Nos nouveaux Nobel ont séduit le jury: ils traitent le problème de la pauvreté d’une façon inoffensive.  Le Nobel des banquiers.

Ce que l’on appelle le Prix Nobel d’économie s’efforce de couronner des travaux qui sont dans l’air du temps. Ici l’air du temps c’est de corriger la perversité de ce système capitaliste devenu fou et de s’intéresser aux inégalités, à la pauvreté et donc à ce que les bobos appellent l’inclusion.

Bien entendu pour que cela soit admissible pour les gens de Davos, pour les élites, il faut que cela ne mette pas en cause fondamentalement le Système qu’ils ont créé et dont ils bénéficient; il  faut que les  changements soient micro et uniquement à la marge! Il faut non seulement ignorer les  pensées et les théories radicales, mais en décourager la propagation. A la limite, moins il y a d’idées, mieux cela vaut;  l’idée voila l’ennemi. On comprend que nos nouveaux Nobel aient séduit le jury: ils traitent le problème de la pauvreté d’une façon inoffensive.

Ah les braves gens!

L’idée est de sauver la globalisation en faisant en sorte qu’elle profite un peu plus à tout le monde, qu’elle fasse moins de laissés pour compte , qu’elle laisse moins de gens sur le carreau. maus « en même temps » il faut que cela soit aseptisé, non sulfureux. Je suis sur que nos Nobel utilisent peu les idées, mais beaucoup les mathématiques et les statistiques.

Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer ont reçu conjointement le prix Nobel d’économie , ou plus exactement le prix Sveriges Riksbank à la mémoire d’Alfred Nobel, pour leur approche expérimentale visant à réduire la pauvreté dans le monde.

Banerjee et Duflo  sont en  couple au travail et dans la vie privée . Ils  sont professeurs au Massachusetts Institute of Technology, tandis que Kremer est professeur à l’Université Harvard.

Duflo, 46 ​​ans, devient la deuxième femme à se voir décerner un prix Nobel d’économie, après l’économiste américaine Elinor Ostrom, qui a remporté le prix en 2009 pour ses travaux sur la coopération humaine. Elle est également la plus jeune lauréate en économie: le précédent record était détenu par Kenneth Arrow, âgé de 51 ans quand il a reçu le prix en 1972.

Ces trois personnes, qui collaborent souvent dans leurs recherches, ont reçu le prix  pour avoir mis au point de nouvelles méthodes de recherche expérimentales visant à identifier les interventions et les politiques les plus efficaces pour lutter contre la pauvreté. Ils l’ont fait  par le biais d’études sur le terrain.

« Notre objectif est de nous assurer que la lutte contre la pauvreté repose sur des preuves scientifiques », a déclaré Duflo lors d’une conférence de presse. «Souvent, les pauvres sont réduits à des caricatures et même ceux qui essaient de les aider ne comprennent pas les racines profondes de ce qui les rend pauvres. . . Nous essayons de résoudre les problèmes de manière aussi scientifique que possible ».

Le comité Nobel a déclaré que l’approche du trio avait «complètement remodelé» l’économie du développement, avec un impact clair sur la pauvreté et un potentiel considérable pour améliorer encore la vie des plus démunis dans le monde.

Hmm, Hmm.

Le comité a cité un exemple de travail sur la «crise de l’apprentissage», qui a révélé que la fourniture de manuels n’aidait pas les enfants à apprendre davantage à l’école, sans un enseignement de meilleure qualité et mieux adapté.

C’est non seulement une reflexion très pratique mais peut être même un peu au ras des paquerettes.

Kremer a commencé par mener des études sur le terrain au Kenya au milieu des années 90, tandis que Banerjee et Duflo ont mené des essais similaires dans deux villes indiennes, Mumbai et Vadodara.

De telles expériences sur le terrain sont maintenant devenues la méthode standard pour les économistes du développement, a déclaré le Comité Nobel.

Leur approche reflète celles traditionnellement utilisées dans les essais cliniques pour les nouveaux médicaments; mais le comité Nobel a noté que, outre le fait de vérifier si une intervention donnée fonctionnait, les chercheurs ont  également cherché à savoir pourquoi cela fonctionnait.

À certains égards, le fait que le prix soit attribué à des économistes du développement qui étudient les problèmes de  pauvreté ou, plus précisément, les problèmes des pauvres et la raison pour laquelle ils restent pauvres, a priori c’est une bonne nouvelle.

Le prix de l’économie n’est plus attribué aux économistes traditionnels néoclassiques, de l’Université de Chicago, qui n’ont jamais fait de travail empirique de leur vie, encore moins de travail expérimental.

Les gagnants sont des économistes qui se sont «mis à la tâche» sur le terrain, dans le monde entier, pour voir de près les problèmes auxquels sont confrontés les pauvres.

Alan Kremer a commencé à utiliser des essais « randomisés » pour évaluer les interventions en sciences sociales. Il a créé la théorie économique de la complémentarité des compétences, appelée théorie du développement économique à anneaux de Kremer. Cela fait ressortir  que des travailleurs possédant des compétences similaires et travaillant ensemble offriront une productivité plus élevée même si la technologie est la même.

