Les épargnants vont payer la crise qui approche

19 juillet 2019- Bruno Bertez- La Chronique Agora

 

Dans le nouveau système créé par les autorités financières et politiques, on a retiré le pouvoir aux épargnants, aux classes moyennes, pour le confier aux élites.

Par le nouveau crédit, par les nouvelles pratiques bancaires dans lesquelles les banques ne sont plus limitées par les dépôts, on remplace le besoin d’épargne par la création de signes quasi-monétaires, par des promesses.

Par la magie de ce que l’on appelle la confiance – mais qui est en réalité l’ignorance qui fonde la naïveté – on a créé un nouveau système social et politique.

Car le risque bancaire existe toujours : les banques peuvent devenir insolvables, elles peuvent ne pas être en mesure de faire face à leurs obligations… et alors c’est la crise ou plutôt le risque de crise, comme ce fut le cas en 2007.

A l’époque, elles avaient trop prêté ; attirées par l’appât du gain, elles ont fait des prêts pourris… exactement comme elles le font maintenant ! Et que s’est-il passé ? Eh bien, c’est la banque centrale, votre banque centrale, le gouvernement, le Trésor public qui les ont sauvées.

Ce qui signifie que c’est vous, sous la forme collective, qui les avez sauvées. Ah les braves gens !

On vous a retiré votre pouvoir en tant qu’épargnant, on vous l’a confisqué, mais on vous fait cracher au bassinet en tant que collectivité pour sauver ceux qui vous ont volé vos pouvoirs.

Ils ont ruiné votre épargne, ils l’ont rendue inutile en produisant du crédit qui lui fait concurrence – et, ce faisant, ils ont empoché des profits énormes, pris des risques… qu’ils vous font payer !

L’engrenage est enclenché

Ils continuent d’ailleurs de vous les faire payer, car tout ce beau monde complice qui vit du commerce du faux argent et de la fausse monnaie est surendetté, archi-surendetté : il ne peut donc plus supporter des taux d’intérêts élevés. Il faut sans cesse baisser le prix du crédit, il lui faut des taux de plus en plus bas à perpétuité – tout comme sa masse de dette qui est elle-même à perpétuité car irremboursable.

Donc ce beau monde de connivence vous impose des taux d’intérêt toujours en baisse, puis voisins de zéro, puis zéro, puis négatifs. Cela débouchera inéluctablement, comme deux et deux font quatre, sur le blocage de vos comptes bancaires pour éviter que vous retiriez votre argent… puis sur la criminalisation du cash pour éviter que vous soyez tenté d’échapper à l’amputation de votre argent.

Les taux négatifs sur les emprunts des gouvernements et des grandes sociétés sont de moindres maux en comparaison des prélèvements à venir. Il y a des gens qui le savent et ils préfèrent perdre un peu sûrement maintenant plutôt que perdre beaucoup, plus tard ; ils achètent une assurance.

Les taux négatifs sont des précurseurs ; ce sont des balises sur le processus en cours – lequel est irréversible car plus on crée de dette, plus il y a besoin de taux bas et de taux négatifs, et plus il y a besoin d’amputer vos avoirs, vos vrais avoirs, ceux que vous, vous avez gagnés.

Les partisans de l’école autrichienne diraient que l’on bouffe le fonds d’épargne.

Des escrocs intellectuels

Les taux négatifs sont la conséquence non pas d’un excès d’épargne, contrairement à ce que disent les escrocs intellectuels comme Ben Bernanke, Larry Summers et leurs complices, mais la conséquence du surendettement mondial.

En voici la séquence : le surendettement crée un boulet, il asphyxie les économies et ralentit la croissance spontanée ; pour tenter de soutenir cette croissance spontanée anémique, il faut produire encore plus de dettes, et pour produire encore plus de dettes il faut en baisser le prix, le coût, la charge.

Les banquiers centraux, les gourous, les médias, tout ce beau monde vous mystifie. Ils produisent des récits inversés sur les causalités.

C’est le grand secret de la soi-disant transparence : on est transparent pour mieux vous tromper. On crée de fausses évidences, c’est un procédé bien connu des publicitaires.

Le surendettement oblige à créer toujours plus de liquidités pour masquer l’insolvabilité, et ces liquidités brûlent les doigts. Elles constituent un mistigri dont il faut se débarrasser. Pour cela, il faut venir sur les marchés financiers – tantôt actions, tantôt obligations – et souffler dans la bulle que constitue leur prix.

Pour se maintenir en vie, pour ne pas être détruites, ces liquidités cherchent un refuge, le plus sûr possible : les fonds d’Etat et les très grandes entreprises. Ces liquidités achètent une assurance ; elles préfèrent perdre quelques pourcents par les taux négatifs plutôt que risquer d’être amputées de 60% lors de la future inéluctable grande lessive boursière !

Peut-être n’avez-vous pas compris – cela viendra avec l’expérience – que les marchés sont des lieux de destruction et de spoliation. Ils rendent tout ce qui est fixe variable, ils rendent tout ce qui est non supportable à long terme biodégradable.

Le marché du capital est « soutenu » artificiellement. Il est bloqué, il a un cliquet, il a un parachute : le put de la création monétaire. Lorsque ce put sera intenable, le capital fictif, le capital papier sera mis à sa vraie valeur – valeur qui, à ce jour, est 60% plus bas !

