Quelques réflexions d’Alain de Benoist. Il peut faire mieux, mais …
On reste totalement sur sa faim quant à l’analyse des causes du politiquement correct. Dire que cela a à voir avec « la métaphysique de la subjectivité » ne fait pas avancer beaucoup la compréhension.
Le politiquement correct est une répression, voila par quoi il faut commencer. C’est une répression de la parole qui se manifeste par la courbure qu’on lui impose: « cela ne doit pas être dit ».
En ce sens le politiquement correct invoque toujours un « il », un « il » qui est un maître escamoté, qui se cache, qui ne se montre pas. Le « il », qui dit « il ne faut pas », se cache.
Ce maître, caché, est hors de portée. Il a forcément le dernier mot.
Il triche car sa maîtrise est imaginaire et il la fait passer pour symbolique. C’est le flic qui se prend pour le juge, le juge qui se prend pour la loi, le député LREM qui se prend pour la République. Macron qui se prend pour Jupiter.
Ce « Il » est intériorisé, il devient non-su, non-conscient et c ‘est de cette caractéristique qu’il tire sa force de tyrannie.
Le politiquement correct a rapport avec le Pouvoir et les formes modernes du pouvoir, sa clandestinité.
Le moderne c’est la dicature du soft, l’auto-persuasion, l’auto-exploitation, c’est non pas l’action sur le sujet mais la modification du sujet lui même . Il s’appuie et se grave sur un renoncement du susjet à ce qu’il est, à ce qu’il pense vraiment, il a un certain rapport avec la lacheté et la démission.
Cela a à voir avec le statut de la Vérité dans nos sociééts puisque le politiquement correct ne se définit pas par rapport à ce qui est mais par rapport à ce qui devrait être: les fausses équivalences, les fausses égalités, les inversions, etc;
En tant que répression, le politiquement correct ne tombe pas du ciel, elle succède à d’autres répressions plus sanglantes dont il prend la suite , une suite soft conforme a notre époque. Elle se joue non au niveau du réel, du sang et de la violence mais au niveau des signes que sont l’écrit et la parole et de leur inscription dans la psyché.
Le politiquement correct suppose un pouvoir central, politique, médiatique, pour l’imposer et le ratifier, pour le répééter et lui coller un sceau.
C’est cela pour moi l’essentiel, c’est le rapport avec le Pouvoir.
Quant au selfie qui serait le symbole de la dictature du moi je n’en crois pas un mot, ces gens ne sont pas individualistes, ce ne sont pas des individus, ils appartiennent au grand tout de la mêmitude, ce sont des déclinaisons/combinaisons/répétitions de la mêmitude. Tout le contraire! La preuve ils n’ont rien à dire.
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Editorial (extrait) du n°180 de la revue Eléments (octobre novembre 2019), par Alain de Benoist.
Un lycée américain décide de la suppression d’une grande fresque murale datant de 1936 et dénonçant l’esclavage, au double motif que son auteur était Blanc (un Blanc ne peut pas être antiraciste, c’est dans ses gênes) et que sa vue était « humiliante » pour les étudiants afro-américains. Elle sera remplacée par une fresque célébrant « l’héroïsme des personnes racisées en Amérique ».
En France, une représentation des Suppliantes d’Eschyle à la Sorbonne fait « scandale » parce que certains acteurs portaient des masques noirs, preuve évidente de « racialisme ».
En Espagne, un collectif demande que l’on règlemente d’urgence la « culture du viol » qui règne dans les basses-cours : les poules y sont victimes de la concupiscence des coqs.
D’autres s’indignent que l’on veuille rendre hommage à une femme célèbre (il fallait lui rendre « femmage »), ou qu’un ministre mis en cause dans une affaire récente estime avoir été « blanchi », ce qui atteste du peu de cas qu’il fait des personnes de couleur (supprimons les « livres blancs » et les « idées noires » !).
(…)
Dans le passé, le « politiquement correct » a pu simplement agacer ou faire rire. On avait tort. À l’instar de la Novlangue orwellienne, il vise à changer le sens des mots afin de changer (et contrôler) les pensées, ce qui est beaucoup plus grave. Encore faut-il en identifier la nature et les causes.
La première n’est autre que l’inusable puritanisme américain. Ce n’est pas par hasard si tout le vocabulaire du néoféminisme le plus délirant, tout le vocabulaire de l’intouchable lobbyLGBT, des « études de genre » à « l’intersectionnalité » en passant par la « transphobie » et la « racisation des afro-descendants », est né de l’autre côté de l’Atlantique.
Tout y est : la culture du soupçon tous azimuts, la chasse inquisitrice à la « masculinité toxique », forcément toxique, les procès d’intention, les repentis, les confessions publiques, la dénonciation des « porcs », les accusations sans preuves qui suffisent à ruiner une carrière. Partout l’oblation, la repentance, la contrition, la pénitence – en attendant le bûcher.
Qui sont les victimes ? Tout le monde. L’humour, les blagues, le second degré, la liberté d’expression. Tout récemment, le poète André Chénier a été dénoncé comme ayant fait l’« apologie du viol » (heureusement, on l’a guillotiné). Ne nous y trompons pas, de proche en proche, c’est la totalité des créations littéraires, artistiques, poétiques, théâtrales, des trente siècles écoulés qui finiront par être ainsi délégitimées par des procureurs formés à repérer partout le « racialisme » et le « sexisme ». Jusqu’à ce qu’on décrète l’abolition du passé, puisqu’il n’aura été qu’une suite de « crimes de haine » commis au nom du « patriarcat ». (…)
L’autre cause profonde du politiquement correct n’est autre que la métaphysique de la subjectivité, qui est comme la clé de voûte de la modernité. Descartes en est le grand ancêtre : « Je pense, donc je suis ». Je, je. En termes plus actuels : moi, moi. La vérité n’est plus extérieure au moi, elle se confond avec lui. La société doit respecter mon moi, elle doit bannir tout ce qui pourrait m’offenser, m’humilier, choquer ou froisser mon ego. Les autres ne doivent pas décider à ma place de ce que je suis, faute de faire de moi une victime. (…)
Au fond, je suis le seul qui a le droit de parler de moi. Ainsi s’alimente le narcissisme du ressentiment, tandis que la société se transforme en un empilement de susceptibilités.
Le symbole le plus fort du monde actuel, c’est le selfie. Le monde entier tourné vers le moi. « Le moi est haïssable », disait Pascal. Aujourd’hui, il serait en prison.