Le marché des fonds d’état en tant que refuge et source de la liquidité suprême nous dit que le système mondial est dans un état critique, une trappe de fragilité est ouverte.

La thèse qui est soutenue dans cet article est audacieuse, elle cherche à rendre intelligible la situation paradoxale présente marquée par d’un coté la chute des rendements des fonds d’état qui pointe la méfiance avec de l’autre la hausse des actions qui pointe la confiance. 

Cette thèse prend appui sur ce qui s’est passé en 2007 et 2008.

Les subprimes immobiliers US de 2007 sont remplacés par le subprime national Chinois. La Chine est un colossal subprime.

«Alors que les risques de ralentissement économique persistent, les investisseurs  cherchent refuge  dans les fonds obligataires. Ils ont injecté environ 72 milliards de dollars dans les FNB à revenu fixe cette année jusqu’au 24 juin. Ces fonds sont en train   de bénéficier de   rentrées records  au premier semestre… Ces paris ont également alimenté les stratégies de désendettement qui ont atteint un record absolu de près de 741 milliards de dollars.  »

Tout cela témoigne d’une incroyable aisance financière et il faudra une  certaine créativité de la part de la Fed pour justifier de nouvelles mesures de stimulation monétaire  !

Je soutiens que la vraie cause de la baisse des taux n’a rien à voir avec la Trade War, elle est liée à la fragilité globale de  l’économie mondiale .

Un résultat positif à Osaka serait constructif pour le sentiment des investisseurs à l’égard des États-Unis. Alors pourquoi les rendements souverains mondiaux sont ils en baisse? Pourquoi les rendements du Trésor à 10 ans finiraient-ils la semaine en baisse de cinq points de base pour atteindre 2,00% (leur plus bas niveau depuis 30 mois) . Qu’en est-il des rendements des obligations allemandes en baisse de quatre points de base pour atteindre un plus bas historique, soit – 0,33%. Les rendements suisses sont tombés à -0,58% et les rendements japonais à 10 ans à -0,16%? Les rendements français à 10 ans deviennent négatifs (0,005%) pour la première fois, alors que les rendements espagnols ne sont plus que de 0,40%.

Si  la Trade war  était la vraie raison de la baisse des taux et de la recherche de refuge, alors ils auraient du remonter la semaine derniere quand Trump et XI se sont mis d’accord pour la reprise des négociations. Il n’en a rien été.

Réponse : parce que, je suppose, l’effondrement des rendements obligataires est principalement lié à la fragilisation financière mondiale plutôt qu’à des différends commerciaux ou à une croissance plus lente.

Plus spécifiquement, les bulles chinoises menacent de se dégonfler et les risques d’éclatement,  augmentent considérablement la probabilité d’une dynamique mondiale de réduction des risques / désendettement/deleveraging  qui ferait contagion et produirait des ravages sur les marchés des valeurs mobilières et des produits dérivés à travers le monde.

Certains éléments clés de l’environnement actuel rappellent l’histoire de 2007.

(Ht  D. Nd)

« Rappelons que, après la première vague de paniques des subprimes qui avait poussé le S & P500 à 1 370 à la mi-août, l’indice avait ensuite atteint un record de 1 576 le 11 octobre. Après un mois de novembre morose, le S & P500 a clôturé  2007 à 1 475 (soit une performance  de 5,6% pour 2007).

Sur le marché obligataire,  après s’être négocié à 5,30% à la mi-juin, les rendements ont chuté de 127 points de base en fin d’année (pour atteindre le plus bas de 3,31% de mars), en dépit de l’opinion largement partagée selon laquelle le problème des subprimes était contenu et devait rapidement être relégué aux oubliettes.

Les rendements obligataires se sont effondrés en 2007 en raison d’une structure financière insoutenable.

Des trillions de titres hypothécaires étaient mal évalués et avec eux des contrats de dérivés qui, en raison d’excès  de fin de cycle, étaient extrêmement vulnérables à tout resserrement du financement. De plus, de grandes quantités de titres mal valorisés  ont été acquis et conservés sous effet de levier.