Les taux négatifs ne sont pas une donnée économique ou financière, ils sont politiques.

Ils sont le résultat d’un rapport de forces historique qui a détruit la valeur de l’acte d’épargner, qui a détruit le pouvoir des épargnants et des classes moyennes au profit des banquiers, des gouvernements, des ploutocrates et de toute la clique qui leur cire les pompes.

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4 réflexions sur “Les épargnants vont payer la crise qui approche

  1. tellement vrai … tant dans un passé récent , que vraisemblablement et plus durement pour les temps à venir jusqu’au jour où…..

    vous aviez dans un de vos articles évoqué la loi de Greesham … dans une autre version, la fuite vers le tangible (immobilier d’USAGE, terres, le jaune, voire son galopin de copain le gris), tant qu’ il demeure à des prix accessibles, reste une opportunité à étudier sérieusement.

    l’épargne n offrira bientôt plus qu’une illusion de contrepartie, avec une forme de « droit de tirage de consommation » qui se délitera davantage…

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  2. le peuple allemand a appris sa lecon lors de weimar: il a deja vecu la destruction de sa monnaie et de son epargne. C’est pour cela qu’il est attache au liquide. Les argentins aussi,eux qui tapaient sur des casseroles pour reclamer devant les guichets fermes de leur banque de pouvoir retirer l’argent de leur compte…
    Les francais apprendront egalement et peut etre transmettront ils aux generations futures leur experience…

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  3. Bonsoir bruno,
    Quelle issue à cette crise?
    Les livres d’histoire nous enseignent que cela se termine toujours par la destruction de la monnaie.
    Dans ce cas, quelle assurance représente des dettes obligataires qui ne seront qu’une forme de quasi-monnaie dépréciée?
    Vous parlez de lessive boursière mais les titres de propriété que représentent les actions ne sont ils pas une protection contre un épisode inflationniste?
    Faut-il passer rapidement à l’achat de biens tangibles voir contracter des dettes remboursées en monnaie de singe?

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    1. Les actions ne sont plus des titres de propriété sauf pour ceux qui ont le controle majoritaire du capital, c’est à dire ceux qui ont la capacité de disposer des assets.

      Pour les autres une action c’est:
      -un taux de rendement
      _une croissance estimée du dividende
      – un risque defini par la volatilité

      Les actions sont désancrées comme les monnaies.

      L’ombre c’est à dire le morceau de papier qui représente l’action anciennement capital s’est dématerialisé, libérée.

      Elle n’est plus l’ombre portée et déformée du corps qui est le réel sous jacent.

      L’action est une obligation couplée avec un warrant, c’est à dire un bon de droit à écart de cours.

      Reflechissez à ce qu’est devenu l’or papier; un papier, une ombre dont on émis une masse au moins 100 fois plus importante que le métal existant, cette masse de papier s’autodétruira quand la vraie demande d’or physique se réveillera.

      Les actions ont rejoint la cohorte des promesses qui lévitent, libérées de la pesanteur et elles représentent « des bons de droit a écart de cours » si toutefois le Ponzi continue.

      La rentabilité/performance des actions n’est plus intrinsèque, mais extrinsèque, elle dépend de la capacité à trouver un acheteur plus stupide que soi.

      Pour alimenter le champ des gogos on a inflaté le phenomène de jeu, dopé l’espoir de gain.

      On a branché une loterie sur les anciens droits de propriété.

      Ce « bon de droit a écart de cours » vaut 60% moins cher en cas d’arret du Ponzi.

      L’action est devenue detachée du monde réel au meme titre que le dollar qui s’est detaché de l’or , c’est cela la modernité.

      La modernité se définit par la dictature de l’abstraction, c’est dire la dictature des signes sur le réel lequel devient escamoté, forclos, rejeté comme un empecheur de mentir en rond. Le réel se définit par la rareté, la finitude tandis que le monde des signes se definit par l’infini, l’éternel, la négation de limites.

      Les signes, c’est une combinatoire infinie.

      C’est l’équivalent dans la finance de la négation de la castration dans le champ psychanalytique. La modernité c’est l’anti oedipe. la transgression.

      Les bourses ne sont plus le reflet et la donc la confrontation des offres et des demandes, les bourses sont des services « publics « , lieux de transmission des volontés des banquiers centraux et des élites qu’ils représentent.

      « No place to hide » globalement, en tant que classe tous les joueurs seront perdants car tout le papier émis doit etre détruit.

      La destruction des fausses valeurs, des signes, tout cela est inéluctable. Leur destruction est inscrite dans la dialectique de leur création. Born to die!

      En tant que moyen de dépasser le réel , ils n’ont aucun frein, aucune limite , plus de borne. C’est comme je le dis souvent le Pacte Faustien.

      La Valeur ne dépend que de ce qui se passe dans la tête de la communauté des participants/joueurs aux marchés et ceci conduit à la destruction.

      Tout ce qui dure, c’est ce qui est soumis à la dialectique de l’adaptation c’est à dire au jeu de forces contraires , on a libéré les marchés de ces forces de sens contraires, on est redevables d’analyses en terme de thermodynamique ou d’entropie.

      En fait ils s’autodetruisent, ils comportent en germe leur auto-destruction aussi surement que le grain de blé comporte en germe le future épi de blé.

      Il n’y a, il n’y aura, que des exceptions individuelles

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