En guise d’éditorial. Que faire des populistes, les intégrer?

Voici un article tiré et traduit du Spiegel allemand.

je vous le livre car il traite d’une question importante , pas seulement pour les Allemands mais aussi pour d’autres pays d’Europe.

Vous voudrez bien excuser quelques lourdeurs de traduction, l’élégance n’est pas nécessaire à la compréhension du texte.

Que faire des populistes, les intégrer?

La question posée contient sa réponse et ceux qui la posent ne s’en rendent même pas compte, prisonniers qu’ils sont de leur idéologie bien pensante.

Cette question pose d’emblée un rejet . On sent, on touche du doigt la supériorité de ceux qui posent la question: qu’est-ce que l’on peut bien en faire de ceux là? Il y a un eux et il y a un nous. C’est une question qui d’emblée pose le clivage, le rejet et une hiérarchie puisqu’il y a ceux qui décident d’admettre dans la communauté et ceux qui subissent. La question est le produit non conscient d’un système à deux vitesses, qui est celui décrit par exemple par Mouffe et Laclau. On ne résout pas les problèmes ensemble, non une partie décide pour tous et exclut ou intègre.Cette question est le symptôme de la parole du Maître. 

Ce n’est pas un choix puisque ce n’est même pas conscient et formulé, non c’est ainsi, c’est une évidence qui découle de la bien pensance dominante. Il y a les dominants qui ont raison et les autres , les dominés qui en tant que tels sont marginalisés d’abord, rejetés ensuite, puis bannis enfin, comme sous-citoyens. La machine à diaboliser est en route dès la question, rien que par la position des locuteurs.

Ce processus caché, non mis au jour n’est pas démocratique , presque par construction. Une classe sociale et ses alliés conscients ou mystifiés définit les normes économiques, politiques , sociales, culturelles  et morales qui conviennent à ses intérêts et ses agendas comme l’immigration et les imposent aux autres.

La politique cesse d’être l’art du compromis, l’art du possible compte tenu de l’état de la société, non la politique se pose comme rapport de forces;. au mieux la politique devient l’art de la persuasion, persuasion du camp du bien qu’il a raison et persuasion du camp du mal qu’il est maudit, diabolique. Au pire la politique devient l’art de la répression dure mais hypocrite , assez violente pour mater les révoltés et assez hypocrite pour garder le soutien des bourgeois et de leur bonne conscience humaniste.

Bien sur le rapport de forces provoque raidissements et radicalisations; ce qui augmente à la fois le nombre des extrémistes et en même temps donne encore plus de justification à leur bannissement. C’est un  processus vicieux , auto entretenu qu’ a bien utilisé Macron par exemple. 

C’est sur ce processus vicieux de production du populisme que les pouvoirs , les intellectuels et les médias devraient  s’interroger. Qu’est-ce qui fait que la question populiste se pose depuis près de 10 ans? Quelles sont les forces qui sont à l’oeuvre, quelles sont les évolutions du système qui sont responsables de cette dislocation de nos sociétés?

La question n’est guère posée et pour cause!

Si elle était posée elle consisterait à s’interroger sur ce qui a changé dans nos sociétés depuis quelques dizaines d’années, sur ce qui divise, sur ce qui fait que les uns restent intégrés et que les autres cessent de l’être. Il n’y a de trainards qu’en vertu d’un mouvement et donc il faut s’interroger sur ce mouvement. Son contenu, son rythme, son inclusion. 

Le questionnement déboucherait sur des mises au jour, des clarifications telles que la montée vertigineuse des inégalités, la disparition de la mobilité sociale, la paupérisation, la déculturation, la ghettoïsation, la dépossession,  bref la disparition progressive du sens de la vie d’un nombre de plus en plus important de gens: ils sont agressés, aliénés, étrangers au pays et à eux mêmes. Leur vie est pourrie. Ils ont de moins de choses à perdre, et c’est cela la vraie, la radicale prolétarisation. Ils   sont exploités radicalement, même quand ils sont assistés ils sont privées de tout et surtout de dignité.

Le système ne veut et ne peut s’interroger car alors tout se mettrait en place, tout se comprendrait:  le mode de fonctionnement, la reproduction, les déséquilibres, les mensonges, les mystifications, les arrangements malsains…

Que faire des populistes, les intégrer?

La réponse est simple, elle crève les yeux:

-il faut traiter les problèmes qui ont produit le populisme,

-il faut analyser la période historique qui l’ a fait naître , prospérer et s’enraciner.

