Editorial: Non seulement on ne vous dit pas tout, mais ce qui est plus grave, c’est que personne ne sait tout!

A lire même par ceux qui croient que la finance cela ne les concerne pas.

La Fed a annoncé vendredi son « Non QE ». Une nième reflation qui ne dit pas son nom.

Le Dow Jones était déjà en hausse de 400 points  sur l’ anticipation d’un résultat positif de la négociation commerciale .

La réserve fédérale va commencer mardi à acheter 60 milliards $ de bons du Trésor par mois  jusqu’au   deuxième trimestre de 2020, après une période au cours de laquelle le crédit de la Réserve fédérale a déjà bondi de 187 milliards de dollars.

La Fed a également annoncé qu’elle poursuivrait ses interventions sur le marché des prises en pension tout en réinvestissant le produit provenant d’échéances à plus long terme.

Il est possible que nous voyions une expansion d’environ 500 milliards de dollars au cours des six à neuf prochains mois à venir.

 La Fed agit comme si elle allait devoir faire  face à un risque sérieux pour la stabilité financière. pourtant elle s’efforce de le nier,  elle présente son action comme des mesures techniques :

11 octobre – Bloomberg : «… La banque centrale… a souligné que« ces actions sont des mesures purement techniques destinées à soutenir la mise en œuvre effective »de la politique de taux d’intérêt et« ne représentent pas un changement »dans sa position monétaire . « En particulier, les achats de bons du Trésor n’auront probablement que peu ou pas d’impact sur le niveau des taux d’intérêt à long terme et sur la situation financière en général ».

Même avec le succès de l’accord commercial «Phase 1» avec la Chine – sans oublier le plan de la Fed d’accroître son actif, la probabilité d’une réduction des taux lors de la réunion de la Fed du 30 octobre a peu varié cette semaine à 71%.

Il y a manifestement anguille sous roche.

Dans le FT , la semaine dernière, on pouvait lire:  «De meilleures données sur la finance moderne révèlent des vérités qui dérangent». Gillian Tett jeudi dans le  FT était plus direct: «Il est indéniable que le secteur bancaire parallèle se gonfle à nouveau, ce qui est inquiétant quand on se souvient  de son rôle dans la crise financière. »

10 octobre – Financial Times : «Que diable se passe-t-il aux îles Caïman? C’est une question souvent posée à propos de l’impôt sur les sociétés. Cette semaine, par exemple, l’OCDE a appelé à mettre fin aux échappatoires qui permettent aux entreprises mondiales de réduire leurs impôts et taxes dans des endroits comme l’outre-mer britannique. Alors que le débat s’agite, il existe un autre aspect de la mondialisation qui mérite d’être davantage débattu: les flux financiers associés aux centres offshore, en particulier entre les banques et les entités non bancaires. »

«Les prêts offshore consentis par les banques à des institutions financières non bancaires, telles que des fonds spéculatifs, ont également bondi, passant de 4,8 trillions  de dollars en 2016 à 6,6 trillions  de dollars en 2019.

Plus frappant encore, ces institutions non bancaires sont devenues des sources importantes de – financement offshore  des banques, notamment en devises internationales », note la BRI:  près de 20% des financements en dollars transfrontaliers des banques sont maintenant fournis par des entités basées aux Îles Caïmans, un ratio seulement supérieur à ceux des États-Unis. … Comme le conclut la BRI, «les positions des banques avec [les non-banques] sont concentrées dans quelques pays, en particulier les centres financiers».

«La part des intermédiaires non bancaires dans le total des actifs du système financier est passée de 31% à 36%» entre 2007 et 2017, observe un rapport de la IESE Business School… Les banques prêtent des sommes importantes à des sociétés non financières situées dans des centres financiers opaques . . . La BRI note que les créances des banques sur les sociétés financières non financières des îles Caïmans sont plus importantes que sur celles d’Italie.  »

Je vous livre ces extraits pour vous pointer l’opacité et la complexité du système financier mondial et vous faire comprendre que personne en réalité ne sait ce qui s’y passe: Non seulement on ne vous dit pas tout , mais ce qui est plus grave c’est que personne ne sait tout!

Je ne suis pas convaincu que la BRI et la communauté des banques centrales mondiales maîtrisent le monstre qu’ils ont créé.

«Selon le dernier sondage triennal de la  BRI sur les banques centrales, le nombre de produits dérivés négociés sur les marchés de gré à gré a augmenté encore plus rapidement que celui des marchés boursiers… Le volume moyen quotidien des produits dérivés de taux d’intérêt et de change sur les marchés mondiaux – sur les marchés boursiers et de gré à gré – est passé de 11,3 trillions  de dollars en avril 2016 à 18,9 trillions  de dollars en avril 2019. « 

Et ceci, pourquoi une telle inflation des transactions?