Les prêts «fous» de fin de cycle, l’intermédiation malsaine des risques et les excès spéculatifs ont alors été perçus comme étant de plus en plus intenables. Les opérateurs de marché les plus sophistiqués, les Grands,  ont commencé à réduire leur exposition aux instruments les plus suspects.

Les titres subprimes ont commencé à chuter  et le marché est devenu de plus en plus illiquide. Les conditions de crédit pour les acheteurs de logements marginaux (subprimes) se sont considérablement resserrées, ce qui a entraîné une baisse des prix des logements, une pression sur les titres hypothécaires de rating  supérieur. «et un resserrement plus systémique du crédit hypothécaire.

Ce qui a commencé au niveau de la «Périphérie» a remonté jusqu’au   «noyau», jusqu’au Centre.  Avec des milliards de titres surévalués , un effet de levier spéculatif excessif et des produits dérivés mal conçus c’est l’ensemble des marchés qui a été soumis à une pression accrue.

Face à la dislocation des subprimes, l’opinion était persuadée que  «Washington ne permettrait jamais un effondrement du marché immobilier». En effet, la garantie implicite des titres des GSE par le gouvernement était plus cruciale que jamais, elle faisait illusion. Le crédit des Agences  a joué jouant un rôle déterminant dans les excés de «phase terminale».

La dette non financière des États-Unis a encore augmenté de 2 478 USD en 2007, soit une augmentation sensible par rapport aux 2,432 USD de 2006 et à 2,246 USD de 2005.

La bulle du crédit a été entretenue par la combinaison de la confiance des marchés envers la garantie fédérale implicite des Agences  et des perspectives de relance agressive de la Réserve fédérale (la Fed a réduit ses taux de 50 points de base en septembre et de 25 points de base en octobre et en décembre), ainsi que par la réduction des coûts d’emprunt hypothécaire de premier ordre.

C’est là que ça devient intéressant. La croissance rapide du crédit en 2007 a  soutenu les cours des actions, boosté la confiance générale des consommateurs et finalement l’activité économique globale. Le PIB nominal a augmenté de 5% au premier semestre 2007, de 4,3% au troisième trimestre et de 4,1% au quatrième trimestre.

Parallèlement, les rendements obligataires se sont complètement détachés des actions et des facteurs fondamentaux traditionnels.

Pourquoi les rendements se sont-ils effondrés face à la croissance fulgurante du crédit et à l’inflation des marchés à risque?

Parce que la poursuite  des excès de la «phase terminale» produisait une augmentation parabolique du risque systémique : augmentation des masses  d’instruments de crédit  risqués, explosion d’une intermédiation du risque dysfonctionnelle, et spéculation déstabilisante .

Les efforts visant à soutenir le boom en 2007 ont exacerbé les dégradations et dysfonctionnements  structurels. »

Le marché obligataire , beaucoup plus intelligent que le marché des actions a perçu une situation de plus en plus intenable et le Smart Money a acheté les refuges, les fonds d’état et fait chuter les rendements.

Est ce que c’est ce qui se produit maintenant avaec la divergence entre les rendements qui baissent et les indices boursiers qui montent? L’un exprime la méfiance et l’autre exprime  l’euphorie!

La contradiction n’est qu’apparente et  l’explication est que l’euphorie est mal placée, malsaine et qu’elle se paiera cher.

Il suffit pour s’en persuader d’observer que les subprimes de 2008 ont pour équivalent les subprimes de la Chine. La Chine est un colossal, un éléphant subprime. Et elle est en « phase terminale », elle aussi.

Le financement global de la Chine a bondi de $1,60 Trillions l’an au cours des cinq premiers mois de 2019, soit 31% de plus que la croissance comparable du crédit en 2018.

C’est le taux de croissance financière nécessaire  pour maintenir la bulle économique (objectif de croissance de 6,5% de Beijing), les prix des appartements, les bénéfices des entreprises, les cours des actions ainsi que la confiance du marché et de l’économie en général.

La similitude est frappante et elle n’est pas que de surface, elle traduit une situation organique, tout à fait identique dans le cas des subprimes US de 2008 et ceux des subprimes chinois de 2019.