-Il faut   non pas les exclure mais leur donner la parole.

-Il faut rompre le monopole de la parole et du discours donné aux élites et à leurs alliés

-Il faut donner aux minorités les moyens d’élaborer et de mettre en forme politique leur malaise, leur souffrances mais aussi  leur connaissance de la vie, car les autres, eux sont infirmes, ils ne la connaissent pas.

-il faut les financer comme tous les autres citoyens , leur donner égal accès aux ressources  puisqu’il faut rattraper le temps qui a été perdu à les marginaliser.

Bref synthétiquement il faut mener une politique de respect et de progrès pour tous et non pour les seuls privilégiés. L’avenir de la communauté n’est ni chez les Arnault ni chez les milliardaires ni chez les énarques ni chez les médiacrates, il est chez ceux qui, de tous temps, ont constitué le peuple.  



 

 

C’était la fête du travail en Allemagne et deux syndicats ont voulu célébrer – une affaire favorable à la famille, avec barbecues de  saucisses et animations pour les enfants. Le matin du 1er mai 2018, des membres des syndicats de Ver.di et d’IG Metall et leurs familles se sont réunis à Minden, une ville de l’état de Rhénanie du Nord-Westphalie, en Allemagne de l’Ouest, et leur manifestation visait à souligner « la solidarité, la justice et la diversité ». .  »

Anke Unger, la dirigeante du syndicat local, avait participé à l’organisation de l’événement et près de 400 personnes s’étaient présentées. Ce fut une journée exceptionnellement froide, mais sinon, tout semblait aller pour le mieux. Jusqu’à ce que Unger ait entendu parler du problème.

Sebastian Landwehr, 29 ans, également au barbecue, porte-parole adjoint du parti populiste d’extrême droite Alternative à l’Allemagne (AfD). Lui aussi est membre du syndicat. Landwehr dit qu’il a rejoint Ver.di il y a 10 ans et qu’il assiste depuis lors à la manifestation du 1er mai.

Unger n’avait jamais rencontré Landwehr auparavant, mais quand elle a appris qu’un politicien de l’AfD était là, elle s’est approchée de lui. « Nous aimerions vous demander de partir, s’il vous plaît », se rappelle-t-elle.

Landwehr lui a demandé quel était le problème, affirmant qu’il était également membre du syndicat. Unger a répondu qu’aucun membre de l’AfD ne serait toléré lors de la manifestation.

D’autres membres du syndicat se sont impliqués et des voix ont été exprimées. Les personnes présentes à l’événement ont déclaré que des menaces avaient été proférées. Et finalement, Landwehr est parti.

Après son renvoi, Landwehr a fait une vidéo avec son smartphone devant le bureau du syndicat local. S’exprimant devant la caméra, il a déclaré qu’il venait de subir « de la haine et du harcèlement » et que « cet ostracisme me rappelle très fort de 1933 ». Landwehr a téléchargé la courte vidéo sur Facebook, où elle a déjà été vue environ 40 000 fois.

À ce jour, Unger pense avoir eu raison de faire quitter Landwehr à l’événement. « Si nous l’avions toléré », dit-elle, « il aurait pu se présenter cette année avec un drapeau de l’AfD ». Le parti populiste a peu à voir avec la solidarité et la diversité, dit Unger. Au contraire: « L’AfD veut abolir les syndicats. » Que la fête soit l’occasion d’un retrait de la carte de la victime, dit-elle, ajoutant que ce serait pire de ne rien faire.

Le conflit à Minden n’est en aucun cas un incident isolé. Des choses similaires se produisent ailleurs- dans les écoles, les universités, les églises et les associations. Ils s’efforcent tous de déterminer le meilleur moyen de traiter avec les partisans de l’AfD, un parti qui compte des racistes et des voyous dans ses rangs. Cependant, il s’agit également d’un parti qui est représenté dans tous les parlements d’États du pays et au parlement fédéral de Berlin, le Bundestag.

À Berlin, une école Waldorf a choisi de ne pas admettre l’enfant d’un politicien de l’AfD. À Stuttgart, un parlementaire de l’AfD au Bundestag a été empêché de tenir un discours sur un marché de Noël. À Munich, un propriétaire de restaurant a mis à la porte un politicien de l’AfD peu après qu’un serveur travaillant pour le restaurant ait refusé de servir la femme. Et à Berlin, un restaurant prisé des célébrités et des hommes politiques a refusé de prendre une réservation pour le président de l’AfD Alexander Gauland et Alice Weidel, la dirigeante parlementaire du parti.

