Nous vivons dans un système où tout devient de plus en plus faux – et les autorités utilisent cela pour faire durer la hausse… et repousser l’inévitable.
Il y a des observateurs des marchés qui s’obstinent à ne rien comprendre alors que la vérité crève les yeux : nous vivons dans un système d’inversion. Inversion rationnelle, pas irrationnelle. Cette inversion n’est absurde qu’en apparence.
Les économistes – je l’ai dit cent fois – ne savent pas ce qu’ils font. Ils ont perdu le lien avec la réalité. Ils croient que les mathématiques, les régressions, les triturations statistiques expriment quelque chose ; ils croient que tout ce corpus reflète le réel.
Comme si les signes exprimaient le réel, comme si la « com’ » exprimait le réel, comme si les récits exprimaient le réel ! Non, tout cela n’exprime qu’une chose : le désir, la vérité du locuteur qui veut vous tromper. Sa vérité en tant que sujet qui énonce – tout comme le mensonge exprime la vérité du menteur, son essence de menteur.
Bien entendu, c‘est faux : le corpus utilisé pour refléter la réalité exprime sa vie propre et non pas celle du réel. Les théories néo-libérales n’expriment aucune vérité sur le réel, elles expriment la vérité interne, la cohérence interne de cette idéologie dont la fonction historique est de justifier l’exploitation et l’accumulation sans limite.
L’idéologie est née pour précisément tronquer, fausser, donner une courbure à la réalité – pas pour la montrer scientifiquement.
Tout devient de plus en plus faux
Surtout, tout devient de plus en plus faux : on s’éloigne sans cesse de la vérité.
Les économistes se fourvoient dans la glose, c’est-à-dire dans le commentaire de ce qu’ils font, disent et écrivent les uns sur les autres. Paul Krugman en arrive à dire avec le plus grand sérieux : « La dette, aucune importance, nous ne nous devons de l’argent qu’à nous-mêmes » !
La crise est en grande partie une crise de la pensée, une colossale crise du savoir.
Ci-dessous, nous voyons qu’un économiste a modélisé ce que nous appelons l’incertitude.
Volonté démiurgico-imbécile de mettre du connu et du mesurable sur de l’inconnu. Dans le délire moderne, pourquoi pas !

L’important n’est pas là ; l’important est dans les conclusions que l’on peut tirer de l’observation de ce graphique et dans son articulation avec le monde réel.
Normalement quand l’incertitude est à son comble, comme elle l’est maintenant, les risques sont perçus comme très élevés. Les primes de risque exigées sont donc larges.
En clair quand les risques sont élevés, les assurances sont chères… et donc, les cours de bourse sont bas.
On marche à l’envers
Dans le monde moderne post-2008, c’est l’inverse qui se produit. Alors que les risques et les incertitudes sont très élevés, les primes de risques, la rémunération de la prise de risques, sont nulles.
Paradoxe ? Non, au contraire : logique pure.
Je m’explique. Les autorités savent que c’est la fin, le bout du rouleau : le système ne peut résister à une nième crise et à une recrudescence de volatilité boursière. Elles empêchent donc la volatilité, elles empêchent la baisse de se manifester. Elles répriment le risque.
Plus les risques sont grands et plus elles les assurent, comme elles le font depuis septembre dernier. Donc il est logique que plus l’incertitude est grande… moins cela se manifeste dans les primes de risques et dans les cours boursiers des actifs financiers.
Le moins produit le plus !
Le risque produit son propre antidote : les autorités s’affolent et noient le risque, elles le dissimulent de telle sorte qu’il ne puisse se manifester. On inonde de liquidités, on monte le niveau de la mer – et ainsi on ne voit plus qui se baigne nu.
Un risque systémique galopant
Au lieu de se manifester par la baisse des cours et une chaîne d’adaptation systémique, c’est l’inverse qui se produit. Le risque se manifeste par l’inverse, par la hausse des cours boursiers – soit sur les actions, soit sur les fonds d’Etat, au point que leurs taux de rendement sont négatifs.
