Quand le vin est tiré… il faut le boire.

rédigé par 
Bruno Bertez
10 septembre 2019

Donald Trump ne comprend pas ce qu’il fait, et les banques centrales sont égarées dans l’imaginaire : les conséquences, elles seront bien réelles… et douloureuses.

La gestion de la crise de suraccumulation de capital improductif, fictif, de poids mort, consiste à mettre de l’infini, du sans-limite, sur du fini.

Elle consiste à prétendre que toutes les promesses pourront être tenues et que l’on peut continuer à faire des promesses tant que l’on veut. Surtout à faire croire que l’on pourra toujours le faire.

C’est le sens des rodomontades du type Draghi, « coûte que coûte », ou des affirmations mensongères du type Lagarde : « Nous avons les outils pour faire face. »

L’action qui est au coeur de ces outils est simple : cela consiste à créer du pouvoir d’achat sans limite alors que ce que l’on peut acheter, en biens et services, est par définition fini, limité. Cela consiste à créer un surplus, un excès.

Zombification des dettes

Cette gestion de la crise est totalement dépendante de l’ordre politique, social, géopolitique global. Pour que ce système dure, il faut que certains ensembles comme la Chine, l’Allemagne, le Japon, les pays pétroliers acceptent d’accumuler les dettes US.

Il faut aussi qu’ils portent ces dettes dans leurs réserves de change sans créer trop de monnaie domestique en contrepartie, ou qu’ils les recyclent sous forme de créances sur les Etats-Unis – bref, il faut qu’elles les neutralisent en tant que monnaie vivante. Il faut qu’elles les zombifient.

Tout ce processus est lié au système des changes : pour éviter que leur monnaie ne monte trop, les pays créanciers accumulent des dollars-réserves. Si les pays créditeurs revendaient les dollars accumulés, cela signifie qu’ils laisseraient leur monnaie s‘apprécier face au dollar. Cela réduirait leur croissance ou leur activité économique.

Quand je dis que les zozos nous font pénétrer dans un monde imaginaire, je ne me trompe pas. Ce monde imaginaire, c’est celui de leur toute-puissance, de leur infaillibilité, de leur magie face à un monde qui en réalité est dominé par la finitude, par le temps qui passe et le progrès continu des connaissances – lequel périme les savoirs anciens…

Trump en bousculant ce monde imaginaire parfait peut à lui seul provoquer une crise ; il casse des mécanismes et des dialectiques que ni lui ni ses conseillers ne comprennent.

Trump ne comprend pas ce qu’il fait

Je n’ai rien contre le fil conducteur qui se dégage des errements de Trump, j’approuve plutôt son action que je résume comme une « déglobalisation » – mais je constate qu’il ne comprend pas ce qu’il fait et que, par conséquent, il produit des incohérences majeures.

Le symbole de ses incohérences, c’est son exigence que le dollar baisse alors que lui-même en créant de l’instabilité et du risque fait tout pour… qu’il monte, puisque le dollar, c’est le refuge. Trump raréfie relativement le dollar mais il veut qu’il baisse !

Les banquiers centraux n’ont qu’une puissance illusoire, temporaire, relative à un ordre qui se délite sous nos yeux. Leurs modèles ne modélisent que le passé, la répétition du passé et les interrelations passées entre les variables.

Les chiffres produits par les banques centrales ne sont pas de la vraie monnaie ; ils ne sont qu’un mirage ou, au mieux, une monnaie potentielle – laquelle ne deviendrait réelle que si, et seulement si, elle entrait dans des transactions.

La fonction économique – pas la fonction pour les individus – de la monnaie, c’est de catalyser les échanges, mais le catalyseur seul sans les échanges est un fantôme, une inexistence.

La monnaie prend vie, se dote de vie dans et par les transactions. La monnaie ne produit pas les transactions, c’est une illusion ! Ce qui est premier, c’est le désir, la volonté de transacter et si la monnaie produit des transactions c’est dans le cas de l’hyperinflation, c’est-à-dire lorsque la monnaie brûle les doigts et que l’on n’y croit plus.

Nos gouvernants marchent sur la tête

Les idiots inutiles qui nous gouvernent sont spiritualistes, pas matérialistes. Ils marchent sur la tête et croient que l’esprit produit la réalité alors que c’est le réel qui produit l’esprit. Comme les enfants, ils ne sont tout-puissants que de leur impuissance réelle.

L’hyperinflation, c’est ce qui se produit dans l’imaginaire financier. Les QE ont remplacé des actifs financiers qui rapportaient en fournissant de la monnaie qui ne rapporte rien aux gérants de l’imaginaire financier que sont les banques et la communauté spéculative.

Cet argent qui ne rapporte rien leur brûle les doigts, c’est la patate chaude ; nous sommes dans un phénomène d’hyperinflation localisé dans l’imaginaire financier.

Au mieux, ces zéros dans les livres de comptes sont des assurances – dans le sens où, s’il y avait un run sur les banques ou une chute des marchés, grâce à ces « réserves », le système pourrait dans un premier temps faire face aux retraits en mobilisant l’argent oisif de son compte à la banque centrale et en remboursant les premiers demandeurs de cash.

Mais, compte tenu des disproportions, seuls les premiers seront servis !

C’est pour cela qu’il faut toujours être les premiers à paniquer, contrairement à ce que l’on vous dit.

Pour l’avenir, on ne peut échapper à la Nécessité :

– soit l’imaginaire financier hyper-inflaté sera détruit ;

– soit il sera solvabilisé par la transmission de l’hyperinflation financière au monde réel, ce qui signifie que la croissance nominale va accélérer et que les cash-flows fictifs gonflés par l’inflation vont rattraper les valorisations des actifs cotés sur les Bourses.

Entre temps, il y aura beaucoup de mensonges, de contrôles, de hauts et de bas – mais ce qui compte, c’est le sens général : quand le vin est tiré, il faut le boire.

Et là, ce sera sans modération !

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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