Un combat pour définir les limites

Ce sont tous, bien sûr, des cas isolés. Mais ils soulignent les difficultés rencontrées par la société allemande pour définir les limites, faut il   jeter les supporters de l’AfD ou essayer de les intégrer?

Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne s’efforce d’établir des frontières avec des groupes marginaux. Dans les années 1980, les syndicats appartenant à la Confédération allemande des syndicats (DGB) ont adopté ce qu’ils ont appelé des « mesures d’incompatibilité », qui visaient des partis politiques d’extrême droite extrémistes et qui sont toujours en vigueur aujourd’hui. Les mesures permettent à Ver.di d’expulser tout membre appartenant également au Parti national démocratique (NPD), un parti antisémite et xénophobe dont les membres glorifient les nazis.

Certaines sections locales de syndicats ont également commencé à appliquer cette règle aux membres de l’AfD. Jusqu’à présent, cependant, aucune décision de ce type n’a été prise au niveau de l’État ou au niveau national. Les responsables du bureau principal de Ver.di dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie affirment qu’ils délibèrent toujours. La plupart des membres du syndicat sont favorables à l’interdiction des sympathisants de l’AfD, mais certains se demandent si ce serait la bonne décision.

Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis que Peter Fischer, président de l’Eintracht Frankfurt, une équipe de la meilleure ligue de football professionnelle en Allemagne, s’est attaqué aux « nazis » et aux « foules brunes ». En référence directe à l’AfD, il a déclaré: « Personne ne peut être membre de l’Eintracht Frankfurt qui vote pour un parti qui défend le racisme, la discrimination et l’antisémitisme ».

Fischer a pris la parole lors de la réunion annuelle des membres du club et les fans de Francfort l’ont loué pour sa position et ses commentaires ont été applaudis par un tonnerre. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des membres présents ont voté pour le réélire à son poste.

Gabriele Renger, âgée de 65 ans, fait partie des nombreuses personnes qui ont salué les paroles et se sont jointes à l’ovation debout. Elle est membre du club depuis 20 ans et apporte son aide en tant que bénévole dans la division des supporters. Elle se réfère au président de club par son prénom et le décrit comme l’âme du club.

Elle dit partager l’opinion de Peter sur l’AfD, notant que le club regroupe des personnes de 70 pays différents. « Les personnes qui veulent exclure les autres simplement en raison de leurs origines ou de leur apparence n’appartiennent tout simplement pas », dit-elle.

Mais quelques personnes ce jour-là sont restées dans leur siège, abasourdies par ce qu’elles avaient entendu. Parmi eux, Michael Goebel, un employé administratif de l’Office fédéral de la police criminelle âgé de 61 ans, affirme qu’il est un fan de l’Eintracht depuis qu’il est garçon. Il est également membre de l’AfD, au service du parti en tant que membre non rémunéré du conseil municipal de Wiesbaden.

Goebel a déclaré que son intention initiale était de répondre immédiatement aux déclarations de Fischer lors de la réunion. Il dit qu’il voulait dire qu’il s’opposait lui aussi à l’antisémitisme et au racisme et qu’il n’avait rien à voir avec quelqu’un comme Björn Höcke, un extrémiste de droite haut responsable de l’AfD en Thuringe. Qu’il rejette également la violence et la discrimination – non seulement de la droite, mais également de la gauche. À la fin, cependant, il n’a pas pu trouver le courage. « L’atmosphère était tellement agitée qu’un débat n’a pas été possible », a-t-il déclaré aujourd’hui. Plus tard, Goebel a écrit une lettre ouverte à Fischer, mais il n’a jamais reçu de réponse.

Un « cas test »

À la mi-janvier, le Bureau de la protection de la constitution (BfV), l’agence de renseignement allemande qui surveille l’extrémisme politique et les menaces terroristes, a annoncé qu’il examinerait de plus près l’AfD. Un rapport publié par l’agence gouvernementale a déclaré que les « premières indications claires » avaient été détectées selon lesquelles « la direction du parti s’opposait à l’ordre fondamental démocratique et libéral ». Il a en outre déclaré que l’aile jeunesse de l’AfD, ainsi qu’un groupe entourant Höcke, constituait un « motif de suspicion ». À cela s’ajoutent les scandales financiers et les contacts douteux avec le Kremlin .

