus difficile.

Aux États-Unis, les banques de New York contrôlent aujourd’hui la politique de la Réserve fédérale et la législation financière

Nous sommes dans  une situation dans laquelle les monopoles, les monopsones et les oligopoles sont plus puissants  que le gouvernement central: celui  est incapable de les maîtriser ou de les combattre de quelque manière que ce soit.

Les entreprises privent les citoyens de leurs emplois en les délocalisant.

Les exigences  des créanciers empêchent les diplômés universitaires de se marier et de former  des ménages. Le service de la dette empêche la demande des consoééateurs de progresser, sauf au prix d’ une nouvelle augmentation de la dette.

C’est une économie irrésistiblement attirée  vers le bas, pas vers le haut. 

Il est clair que Hammurabi a beaucoup mieux réussi pour les Babyloniens que Washington ne peut le faire pour les Américains. 

3 réflexions sur “Un peu d’histoire: la suraccumulation du capital, le capital fictif , le poids des dettes. La destruction des sociétés.

  1. « Les dirigeants ont compris que les intérêts composés entraînaient une croissance de la masse de dettes supérieure à celle de l’économie. »

    « L’indépendance économique disparait
    de la société américaine. » (et de l’Europe)

    « Les entreprises privent les citoyens de leurs emplois en les délocalisant. »

    = L’esclavage moderne consiste en le piège de la crise systémique + l’hyperconsommation par la dette + l’externalisation, la mondialisation puis la robotisation des forces de production + la dépossession totale par la financialisation avec la duplicité du pouvoir politique.

    Une fois encore, on constate que notre époque dans une optique d’intérêt général a besoin de tea party et de Fordisme. Les GJ s’ils n’étaient pas paresseux et incultes auraient pu représenter une opportunité dans cette voie. Mais non… Attendons donc de voir la suite de la lutte entre les partisans d’une Europe des monnaies nationales et Bruxelles…

    J’aime

  2. Albert Einstein avait dit que les intérêts composés étaient la plus grande force dans tout l’univers.

    Nous sommes en train d’en prendre conscience à nos dépens.

    Alors oui, le texte de PCR prend tout son sens.

    J’aime

Répondre à John Drake Annuler la réponse.