Le marché des fonds d’état en tant que refuge et source de la liquidité suprême nous dit que le système mondial est dans un état critique, une trappe de fragilité est ouverte.

 

 

6 réflexions sur “Le marché des fonds d’état en tant que refuge et source de la liquidité suprême nous dit que le système mondial est dans un état critique, une trappe de fragilité est ouverte.

  1. Vous avez raison, Mr Bertez, et je me suis mal exprimé en utilisant « alerter » (au sens positif dans mon esprit car en effet JPC sensibilise ses lecteurs sur l’aspect refuge des « bons bonds »),

    Bien à vous.

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  2. Sur les sujets de votre présent article, Mr Bertez, il y a JPChevallier qui alerte depuis des années sur les refuges obligataires suisses et allemands,

    C’est à croire que les « mauvais » investisseurs gonflent les actions quand les investisseurs prudents placent sur les bonds et l’immobilier de luxe (qui baisseront moins en %tage lors de la prochaine crise).

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    1. Désolé mais si JPC alerte depuis des années sur les bonds et fonds d’état , il a ruiné ses lecteurs car les fonds d’état sont la meilleure performance réelle totale depuis 20 ans.

      Comme je le repète il faut connaitre le mysteère du temps, rien n’est bon ou mauvais , tout dépend des périodes et la valeur ajoutée du gourou vient de l’indication correcte sur le facteur temps.

      Les initiés et le smart money ont compris cela depuis longtemps, ils passent d’une classe d’actifs à l’autre sans jamais préjuger de la valeur en soi .

      Tout n’est que véhicule en matière de « papier » comme le disait un d e mes amis patron de la Société Générale il y a longtemps :

      « un portefeuille est un état transistoire entre deux états de liquidité’.

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  3. Il y a une différence dont vous n’avez pas parlé : le dollar. Si j’ai bien compris les subprimes US ont pu contaminer le monde entier grâce au dollar. Mais les subprimes chinois, ça inquiète qui d’autre que les chinois ? (ce n’est pas une question rhétorique)

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    1. Non vous vous trompez totalement, il n’y a pas de difference au sens ou vous l’entendez, mais la difference est ailleurs.La Chine est insérée dans le marché financier et monétaire mondial et pas seulement par le biais de Hong Kong! Et cela d’ailleurs Powell l’a compris…enfin.

      Les Etats Unis ont pu mobiliser et créer des trillions de dollars lors de la crise de 2008 pour sauver leur système et le système mondial car ils ont la monnaie mondiale; hélas pour les Chinois ils n’ont que le Yuan et celui ci surtout depuis 2015 est serf du dollar, les chinois souffrent du fait de ne pas pourvoir créer une monnaie mondiale, ils vivent avec un Peg, un arrimage, sur le dollar et ils n’ont pas la printing press du dollar.

      Mais la conatgion chinosie si la bulle éclate sera terrible et par de multiples canaux.

      Réetudiez ce qui s’est passé en 2015 , vous verrez que la contagion a été rapide et que c’est ce qui a determiné Yellen, fort justement à proposer une reflation mondaile coordonnée avec baisse du dollar, arrêt des tentatives de normaliser les politiques monétaires et fort intelligemment remontée du pétrole et des commodities.Souvenez vous de la quasi faillite de Glencore le géant mondial des matières premières sauvé in extremis en une nuit.

      En clair la situation de la bulle chinoise est à la fois plus grave et moins facile à traiter?

      Surtout avec un Trump qui n’a pas comprsi que quand la contagion arrive, l’interconnexion balaie tout!

      Pouquoi croyez vous que Trump a canné lors du G20 avec XI Jinping et est allé à canossa sur Huawei ? On l’a briefé.

      Le système c’est marche ou crève et il en va de la Chine au monde comme de l’Italie en Europe, tout est lié, « je te tiens tu me tiens par la barbichette », il n’y a que les Allemands qui l’ont compris et subrepticement ils déglobalisent leurs banques .d’ou la réalité que personne ne comprend bien: le Bund est le phare des refuges du monde entier et encore plus le Schatz.

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