Mais comme dans d’autres partis politiques allemands, tous les membres de l’AfD ne se ressemblent pas. Est-il juste de les traiter tous de la même manière?

Un an plus tard, le président de l’Eintracht Frankfurt a réexaminé la question à Francfort, même si ce n’est que brièvement. Cette fois-ci, il a adopté une attitude plus modérée, assurant que personne ne serait exclu de l’Eintracht, mais que chaque individu devait réfléchir seul et décider si lui-même et ses valeurs correspondaient à celles du club.

Après le discours, Gabriele Renger en a parlé à des amis et ils ont convenu que c’était bien que les choses se soient calmées un peu. Mais elle n’a pas changé d’avis sur le sujet. « Vous ne pouvez pas regarder dans la tête des gens, mais je ne veux pas être dans un club avec des gens qui représentent le genre de choses que défend AfD », a déclaré Renger.

Professeur de jour, populiste de nuit

Une boîte aux lettres est située dans un couloir au quatrième étage de l’hôtel de ville de Potsdam, capitale de l’État de Brandebourg. Un autocollant y est gravé d’une caricature représentant une femme vêtue d’une minijupe. En dessous se trouvent les mots « zone exempte de burqa – arrêtez l’islamisation ». La boîte aux lettres appartient au groupe du parti AfD au conseil municipal et, à ce titre, c’est là que Dennis Hohloch, l’un des deux membres du conseil municipal du parti, reçoit son courrier officiel.

Hohloch porte une chemise blanche sous un pull en laine sombre, les cheveux ébouriffés légèrement afin de ne pas excéder ceux qui pourraient sembler appropriés pour un jeune homme politique très conservateur. Les papiers glissent hors de son sac de cuir usé et il le dépose par terre à côté de lui. « Oh, le livre de notes, » marmonna Hohloch avant de repousser à la hâte les papiers à l’intérieur.

Il ne s’agit que d’une anecdote mineure, mais c’est pourtant suffisant pour révéler les contrastes marquants qui définissent la vie quotidienne de Hohloch. Il passe ses soirées à débattre au nom de l’AfD devant le comité des finances du conseil municipal et à présider les séances de l’aile jeunesse du parti, le Junge Alternative (JA). En septembre, le Brandebourg élira un nouveau parlement et le parti de Hohloch lui a attribué la 10e place sur la liste des candidats. Hohloch pense avoir la chance de gagner un siège au parlement de l’état.

Le matin, Hohloch enseigne l’histoire et la géographie dans une école primaire du district de Spandau à Berlin. L’école est située dans un quartier de classe moyenne, ses rues sont bordées d’habitations unifamiliales bien entretenues.

En tant qu’enseignant, Hohloch est tenu à la neutralité politique. Les normes allemandes régissant la politique en matière d’éducation ont été établies en 1976 et stipulent que les enseignants ne doivent pas empêcher les élèves de former « leur propre jugement indépendant ». En tant que tel, « le point de vue personnel de l’enseignant, son arrière-plan scientifique et théorique et son opinion politique » sont « hors de propos ».

Mais dans quelle mesure une personne qui n’est pas simplement un membre d’un parti, mais qui est également active en son nom, peut-elle adhérer à une telle neutralité? Surtout en tant que responsable de l’AfD, qui l’année dernière a appelé les étudiants de nombreux États à signaler leurs enseignants sur des plateformes Internet s’ils ne se comportaient pas de manière politiquement neutre?

« La politique des partis n’a pas sa place dans les écoles », dit Hohloch, dans ce qui ressemble à une phrase qu’il répète fréquemment. « Je suis conscient que je suis sous étroite surveillance », dit-il. Il admet que la plate-forme Web de rapportage des enseignants, à laquelle participe son chapitre, n’a pas été complètement réfléchie. « Il est important de donner aux étudiants les outils nécessaires pour résister à l’endoctrinement », a-t-il déclaré. « Mais cette tâche incombe à l’État, pas à ceux des partis politiques ». En même temps, il a le sentiment que les étudiants conservateurs ont souvent des difficultés à l’école, en particulier lorsqu’il s’agit de cours de politique ou de sciences sociales. Il en va de même pour les enseignants conservateurs, dit-il.

‘Scènes désagréables’

En novembre 2016, un lycée privé protestant de Berlin a limogé un enseignant suppléant qui était également le trésorier de la section AfD du district berlinois de Neukölln. En outre, des vidéos de l’homme qui circulait sur les manifestations de « Bärgida », issue du mouvement islamiste PEGIDA de Dresde, circulaient sur Internet. L’administration de l’école a déclaré que sa démission avait été motivée par sa participation à ces manifestations.