Le risque perçu décline, tandis que le vrai risque, le risque systémique, galope.
Tous les signaux doivent être décodés en fonction de cette clef : l’inversion.
C’est le stratagème censé cacher la vérité qui révèle la vérité, expliquent Edgar Poe et, après lui, Jacques Lacan.
C’est le monde du langage truqué, de la pub et de la com’ – qui vous vend un champagne de m***, mais écrit sur l’étiquette : Grand Champagne. Qui vous vend de la servitude et du contrôle avec une étiquette de liberté.
Et c’est un phénomène général de nos sociétés : la parole des élites doit être décodée à l’inverse. Elle doit être dévalorisée, dépréciée, comme l’est la monnaie… car parole et monnaie, c’est la même chose, comme le démontre l’ami Jean-Joseph Goux, spécialiste de la valeur, de la fausse monnaie et des faux monnayeurs.
Le référent de la parole, c’est la vérité, escamotée au profit soit du mensonge, soit du « ni vrai ni faux ».
Le référent de la monnaie, ce n’est plus ni le travail ni l’or, c’est… rien. C’est le serpent qui se mord la queue, c’est l’ouroboros ; elle vaut ce que vous croyez qu’elle vaut.
Le système est un système d‘inversion/perversion. Retenez cela.
[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]
Votre point sur la trituration par les mathématiques renvoie aussi à la place fondamentale de ces dernières dans les sciences. C’est d’ailleurs une question fondamentale en philosophie des sciences que de savoir pourquoi les maths sont aussi adaptées à la description du monde. C’est particulièrement prégnant en physique fondamentale.
Ajoutons à cela la notion de causalité, elle aussi absolument essentielle en physique, qu’elle soit des particules ou cosmologique.
Il y a, pour moi, une volonté consciente d’appliquer cette méthodologie, démarche, scientifique à l’économie (pour ce que cela pourrait signifier), en la considérant comme une matière scientifique « dure ». Or l’économie ne peut être isolée du reste des activités sociales et sa modélisation mathématique impliquerait de considérer tous les comportements humains, micro et macro, ainsi que l’évolution de tous les autres paramètres exogènes (le monde, la nature en gros…) et de les dériver avec une certitude absolue. Bon courage…
L’exemple de la lutte contre l’inflation que vous prenez souvent, est très bon : Volker devait réduire celle-ci, et il connaissait les paramètres dans lesquels il évoluait. En augmentant les taux progressivement, il a pu voir l’effet que son action, basée sur son analyse, avait pour uniquement réduire cette inflation. Et cette réduction d’inflation s’est faite PAR la réduction de la croissance et l’activité économique, en partie.
Mais nos Banques Centrales, elles, veulent non seulement cette inflation, mais surtout, recréer les conditions de celle-ci. C’est-à-dire qu’au lieu d’une action sur un paramètre de l’activité économique pour en modifier un autre, elles pensent que la même action inverse va changer les conditions générales par le truchement de cette modification ; elles pensent qu’en baissant les taux, on va augmenter l’inflation (pourquoi pas après tout ?) mais surtout que les conditions dans lesquelles cette inflation va apparaître vont être identiques à celles où elles seraient apparues sans ce stimulus des BC. En gros dans un environnement de croissance. Ce qui ne fait pas de sens, car cela signifierait que c’est l’inflation qui est le moteur de l’activité économique, et non une conséquence.
Inversion, inversion, toujours…
La question est, bien sûr, y croient-ils ? Ou se servent-ils simplement de la complexité apparente de leur raisonnement pour garder la tête haute. Ceux qui vous lisent M. Bertez ont leur avis depuis longtemps, mais apparemment ça commence quand même à beaucoup se voir…
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Les économistes ne savent pas ce qu’ils font.
Illustration ce jour même sur BFM Business / » les Experts » ( sic) :
» Personne n’a aujourd’hui une théorie de la monnaie »
Jean-Hervé Lorenzi , président du Cercle des économistes.
Cordialement,
Jean Sur
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Incroyable mais vrai.
Et ils ne savent pas qu’ils disent.
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