 » Le chiffre d’affaires des dérivés de taux d’intérêt a nettement augmenté entre avril 2016 et avril 2019, en particulier sur les marchés de gré à gré, où les transactions quotidiennes ont plus que doublé, passant de 2,7 trillions  de dollars par jour à 6,5 trillions  de dollars .  »

Je pose une simple question: ou est logé le risque? Quel est son encours en net? Qui fait office d’assureur avec des montants pareils? Qui a le capital pour faire face à un sinistre?

Accessoirement quel est le levier global? Qui le porte? Qui le finance?

Réponse : le risque? Personne ne sait ou il se cache, ou il est logé. Tout ce que l’on sait c’est qu’il ne faut pas qu’il se manifeste et donc il faut le noyer.

L’année 2019 devait être booming.

On allait connaitre une bonne petite croissance synchronisée, avec une bonne petite inflation; les taux allaient être montés plusieurs fois, la sur-liquidité allait être épongée par les quantitative tightening, les QT,  et on allait donc pouvoir repartir sur de bonnes bases. En ayant rempli l’arsenal  de mesures contracycliques et regarni la boite à outils. On allait repartir pour un bon voyage avec des amortisseurs neufs.

Inutile de vous donne les détails, vous avez tout suivi jour après jour grâce à nos articles ; on eu des coups de semonces en début 2018, des coups de tonnerre en septembre, octobre et novembre 2018, puis l’orage en décembre.

Le mirage de la croissance synchronisée s’est évanoui, l’inflation au lieu de monter a chuté de plus bas, la liquidité a mystérieusement disparu, il  a fallu réinjecter des centaines de milliards en catastrophe, et on parle déjà tout en s’en défendant et en jouant sur les mots, de reprendre les QE.

Bon nous en sommes là.

Il y a encore un mythe qui tient mais on arrive au bout: c’est le mythe que tout cela est causé par Trump, ce paria qui a déclaré la guerre commerciale et son complément la guerre monétaire. Ce paria qui accélère la dé-globalisation et nuit aux intérêts  de tant de braves gens..

Comme l’armistice vient d’être acté sinon signé, cette fausse causalité va cesser de pouvoir être invoquée. On va voir si la Trade War oui ou non jouait un rôle , on va voir si l’incertitude disparaissant, les affaires reprennent. On va voir si le commerce mondial ré-accélère, si les profits se redressent et si l’inflation accepte de frémir un tant soit peu.

J’insiste sur ce point car les fausses causalités sont un élément importants sur les marchés, je les désigne quelque fois par l’expression « constructions parallèles ».

Dans une construction parallèle on établit un faux cheminement de causalités pour dissimuler quelque chose qui ne doit surtout pas être su: on ne doit pas savoir que si les marchés sont volatils et ont tendance à chuter c’est parce que les banquiers centraux ont échoué, non, il faut en imputer la cause à la folie de Trump qui a déclaré la Trade War. De cette façon, la crédibilité des banquiers est préservée et puis si  le thème la Trade War disparaît cela permet une reprise en mains qui évite la baisse en chaîne. Quitte, si la dégradation reprend à invoquer une nouvelle fausse causalité qui pourrait par exemple être l’empeachment!

Trump est utile pour tout, utile quand il gère et utile quand il y a une chance qu’il ne puisse plus gérer.

Les fausses causalités sont un moyen de baiser le public: on lui fait croire à un certain mode de fonctionnement des marchés tandis que les initiés, les professionnels, les TBTF eux  utilisent une autre clef d’interprétation et ainsi scalpent la clientèle fourvoyée.

Que nous dit  le stress qui s’est manifesté sur les marchés de refinancement au jour le jour, sur les repos?

-Il nous dit qu’une fois de plus les gouverneurs ont été pris par surprise; ils ont beau surveiller la sphère financière comme le lait sur le feu, ils trouvent encore le moyen de le laisser déborder!

-Il nous dit que le système ne fonctionne pas comme ils le croient et que la liquidité ce n’est pas ce qu’ils croient.

-Ils croyaient que les réserves étaient des liquidités, largement suffisantes puisque pléthoriques et ils ‘aperçoivent que l’on ne peut pas compter sur elles quand le marché en a besoin: $1,7 trillions cela ne suffit pas!

-il nous dit que les apprentis sorciers ne savent pas ce qu’ils font et que c’est pour cela qu’ils utilisent un marteau pilon pour enfoncer un clou; faute de savoir ce qu’il faut faire, ils arrosent à l’aveugle. Ils sur-liquéfient, tous azimuts.