Dennis Hohloch est également une source de conflit. Surtout quand il enseignait, il y avait « des scènes désagréables », dit-il, avec des collègues surtout, mais aussi avec des étudiants et des parents. Une fois, a-t-il dit, quelqu’un a barbouillé sa voiture avec une mousse odorante. Et certains professeurs ne lui ont pas dit un mot jusqu’à la fin. Une fois sa formation terminée, aucun poste ne lui a été proposé, alors qu’il en existait un à l’école. « Je suppose que cela a quelque chose à voir avec mon activité politique », déclare Hohloch, mais ajoute qu’il ne peut pas le prouver.

L’atmosphère dans son école actuelle est totalement différente. « Les collègues me respectent », dit-il, ajoutant que la plupart des critiques provenaient des parents. « Je dois m’expliquer de temps en temps », dit Hohloch. Lorsque DER SPIEGEL a demandé à commenter, le principe de l’école a déclaré qu’elle ne voulait pas parler de Hohloch – en partie parce qu’elle n’y était pas autorisée. Le bureau de presse du département de l’éducation du Sénat de Berlin, l’autorité scolaire de la ville-État, lui a interdit de le faire. Dans un courrier électronique, elle a demandé que ni son nom ni celui de l’école ne soient associés « aux activités politiques de M. Hohloch ».

Chaque cas d’ostracisme a un problème inhérent: aussi complexe et nuancé que le débat précédent ait pu être, il pousse nécessairement l’AfD dans le rôle de victime. Le club expulse un membre. L’école refuse d’inscrire l’enfant. AfD politicien exclu.

Maintes et maintes fois, le parti se plaint d’être marginalisé. La même séquence d’indignation suit toujours et à la fin, l’AfD obtient exactement ce que ses adversaires voulaient éviter en premier lieu: l’attention.

‘Se lever’

En décembre 2018, une vingtaine de personnes se sont réunies dans un bureau du quartier central de Mitte à Berlin, à l’invitation de la Fédération de la jeunesse catholique (BDKJ), l’association qui chapeaute les groupes de jeunes de l’église en Allemagne. Le sujet de la réunion: « Debout – un symposium sur le traitement de l’AfD. »

Ce n’était pas la première fois que la BDKJ abordait le problème. Lors de son assemblée générale annuelle en 2016, BDKJ avait adopté une résolution intitulée « Nous nous opposons à cause de notre foi! » En résumé, l’une des déclarations a indiqué que l’organisation n’interagirait pas avec l’AfD. C’est une position sur laquelle tous les représentants des organisations de jeunesse catholiques peuvent avoir recours.

Mais l’incertitude a bientôt commencé à grandir. À plusieurs reprises, les responsables politiques de l’AfD n’ont pas été invités à participer aux discussions et des vagues d’indignation ont suivi, parfois même des menaces. Un employé de la BDKJ a même dû être placé sous la protection de la police pendant plusieurs semaines. Cela a soulevé la question de savoir dans quelle mesure l’organisation devait rester ferme.

La présidente du BDKJ, Lisi Maier, a déclaré que l’attitude envers l’AfD n’avait pas changé depuis la résolution. « Si vous décidez finalement d’inviter l’AfD, ces débats doivent être bien animés afin que les populistes ne puissent pas utiliser la scène à leur avantage. Cela nécessite beaucoup de préparation. »

‘Montrer un peu la colonne vertébrale’

D’autres parties de l’église luttent également pour trouver la bonne façon de traiter les populistes de droite. Les œuvres caritatives catholiques et protestantes ont été particulièrement actives ces dernières années pour aider les réfugiés, les diocèses fournissant une aide de plusieurs millions d’euros. Des représentants de premier plan de l’AfD ont attaqué les églises pour cela, appelant leurs actions « un humanisme naïf ».

Au début de 2016, Reinhard Marx, cardinal de Munich, avait critiqué le parti pour son « langage radical de la haine ». À ce jour, les diocèses font ce qu’ils peuvent pour perturber les manifestations populistes de droite organisées près de leurs églises, notamment en faisant sonner les cloches des églises ou en éteignant les lumières. Les organisateurs de la convention allemande du Kirchentag protestant à Dortmund en juin ont exclu les membres de l’AfD de la participation aux séances de discussion. Nous devons « montrer du courage et prendre position » contre la radicalisation du parti, a récemment déclaré le président du Kirchentag, Hans Leyendecker.

