La Trade War n’est pas la cause de la fragilité et de l’instabilité, c’est une construction parallèle.

[FT] A recession is already here in US corporate profits

Les profits et la profitabilité constituent le meilleur indicateur précurseur des récessions.

C’est un indicateur organique:

baisse des profits=baisse des investissements =baisse de l’embauche=pression sur les revenus =pression sur la  consommation.

 

Les marchés financiers  continuent de se passionner pour les nouvelles, vraies ou fausses  concernant la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Lorsque le président Trump a annoncé que les Chinois l’avaient appelé lors du sommet du G7 à Biarritz pour se mettre d’accord sur des négociations relatives à un accord commercial, les marchés boursiers ont monté.

Quelques heures  la Chine a déclaré qu’aucun appel de ce type n’avait été passé et qu’il ne s’agissait que d’une autre «fausse nouvelle» de Trump; les marchés se sont inversés et ont de nouveau chuté.

Les observateurs sont maintenant fascinés, prisonniers du lien qui a été crée entre d’un côté les nouvelles qui concernent la Trade War et de l’autre l’évolution des marchés boursiers.

C’est ce que j’appelle une construction parallèle , c’est à dire une construction intellectuelle bidon qui vise à faire passer un lien de causalité artificiel pour vrai afin de neutraliser au autre lien de causalité plus réel et plus dangereux.

Ici on a construit le lien Trade war= volatilité , instabilité des Bourses.

Ce qui permet d’évacuer le vrai lien: fin de cycle=déception sur les profits = ralentissement de la croissance=fragilité de la Bourse

Les manipulations des marchés par la création de faux liens sont subtiles et peu de gens ont compris le phénomène. La presse joue un très grand role dans cette création de faux liens car elle ne comprend en général rien aux marchés et les journalistes se bornent à répeter ce qu’on leur dit et à se copier les uns les autres. J’ai crée beaucoup de faux liens dans ma carrière, du temps ou le marché français était prestque totalement fait à la main par les grandes banques ! Et croyez moi , cela marche!

Maintenant de plus il y a les algos et ils fonctionnent comme les chiens de Pavlov, en stimulus- réponse donc c’est encore plus facile de créer des fausses causalités et de prendre le controle des marchés. Il suffit de faire quelques répétitions, quelques tricks et c’est parti.

Cette construction arrange tout le monde y compris les banques centrales car elle fait oublier leur échec, elles peuvent ainsi dire comme Draghi: si cela n’a pas marché,  ce n’est pas parce que nous sommes stupides, non, c’est la faute à Trump qui crée de l’incertitude.

Et puis cela  permet à Trump comme il l’a dit il y a quelques jours; « si il n’y avait pas la guerre commerciale, le Dow Jones serait 10 000 points plus haut. Mais il faut bien que quelqu’un ait le courage de la faire ».

Il est clair que ce qui se passe dans la bataille commerciale en cours est devenu le point de départ , la causa proxima d’un effondrement des marchés boursiers et d’un basculement massif en faveur des obligations d’État et en or «refuge».

Mais c’est plus que ça. Il faut aller plus loin.

La croissance mondiale a ralenti et les investissements des entreprises ont fortement diminué. Ceci est motivé par une baisse des bénéfices des entreprises, une récession des bénéfices.

Prenez les bénéfices des 500 plus grandes entreprises en terme de valeur boursière aux États-Unis, le S & P-500. Avec la quasi-totalité des résultats du deuxième trimestre 2019 se terminant en juin, le total des bénéfices n’a augmenté que de 0,5% et le chiffre d’affaires, de 4,7% seulement. Après prise en compte de l’inflation actuelle, les bénéfices réels sont négatifs et les revenus à peine positifs. Et ceci c’est pour les 500 plus grandes entreprises.

Pour les petites entreprises, la situation est encore pire. Les bénéfices sont en baisse de plus de 10% par rapport à l’année dernière et les revenus en hausse de 2,2% seulement, ou stagnent après l’inflation.

En excluant le secteur financier, les bénéfices seraient en baisse de 21%.

Une analyse sectorielle montre que le secteur de la vente au détail a eu de meilleurs résultats alors que le consommateur américain dépensait, tout comme le secteur financier.

Mais les secteurs productifs tels que la technologie ont enregistré une baisse de 6,3% de leurs bénéfices. Et c’est la clé.

Pour le premier semestre de 2019, les résultats sont en territoire négatif par rapport à une hausse de 23% au premier semestre de 2018. Et les prévisions de résultats du troisième trimestre prévoient une nouvelle baisse de 4,3% en rythme annuel



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3 réflexions sur “La Trade War n’est pas la cause de la fragilité et de l’instabilité, c’est une construction parallèle.

    1. Vous savez c’est long à expliquer, ce sont des choses que je traite en fonction de l’actualité et c’est vrai que pour me suivre, il faut non seulement le faire quotidiennement mais avec une excellente mémoire!

      Les causes de la baisse des profits ne sont pas les mêmes que les causes de la baisse de la profitabilité du capital:

      La baisse des profits vise le recul des marges bénéficiaires par rapport aux chiffres d’affaires et cela est du à la hausse des coûts de toutes sortes et à la faible progression des chiffres d’affaires par suite de la concurrence. Quand les affaires commencent à être moins bonnes, les entreprises consentent des sacrifices sur les prix et elles acceptent que leurs marges se contractent. Elles ne répercutent pas ou peu la hausse de leurs couts. Les stocks augmement, tout cela réduit les marges.

      La baisse de la profitabilité du capital est un concept différent. Elle se mesure par rapport au capital investi pour réaliser un chiffre d’affaires.

      En clair dans nos sociétés il faut utiliser de plus en plus de capital pour réaliser le même chiffre d’affaires, l’intensité capitalistique ne cesse d’augmenter. Et elle augmente par rapport au facteur travail utilisé, on dit que la composition organique du capital augmente.

      Dans la financialisation non seulement le capital productif réclame sa part de profit mais le capital fictif, boursier, les dettes, les crédits réclament eux aussi leur part dans la masse de profits.Le profit financier fait concurrence au profit productif et à tendance à le réduire.

      Cela produit ce que j’appelle de la suraccumulation, et la suraccumulation pour faire simple c’est trop de capital pour pas assez de profits.

      Je simplifie au maximum vous vous en doutez.

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  1. Merci pour votre réponse, je vous suis quotidiennement depuis quelques années
    car pour moi vous êtes comme une bible, bien que je ne comprenne pas toujours tous.
    C’est pour cela que je vous fait répéter…

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