Les marionnettes et la ficelle, Kotarac coupe la ficelle.

Je n’ai pas analysé l’épisode Kotarac, partant du principe énoncé par Aristote qu’ « une hirondelle ne fait pas le printemps ni même un seul beau jour ».

Hélas, cette jonction des deux populismes, celui de droite et celui de gauche reste anecdotique.

Pour quelqu’un qui refuse l’ordre du monde créé par le néo- libéralisme financier, ce faux capitalisme, ce vrai socialisme pour les ultra riches, il y a lieu de  l’applaudir.

Je l’appaudis donc tout comme je l’ai fait pour le succès de Trump, ce baltringue!  Car je privilégie, en politique, la fonction de destruction. On ne peut rien construire sur les formes actuelles de la représentation politique. Il faut que cela aille plus mal avant d’aller mieux.

Les arrangements politiques actuels ne traduisent ni les volontés antagoniques des classes sociales, ni l’intérêt général, alors autant s’en débarrasser.

Tout le monde se lamente sur l’impuissance, sur l’échec et sur inutilité des actions militantes, personne n’ose admetre que pour que cela change il faut une union temporaire, une alliance des forces de refus .

Lisez comme je le fais les travaux des conseillers des élites; vous verrez que la divisions des populismes est une stratégie de maintien de l’ordre établi et que les ingénieurs sociaux n’ont qu’une peur:  la peur de la jonction, sous le charisme d’un leader, des extrêmes. C’est leur hantise . Et si c’est leur hantise c’est parce que ce serait la seule action politique efficace. Les élites ne gardent le pouvoir que par défaut, par émiettement, dislocation des classes sociales et mystification des consciences politiques 

Moi, je le proclame sans honte j’ai la convction raisonnée que seule l’alliance de tous ceux qui refusent l’ordre actuel, qui refusent la domination des élites, qui refusent la destruction des démocraties, qui refusent l’aggravation des inégalités, qui refusent  l’absence d’avenir de leurs enfants,  qui s’insurgent contre les politiques monétaires scélérates, tous ceux-la devraient comprendre que tant que le populisme de droite et de gauche restent divisés, alors cela durera.

On n’aura qu’une alternance des nuances, le choix entre un Macron autoritaire  et un Wauquiez séducteur, c’est à dire le choix entre deuxs marionnettes  reliées à la même ficelle.

 

Défection de Kotarac : tout le monde est content ?

Kotarac quitte LFI : fuites dans le mouvement gazeux

 

L’épisode du soutien d’Andrea Kotarac à la liste Bardella aux Européennes est encore un bel exercice d’observation des comportements humains. Au fond, on a l’impression que tout le monde est ravi de cette décision, qui donne du grain à moudre aux diverses chapelles de la vie politique française.

Les soutiens d’Emmanuel Macron, qui sont confortés dans la fameuse (et fumeuse) théorie du « fer à cheval » de Sternhell, selon laquelle les extrêmes se rejoignent. Il fallait voir, ce mercredi, Richard Ferrand pavoiser dans les médias en répétant ad nauseam que le changement de bord de Kotarac n’était rien d’autre que la suite logique du projet populiste. Andréa Kotarac a donc permis à la majorité présidentielle de remettre une pièce dans la machine à opposer progressisme et populisme, et à dénoncer la montée des rouges-bruns prêts à plonger de nouveau le continent dans la guerre – l’antienne est bien connue.

Les militants du Rassemblement national peuvent également profiter de l’arrivée de Kotarac pour accabler Mélenchon, le traiter de gauchiste incapable de porter un projet souverainiste digne de ce nom, rappeler que la gauche, c’est la capitulation, et appeler tous les souverainistes de LFI à suivre l’exemple du transfuge.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des soucis de Kotarac, les gauchistes obtus, momifiés dans un imaginaire de gauche plurielle de fin des années 1990, peuvent joyeusement jeter au feu l’amitié qu’ils avaient hier pour leur camarade déchu, devenu en l’espace de vingt-quatre heures un suppôt de Satan. Il faut observer les torrents d’injures qui s’abattent sur M. Kotarac depuis deux jours pour comprendre l’ampleur de la rage que son départ a suscitée, encore amplifiée par le courage que donne l’effet de meute.M

Derrière les réjouis, il y a l’artisan, le grand artisan de ce sabordage – car c’en est un, n’en déplaise à ceux qui cherchent à minimiser le départ de Kotarac. Ce grand artisan n’est autre que Jean-Luc Mélenchon lui-même.

Mélenchon artisan du sabordage

Depuis 2017, une foule de conseillers plus ou moins officiels s’agite autour de Mélenchon, qui l’incite à poursuivre le virage populiste entamé pendant la dernière campagne présidentielle – celui-là même qui lui a permis de tutoyer les 20%. En 2017, Mélenchon est l’homme qui a réussi à arracher la gauche au gauchisme, le temps d’une parenthèse enchantée de quelques mois, et d’une campagne brillante : rejet du latéralisme gauche/droite, réappropriation des symboles nationaux, à commencer par le drapeau et par la Marseillaise. Grand souvenir que cette campagne, pour l’auteur de ces lignes, mais pas uniquement.