Peu de politiciens incarnent mieux que Volker Münz, 54 ans, les conflits entre les églises et les populistes de droite. Député de l’AfD dans le parlement allemand depuis 2017, il a également passé de nombreuses années à faire du bénévolat au sein de sa congrégation protestante à Uhingen. petite ville située à l’est de Stuttgart. La paroisse compte environ 5 000 membres et trois bureaux: nord, sud et centre-ville. En 2013, Münz a été élu au conseil paroissial puis membre du synode du district, un comité responsable de l’auto-administration de l’église.

Son implication dans AfD a commencé à peu près à la même époque. Münz était membre de l’Union démocrate-chrétienne de centre droit jusqu’à ce qu’il fonde le parti dans les années 1990. En avril 2013, il assistait au congrès du parti fondateur de l’AfD, à l’époque où l’économiste conservateur Bernd Lucke dirigeait toujours le parti et l’AfD défendait principalement sa position critique vis-à-vis de la monnaie européenne commune. Münz a le sentiment d’avoir retrouvé un foyer politique, compte tenu des idées traditionnelles du parti sur la société et la famille.

De retour dans sa congrégation à Uhingen, Münz n’a jamais caché son adhésion à l’AfD. Et au début, personne n’a fait de bruit à ce sujet. Les conflits ne sont apparus qu’après les élections générales de 2017. Münz décrit comment le prêtre local Martinus Kuhlo l’avait approché à ce moment-là et lui avait dit que d’autres membres de l’église s’étaient plaints. Münz dit qu’il a été informé qu’il divisait la communauté et a été prié de démissionner de son poste dans l’église. Kuhlo, cependant, dit qu’il a seulement demandé à Münz s’il souhaitait continuer à remplir ses fonctions d’église maintenant qu’il avait été élu au Bundestag à Berlin.

Largement isolé

Aujourd’hui, sa démission du conseil paroissial est toujours attendue. En tant que porte-parole de la politique religieuse de l’AfD, disent-ils, il représente des points de vue rétrogrades. Par exemple, Münz s’oppose à la bénédiction des couples de même sexe et lutte contre le relâchement des lois sur l’avortement en Allemagne et contre ce qu’il prétend être une « idéologie de genre ».

Mais Münz n’est pas le seul à Uhingen avec ses positions conservatrices féroces. Lors des élections de 2017, plus de 17% des électeurs de la ville ont voté pour l’AfD. Cependant, à l’intérieur de l’église, Münz est en grande partie isolée et des responsables de l’église de la ville se sont également positionnés contre cette ville. « Nous sommes critiques vis-à-vis de l’AfD et nous sommes très clairs pour exprimer cela », a déclaré un pasteur de la paroisse. Et pourtant, elle est toujours aux prises avec ce problème. « Comment pouvons-nous réussir à rester respectueux dans nos interactions tout en veillant à rester clairs sur la question? » elle demande.

  • L’article que vous lisez a été publié en allemand dans le numéro 17/2019 (20 avril 2019) de DER SPIEGEL.

Qu’il s’agisse de jeter des gens ou de les intégrer, de tracer des frontières claires ou de rechercher un dialogue, l’expérience de Uhingen montre qu’il peut être assez difficile de choisir parmi plusieurs alternatives pour traiter l’Alternative allemande. Cela montre également que de petites étapes prudentes peuvent accomplir bien plus qu’une pause difficile.

Le prélat Gabriele Wulz, 59 ans, une sorte d’évêque régional responsable du district de l’église, réfléchit un instant avant de dire que Münz ne joue pas un rôle majeur dans la vie de l’église en ville. Wulz dit que Münz représente un « christianisme compatible avec l’AfD », un modèle qui se trouve dans la Bible et qui correspond à sa vision du monde. Néanmoins, affirme-t-elle, il est important de maintenir un dialogue ouvert avec le politicien AfD afin de garantir une « culture d’écoute », ne serait-ce que par respect pour le bureau.

Le pasteur Kuhlo a souligné que même si Münz siège au conseil, cela ne veut pas dire que les autres partagent ses opinions. La prochaine élection du conseil de paroisse devrait avoir lieu en décembre. Certaines personnes de la paroisse d’Uhingen espèrent secrètement que le politicien AfD ne se représentera plus.

Par Matthias Bartsch, Felix Bohr, Lukas Eberle, Miriam Olbrisch et Christopher Piltz

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