UNE NOUVELLE PHASE DE LA CRISE VA DÉBUTER

Rédigé par 
Bruno Bertez
17 octobre 2019

Les autorités bluffent depuis des années – et pour l’instant, tout le monde y croit (ou fait semblant). Mais c’est en train de changer…

Je pressens, parce que je m’y attends depuis longtemps – depuis mars 2009 exactement –, qu’un jour prochain, une nouvelle phase de la crise va débuter.

Pourquoi mars 2009 ? Parce que c’est à ce moment-là que j’ai acquis la conviction que l’on ne traiterait pas la crise mais que l’on mentirait, que l’on s’enfoncerait dans le mensonge et dans le bluff.

Ce qui a été confirmé par un acteur de premier plan, un acteur central : Timothy Geithner, président de la Réserve fédérale de New York de 2003 à 2009… puis secrétaire au Trésor US sous Barack Obama, de 2009 à 2013.

Le livre de Geithner, Stress Test, explique bien qu’il s‘agissait d’un bluff, un bluff qui a pris… et que l’on n’a pas remis en cause, pas écorné, par la suite, trop heureux du miracle. On n’a pas sanctionné les banquiers défaillants et criminels pour ne pas ruiner le bluff.

Le grand mythe, l’invariant qui soutient tout le système, c’est celui de la toute-puissance et de l’omniscience des banquiers centraux.

Ils ne savent pas ce qu’ils font

J’annonce que ce grand mythe va sombrer. Ils ne savent pas ce qu’ils font. Ceci est vrai mais pas très important ; ce qui est important, c’est que cela va finir par se savoir !

Ils s’empêtrent dans les mystères qu’ils prétendent gérer et cela, jour après jour, fissure le socle de leur crédibilité. Les fissures sont multiples mais elles ne sont pas encore perçues par le grand nombre.

C’est la magie, le miracle de ce que l’on désigne sous le nom de confiance. La confiance, c’est un concept central en matière politique, sociale, économique, monétaire et financière, mais un concept que personne n’étudie. C’est une boîte noire. Opaque, qui n’est réductible à rien donc pas compréhensible.

Je conseille de lire le petit ouvrage d’Alain Peyrefitte, Le Mythe de Pénélope. C’est la meilleure réflexion que j’ai trouvée sur ce sujet.

La théorie de la communication ne peut rentrer dans le proprement humain. Elle glisse sans prise sur l’humain, elle passe à côté de la confiance, de la conviction, de la certitude, etc.

Ce bluff, je prétends qu’il ne peut fonctionner qu’une seule fois.

L’effet d’apprentissage existe. Les systèmes sont gouvernés par leur inconscient – c’est-à-dire par le non-su… or peu à peu, le savoir émerge.

La compréhension progresse

Ainsi on comprend maintenant le grand mystère des assouplissements quantitatifs. On sait ce que nous disons depuis 2010 : ce n’est pas de l’impression monétaire mais un simple échange, un swap. On sait que cela ne produit pas d’inflation, simplement un appétit pour le jeu qui ne concerne que les actifs financiers, la loterie et ainsi de suite.

On sait déjà beaucoup de choses… et on comprend maintenant pourquoi tout cela n’a jamais produit ni inflation ni hyperinflation, contrairement à ce que les génies de la monnaie orthodoxe, les Allemands, croyaient.

Encore un effort et les zozos vont découvrir que « l’économie », cela n’existe pas ; ce qui existe, c’est l’Homme. Ils vont aussi découvrir que l’apprentissage fait partie des facteurs à étudier, ainsi que la mémoire, comme l’avait compris il y a longtemps Maurice Allais.

En clair, cela marche tant que cela n’est ni su ni compris. On est agi par l’inconscient, mais une fois porté au grand jour, ce qui nous agit disparaît en tant que force; il passe à l’état conscient et le conscient, on peut agir dessus, le maîtriser.

La prochaine phase…

La prochaine phase ne sera pas une phase technique ; ce sera plutôt une phase que je qualifierais de cognitive.

Peu à peu la vague de scepticisme à l’égard de la politique des banques centrales va enfler. Elle va toucher de nouvelles couches de personnes, elle va gagner les médias, les gourous, elle va devenir à la mode… et peu à peu elle va devenir ce qu’on appelle en anglais « common knowledge » – c’est-à-dire une connaissance que non seulement tout le monde partage mais dont tout le monde sait que les autres la partagent.

On ne peut plus faire semblant de ne pas savoir !

