Alors que les marchés boursiers mondiaux jouent l’escarpolette, les médias financiers se demandent si une nouvelle récession mondiale se prépare et à quel moment.
Les experts financiers recherchent des indicateurs économiques ou financiers qui pourraient les guider.
Leur préféré est l’inversion des courbes de taux.
La croyance en les pouvoirs prédictifs de l’inversion est d’ordre magique, mais ce n’est pas une raison pour écarter le phénomène de l’analyse . Certes les illusionnistes des banques centrales ont détruit tous les signaux et c’est d’ailleurs volontaire, mais même dans les décombres il y a des indices utiles.
La «courbe de rendement inversée». Il s’agit de la différence entre le taux d’intérêt annuel que vous obtenez si vous achetez un emprunt d’État ayant une durée de vie de dix ans (l’échéance pour que votre argent soit remboursé) et le taux d’intérêt applicable à l’achat d’un bon à trois mois, ou deux ans.
La courbe des taux d’intérêt pour les obligations à échéance croissante est généralement à la hausse, ce qui signifie que si vous prêtez au gouvernement votre argent (c’est-à-dire que vous achetez une obligation du gouvernement) pendant dix ans, vous vous attendez normalement à obtenir un taux d’intérêt (rendement) plus élevé que si vous prêtez le gouvernement votre argent pour seulement trois mois.
Mais parfois, sur le marché de l’achat et de la vente d’obligations d’État (le «marché secondaire»), le rendement de l’obligation à 10 ans est inférieur à celui de l’obligation à deux ans, voire à trois mois.
Vous avez une courbe de rendement inversée.
Pourquoi cela arrive-t-il?
Cela suggère que des investisseurs qui achètent des actifs financiers (banques, fonds de pension, entreprises et fonds d’investissement, Smart Money, ultra-riches) sont tellement inquiets pour l’économie qu’ils ne veulent plus détenir d’actions ou d’obligations de sociétés (c’est-à-dire investir ou leur prêter de l’argent) .
Ils font grève. Ils vont au parking. C’est trop risqué et les investisseurs préfèrent donc conserver des actifs très sûrs comme des obligations d’État, car les gouvernements de l’Allemagne, du Japon, des États-Unis et du Royaume-Uni ne feront pas faillite comme une entreprise ou une banque. En tous cas c’est la croyance dominante.
Si les investisseurs achètent davantage d’obligations d’État, ils font monter le prix de ces obligations sur le marché. Le gouvernement verse un intérêt annuel fixe sur cette obligation jusqu’à son échéance. Par conséquent, si le prix de l’obligation continue d’augmenter, le rendement de cette obligation (c’est-à-dire le taux d’intérêt / le prix de l’obligation) continue de baisser.
Des preuves/observations empiriques montrent que chaque fois que cela se produit pendant une période suffisante , au bout d’un an environ, une récession économique s’ensuit.
Quelle est la fiabilité de cet indicateur de récession à venir?
Comme je le dis y croire aveuglement ressort de la croyance magique.
Beaucoup d’auteurs , ces derniers temps ont mis en doute la validité du rendement inversé comme signal de récession; il se peut qu’une courbe inversée soit corrélée à des récessions, mais cela ne confirme en rien l’inéluctabilité d’une autre récession, car tout ce que cela montre, c’est que les investisseurs ont peur de la récession.
Ils pourraient très bien se tromper. En effet, lorsque vous regardez les obligations de sociétés, il n’y a pas de courbe inversée. Les obligations de sociétés à plus long terme ont un rendement beaucoup plus élevé que les obligations à court terme.
Ce sur quoi nous voulons insiter c’est qu’il n’y a aucun lien organique, aucune nécessité à ce que l’inversion prédise une récession: l’inversion est du domaine de l’opinion, du domaine des perceptions.
Nous faisons valoir le fait suivant: les autorités monétaires suivent bien sur les données fournies par les courbes de taux et elles agissent en conséquence. Ou bien elles se préparent à agir en conséquence.
L’invession des courbes de taux signale une fuite devant le risque, une tendance au risk-off et comme le système ne peut plus supporter le risk-off, alors les autorités vont obligatoirement prendre des décisions … pour éviter le risk-off, rétablir le risk-on et donc éviter la récession.
Dans le monde actuel l’inversion signale plutot… l’inverse de la récession, c’est dire la venue de nouvelles largesses qui vont s’opposer coûte que coûte à la récession. Et ceci déclenche bien sur la spéculation: la communauté spéculative mondiale achète des actifs financiers longs afin d’anticiper l’action des autorités, ce qui bien sur fausse la valeur des signaux. Et exerce une pression sur les apprentis sorcies pour qu’ils délivrent.
Quand on a comblé la communauté spéculative de cadeaux, elle y est « addicte » et elle réclame sa drogue. Elle obtient ce qu’elle veut comme en témoigne les mises à genoux de Powell et Draghi.
La question se déplace donc : elle devient est-ce que cette fois encore les autorités vont réussir à repousser de 12 à 18 mois la récession comme elles l’ont fait en 2016/2017?
Les économistes de JP Morgan ont récemment procédé à des régressions sur les courbes de rendement inversées et ils ont estimé que la très faible inflation enregistrée par la plupart des grandes économies depuis la période qui a suivi la grande récession a peut-être altéré la fiabilité de l’indicateur dans une certaine mesure. Cela ne veut pas dire grand chose, c’est plutot du Diafoirus du style voila pourquoi votre fille est muette.
Malgré tout, JP Morgan estime toujours que c’est un indicateur précieux.
Les courbes de rendement des obligations américaines (10 ans-3 m) et (10 ans-2 ans) se sont inversées. Et ils concluent que chaque fois que cela s’est produit, une récession a suivi dans le délai d’une année.
JP Morgan estime sur cette base que la probabilité d’un effondrement de l’économie américaine d’ici un an est d’environ 40 à 60%.
Ou en est-on ?
Les indices d’activité manufacturière et industrielle montrent que le monde est déjà plus ou moins en récession et que seuls les «secteurs des services» tels que la santé, l’éducation, le tourisme, maintiennent l’économie mondiale en mouvement.
Toute la question devient celle de la contagion et de l’impulsion: est ce que ces secteurs des services ont une dynamique autonome , est ce qu’ils ne dépendent pas en définitive de la santé des secteurs productifs « hard » des économies pour leurs ventes et leurs profits?
Pertinent !! En espérant lire votre analyse sur la probabilité d’une relance inflationniste par l’helicopter money. Idée qui semble prendre son chemin dans les cerveaux malades qui nous dirigent… est ce un risque qu’ils oseraient prendre ? Bien à vous…
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