La Fed a perdu le contrôle des taux d’intérêt à court terme à la mi-septembre nous l’avons signalé en son temps. C’est là ou tout a divergé, là ou les choses ne se sont plus passées comme elle devaient se passer avec des spreads anormaux, faibles mais anormaux. Déjà certains observateurs affutés avaient décelé des anomalies en Aout et d’autres encore plus fins avaient diagnostiqué des problèmes de tuyauterie  en  .. mai 2018.

La Fed a perdu ces derniers mois sa capacité à mettre en œuvre la politique monétaire. Les facteurs temporaires jouent un rôle certes , mais il faut répondre aux questions fondamentales ;

-comment fonctionne le système?

-comment fonctionnent les collatéraux?

-y a t-il pénurie de collatéraux?

-est il intelligent de retirer des T-bills du marché?

-Qu’est ce que la liquidité?

-Qui régule la liquidité offshore?

-le marché est il fluide? Cloisonné? Avec un dollar interne et un dollar offshore, un eurodollar?

-Que faire quand ceux qui ont des liquidités ne veulent plus les mettre à la disposition des autres sur le marché?

– Quel est le niveau approprié de réserves excédentaires?

-Comment définir la « nouvelle normalité »?

Personne ne pose ces questions pourtant centrales pour guider l’action !

C’est incroyable mais vrai.

Les docteurs Diafoirus du Moyen Age monétaire sont au chevet des patients et tout ce qu’ils connaissent de la maladie, ce sont ses symptômes; rien sur ses origines, rien sur le fonctionnement du corps, rien sur la circulation,  rien sur la contagion. Et bien sur rien sur les effets indésirables des remèdes.

De la même façon que les médecins du Moyen Age ne connaissaient que la  saignée, eux ne connaissent qu’une chose : la transfusion, l’injection. Ils ne savent même pas ou injecter, sous quelles doses, comment? Sous quelle forme; donc ils injectent partout, n’importe comment.

La Fed va reprendre des injections de liquidités en Novembre, après quoi les réserves excédentaires seront  maintenues constantes et le bilan devrait re-croître « de manière organique ».

La panique de la Fed a un aspect négatif puisque son incompétence s’affiche haut et fort, mais il y a aussi un aspect positif: elle va recommencer à injecter, à noyer, elle va faire remonter le niveau de la mer et ainsi rassurer non seulement ceux qui se baignent nus mais aussi ceux qui leur prêtent de l’argent.

Si tout se passe bien , on  va repartir pour un tour.

Déjà les « credits impulse » en provenance des autres blocs, l’asiatique et l’européen ont un effet positif.

Les conjonctures vont frémir à nouveau …

La communauté spéculative prépare ses crayons …

En Prime:

9 octobre – Financial Times:

«Dix minutes après que  le président de la Réserve fédérale, Jay Powell, ait affirmé que la reprise  des achats des valeurs du Trésor par la banque centrale n’était en aucun cas comparable à  la politique d’assouplissement quantitatif post-crise, l’analyste d’une firme de wall street a envoyé une note à ses clients pour leur dire que la nouvelle stratégie «ressemble sûrement à un QE». Il n’était pas le seul.

La confusion domine  en matière de communication. La Fed est confrontée à une difficulté alors qu’elle se prépare à augmenter  une nouvelle fois la taille de son bilan. Le souvenir  du QE est enraciné dans la détresse  économique.

Lorsque cette politique avait été mise en œuvre après la crise économique de 2008, elle avait été spécialement conçue pour abaisser les taux d’intérêt à long terme et assouplir les conditions financières.

Cette fois c’est  différent, a déclaré M. Powell… «Cela ne doit pas être considéré comme un changement de politique monétaire. Ce n’est pas fait pour améliorer la disponibilité générale du crédit. L’économie américaine reste globalement solide ».

 

 

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2 réflexions sur “Editorial: Non seulement on ne vous dit pas tout, mais ce qui est plus grave, c’est que personne ne sait tout!

  1. « De la même façon que les médecins du Moyen Age ne connaissaient que la saignée, eux ne connaissent qu’une chose : la transfusion, l’injection. »

    J’aime bien l’idée, l’image.

    J’ajouterai qu’au Moyen Age, on devait connaître le volume de sang d’un être humain (env 5l de mémoire), avant la mort du patient…
    Alors que les « Diafoirus » des banques centrales n’ont aucune idée de la limite des injections avant la mort… de la monnaie !

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  2. Problème fiscal US, la FED monétise la dette, et ça ne va plus s’arrêter.

    Fed’s Kaplan: The Big Change In Need For Reserves Is Dramatic Increase In Treasury Issuance That Takes Liquidity Out Of The System
    Banks Are Also Holding More Reserves Because Of Capital Requirements.

    J'aime

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