Une connaissance qui est sue comme partagée – un peu comme les grands secrets de notre époque, « révélés » alors qu’ils étaient connus depuis longtemps : les mensonges d’Etat, les harcèlements type Weinstein, les pédophilies type Epstein, les corruptions politiques, etc.

Tout cela se sait, se savait, mais n’était ou n’est pas encore connaissance sue comme partagée par tout le monde.

La common knowledge n’est pas un savoir : c’est un statut supérieur du savoir qui fait que l’on ne peut plus y échapper. C’est donc un super-savoir qui produit enfin ses effets alors qu’avant il n’en produisait pas.

Cela change tout dans la situation actuelle, comme nous le verrons dès demain.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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Une réflexion sur “UNE NOUVELLE PHASE DE LA CRISE VA DÉBUTER

  1. Petit pamphlet : qui est le contrarian ?

    Dans une définition répandue, le contrarian est celui qui prend une position contraire à celle de la majorité. Majorité souvent bien-pensante, dominante par essence, et parfois dominante par le jeu d’une masse moins bien formée ou assise sur une paresse intellectuelle. Cette bien pensance dominante en joue, en abuse qu’elle soit élue ou non élue. Elle dirige, elle dicte, elle pense pour nous dans une forme de bienveillance collective. On intervient pour notre bien.

    Souvent décriés, rabroués, les « contrarians » perdaient de leur crédit même en se rassemblant, en avertissant des risques, en demandant de remettre les pieds sur terre et l’église au centre du village.

    Et pourtant, ils sont toujours là, chacun à sa mesure, chacun dans sa case, chacun dans son savoir, chacun dans son domaine de connaissance, chacun dans son pré carré médiatique.
    Ils n’en démordent pas, pis encore, ils accentuent leurs critiques, ils alertent de plus en plus, ils se sont aguerris des coups portés précédemment, ils en ont acquis une forme de légitimité, une reconnaissance de quelques tiers. On les entend désormais via la naissance d’une prise de conscience. On donne une écoute à la critique, on cherche à comprendre. Cela prend du temps.

    Dans les sujets économiques et financiers, ils sont de plus en plus nombreux à entrer en défiance vis à vis des organismes de tutelle, de ceux qui détiennent le pouvoir sur notre quotidien et notre futur, de ceux qui l’organise, qui le dirige et le cadre pour notre soi-disant bien. Pour que le système puisse perdurer le plus longtemps possible.

    Cependant, depuis cette rentrée, il est questionnant de voir un marché US du Repo toujours aussi déséquilibré en dépit des interventions de la FED, que cela soit, par hypothèse un acteur bancaire ou courtier en manque de liquidité ou les effets du leverage, que cela soit par des besoins financiers intarissables et grandissants du Trésor US : les demandes de liquidités sont tout autant criantes qu’inquiétantes, et ce fut le cas encore cette semaine.

    Si on élargit l’horizon temporel, qu’on parte du ‘whatever it takes’, du nouveau QE éternel de la BCE, du ‘not QE’ de la FED, de l’impulse monétaire de la Banque Populaire de la Chine, il semble qu’on ne prévient plus les éléments perturbateurs, non on intervient dans l’urgence pour parer au plus pressé. Les instances perdent autant le contrôle, leur capacité d’anticipation que leur crédit.

    On ne parlera pas des IPO farfelues avortées : le feuilleton Wework parle de lui-même, passant d’une valorisation de 47 B$ à 8 B$ en quelques semaines, judiciairement cela porte un nom …. On évitera de parler de l’IPO d’Aramco à 2 T$ tant sa valorisation définitive et consensuelle semble à chaque fois devoir être reportée…

    On ne parlera pas des hedge fonds devenus illiquides dernièrement : en GB, en Corée ou plus proche de nous avec le fonds H2O. Cela est inhérent à leurs risques d’engagement sauf que cela commence à se répéter… Dans la sémantique, ils devraient par honnêteté intellectuelle enlever le mot ‘hedge’.

    Les instances de tutelles, les préteurs en dernier ressort, les sachants médiatiques : tout ce beau monde continue de claironner que tout est sous contrôle : ‘no soucy’ !

    Mais qui s’oppose en fait aux réalités de terrain, au manque de liquidité, qui fait toujours tenir les zombies, qui sort l’extincteur à chaque menace d’embrasement des marchés ?

    Qui défie les lois classiques de l’économie et de la finance ? Qui vient en permanence au secours de la finance mondiale plutôt que laisser la crise légitime au bout d’un si long cycle faire le nettoyage nécessaire ?

    Qui veut continuer à nous faire marcher sur la tête ? Qui a ce mandat, cette légitimité ?

    Dans cette narrative des marchés, c’est qui le contrarian ?

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