Mais depuis, Mélenchon a choisi de délaisser cette ligne populiste au profit d’une stupide, inepte et destructrice stratégie d’union de la gauche, au moment même où il devenait de plus en plus manifeste que ce clivage latéral perdait tout sens aux yeux des électeurs, en même temps qu’il devenait totalement inopérant pour comprendre et résoudre les problèmes du monde qui est et qui vient. Un virage qui, sans aucun doute, se voulait machiavélien, sinon mitterrandien, alors qu’il s’apparente à une erreur de lecture politique majeure et désastreuse – avec à la clé, une division par deux du score de LFI entre la présidentielle et les Européennes, qu’on s’empresse, du côté des troupes de Mélenchon, de mettre bien sagement sur le compte de l’abstention.

Depuis 2017, le chef de parti populiste s’est mué en un autocrate – les mauvaises langues diront qu’il l’avait toujours été – entouré d’une petite cour de zélotes, qui tiennent le mouvement et sa ligne médiatique avec autant de force, qu’ils laissent se développer de façon anarchique des centaines de groupes d’appui locaux, laissés en jachère idéologique. Cette appropriation des moyens d’expression politique, régulièrement dénoncée par certains cadres, a mis de fait la caisse et le logiciel du parti entre les mains d’une infime minorité de fidèles, prompts à suivre le Chef dans ses zigzags et ses errances, contre vents et marées. Ce tableau, déjà inquiétant, est complété par le triomphe des idées de Chantal Mouffe – théoricienne du populisme de gauche –, portées et promues par un quarteron de disciples en culottes courtes de cette doctrine inoffensive et fantasmagorique.

C’est ce tournant politique et idéologique qui a fait de LFI, aujourd’hui, une machine à perdre des élections : une grande marmite dans laquelle Free Palestine, Justice pour Adama et pétitions pour la fin de la précarité menstruelle côtoient de grandes envolées lyriques sur l’Europe des peuples, et de creuses litanies sur ce que devrait être la « resignification des signifiants vides que sont le peuple et la Nation [NDLR : ah bon ?], afin de bâtir un discours contre-hégémonique capable de mettre à bas la domination néo-libérale en fédérant le bas de la société contre le haut ». Voilà le fumeux cocktail qui a remplacé le logiciel solide et rôdé de la campagne de 2017 : le Bourbon a cédé la place à un Spritz.

La campagne de 2017 avait doté Mélenchon, on l’a dit, d’un char Leclerc populiste, qui ne demandait qu’à aller au combat. Ivre de lui-même – et sans doute, ivre de vengeance contre ses anciens camarades du PS –, il a préféré le repeindre en vert fluo, lui ôter le canon, et le transformer en baraque à frites. Les uns après les autres, les cerveaux quittent LFI : Kuzmanovic, Cocq – humilié par le chef lui-même sur Twitter –, et désormais, Kotarac. A cela s’ajoute la prise de distance de Charlotte Girard, pourtant membre du premier cercle depuis de longues années.

Mélenchon est dans une situation calamiteuse, mais il s’y est mis seul, absolument seul. De fait, tous les constats faits par Kotarac sur ce qu’est devenu ce mouvement sont bons, incontestables, quand bien même les conclusions politiques qu’il tire de cette situation sont attristantes et douloureuses pour nombre d’entre nous. Mais le pire est que les réactions à son départ semblent attester d’un état de décomposition intellectuelle avancé de LFI : procès en fascisme appels à serrer les rangs face à la peste brune, etc. Mélenchon lui-même a traité Kotarac, dans un grand élan d’élégance, de « nouvel Oustachi ». Lui qui citait encore Kotarac, il y a peu, comme une saine preuve de la présence de lignes diverses à La France insoumise.

LFI dans le coma politique

La question est aujourd’hui la suivante, pour les militants restants de ce mouvement : quelle est votre ligne ? Quel est votre électorat – sur le plan sociologique, a minima ? Quel est votre projet de société ? Toutes ces questions semblent désormais vouées à résonner dans le vide intellectuel total où le populisme de gauche mouffien a jeté LFI, sur les conseils de quelques-uns. Pour ne rien arranger, le chef lui-même s’est montré incapable, depuis deux ans, d’entendre autre chose que les flatteries, et de ne laisser émerger, en guise de cadres, que ceux qu’il estime suffisamment médiocres pour ne pas lui faire d’ombre. La doctrine mouffienne, aussi inoffensive et creuse qu’était pertinente celle d’Ernesto Laclau, a pris le pouvoir.

L’avenir dira si le choix de Kotarac ne lui a été dicté que par l’opportunisme – c’est évidemment une option – ou par la volonté sincère de se rendre utile à une cause, la souveraineté nationale, dont LFI s’est avérée inapte à porter le flambeau. Avec tous les désaccords personnels que ce choix m’inspire par ailleurs, j’estime que son vrai responsable n’est pas Kotarac, mais Mélenchon. Une clarification devra avoir lieu, qui verra soit la victoire des culottes courtes, et en toute logique, à terme, le débarquement de Mélenchon, dont la légitimité interne ne pourra éternellement reposer sur ses seules aptitudes de tribun ; soit la reprise en main des débats par Mélenchon lui-même, s’il en est encore capable. Parce qu’en silence, pendant que résonnent les accords de guitare et que se dévorent les chamallows autour du grand feu de camp inclusif et adolescent du populisme de gauche, la politique, elle, n’attend pas.

Alors, sans doute Mélenchon serait-il bien inspiré de voir dans le départ de Kotarac le dernier signe en date de la catastrophique dépolitisation de son propre mouvement : il en a été l’artisan.

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