Hmm, Hmm.

Kremer avait également proposé précédemment l’une des explications les plus convaincantes du phénomène de la croissance démographique avant le début des années 1970. Il a montré que contrairement à ce que suggère Malthus, une forte population stimule le changement technologique et accélère  la croissance économique.

Duflo est une économiste française. Ses recherches portent sur les problèmes microéconomiques des pays en développement, notamment sur le comportement des ménages, l’éducation, l’accès au financement, la santé et l’évaluation des politiques. En 2003, elle a cofondé le Poverty Action Lab au MIT, qui a depuis mené plus de 200 expériences de développement empiriques et formé des praticiens du développement à la conduite d’essais contrôlés « randomisés ».

Banerjee, est co-auteur avec Duflo, de Pauvre économie ou Economie de la pauvreté : Repenser radicalement le moyen de lutter contre la pauvreté dans le monde (2011).

Banerjee et Duflo affirment que leur livre établit un juste milieu entre «solutions purement fondées sur le marché» à la pauvreté mondiale et les «grands plans de développement».

Ils préconisent le recours à l’observation, en utilisant «des tests rigoureux contrôlés randomisés» sur cinq continents, et ce sur quoi ils insistent: en écoutant ce que les pauvres ont à dire. À partir de cette approche empirique, les auteurs estiment que les meilleures stratégies pour éliminer la pauvreté peuvent émerger. Ils croient que de petits changements peuvent avoir de gros effets.

Leurs conclusions sont triviales, par exemple. «Le revenu en soi est important pour les décisions en matière d’éducation: Jamal aura moins d’éducation que John car ses parents sont plus pauvres». Ils soutiennent que cette constatation est importante car, si le revenu des parents joue un rôle essentiel dans la détermination de l’investissement dans l’éducation, les enfants riches seront davantage scolarisés même s’ils ne sont pas particulièrement doués et les enfants pauvres doués et talentueux risquent d’être privés d’éducation.

Surprise!

En 2017, dans une conférence Esther Duflo estimait que les économistes devraient abandonner les « grandes idées » et résoudre plutôt des problèmes tels que les plombiers: « poser les tuyaux et réparer les fuites ».

Banerjee et Duflo sortiront un nouveau livre le mois prochain, intitulé «De bonnes économies pour les temps difficiles», Juggernaut Books. La promo dit qu’elle vise à «montrer comment l’économie, si elle est bien faite, peut nous aider à résoudre les problèmes politiques et sociaux les plus épineux de notre époque». C’est ce qu’affirment certains. Le discours se poursuit: «L’immigration et les inégalités, la mondialisation et les bouleversements technologiques, le ralentissement de la croissance et l’accélération du changement climatique sont des sources de grande inquiétude dans le monde. Les ressources pour faire face à ces défis sont là. Ce qui nous manque, ce sont des idées qui nous aideront à franchir le mur du désaccord et de la méfiance qui nous divise. en utilisant leurs recherches expérimentales qu’ils ont effectuées au cours des dernières décennies, ils sont certainement dignes du lauréat.

Vous avez, j’en suis sur, compris pourquoi ces gens ont la consécration du Nobel de l’économie qui est, au  fond, le Nobel des banquiers. 

 

5 réflexions sur “Nos nouveaux Nobel ont séduit le jury: ils traitent le problème de la pauvreté d’une façon inoffensive.  Le Nobel des banquiers.

  1. Les prix Nobels sont du même acabit que l’affaire Dupont de Ligonnès. Pourquoi voudriez vous qu’il en soit autrement ?

    Je lisais sur DSK, des tas de commentaires : c’était l’homme qu’il nous fallait comme président ect…. J’ai répondu mais qui êtes vous donc pour juger que DSK aurait fait un excellent président qu’a t il fait donc de mémorable, de bien, d’utile ?

    Tout est fabriqué à la main par les médias, le pseudo talent n’y échappe pas… https://www.youtube.com/watch?v=mlElXhoPVWE

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  2. Bonsoir
    Des essais randomisés….. C’est le même truc que l’on utilise pour tester/valider les médocs…. Après il y a l’interprétation et la vente des résultats « correctement » interprétés des essais; et là ça devient intéressant, un peu comme cette vieille blague du temps du stalinisme:  » 2+2? …Combien veux- tu que ça fasse camarade commissaire? »
    Et cela sous tend que l’on assimile un peu un pauvre à un malade.
    Je ne sais pas pourquoi, mais je fais entièrement confiance aux banquiers pour utiliser au mieux les stats tirées des randomisés de frais…

    Cordialement

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  3. «Souvent, les pauvres sont réduits à des caricatures «  »et même ceux qui essaient de les aider ne comprennent pas les racines profondes de ce qui les rend pauvres. . . » » Nous essayons de résoudre les problèmes de manière aussi scientifique que possible ».

    Sans déconner ?… Nos prix machin auraient-ils omis de lire la littérature abondante déjà produite sur ce sujet, mais dans quel monde vivent-ils ?

    A ce compte-là je connais pas mal de gens non nobélisés beaucoup plus utiles à documenter le problème et très au fait de ses racines profondes. Scientifiques, dites-vous ?…

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