Editorial: Draghi n’a rien résolu, rien sauvé, il laisse un champ de batailles.

Quel sera l’héritage de Draghi? Comment l’histoire verra-t-elle sa gestion de la politique monétaire de la zone euro? Les années passeront et, certainement, les appréciations deviendront plus nuancées qu’elles ne le sont à ce jour.

J’ai coutume de dire que l’on ne peut prédire l’avenir mais qu’en revanche on peut voir le présent, puisqu’il existe, avec le yeux de demain. On peut pressentir les progrès du savoir et de la conscience. Certains , plus perspicaces peuvent voir les formes, les structures, les inter-relations  qui sont actives derrière le chaos de ce qui apparait et ainsi decouvrir leur intelligibilité.

Le précurseur, c’est celui qui voit non pas l’avenir mais le présent avec les yeux de demain et sait le décoder.

Ainsi le précurseur lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale aurait été celui qui dès cette époque avait conscience de l’importance de la Shoah, des camps d’extermination, de l’antisémitisme. A cette époque les connaissances en étaient balbutiantes et ses conséquences n’en étaient pas perçues. Cette thématique de l’antisémitiusme, du racisme, de la sécurité d’Israel et par contrecoup celle du nazisme est la thématique majeure de notre époque. Des dizaines et des dizaines d’années après, elle sert alimente les guerres,  sert à cliver nos  sociétés et à tracer les lignes de la bien pensance.

Je réfléchis souvent  à la façon dont l’Histoire jugera Draghi et je suis persaudé , qu’à la lueur des conséquecnes de son action, elle sera sévère.

Les journaux européens font leurs adieux à Mario Draghi sans critique aucune, ils auront traversé toute cette peridoe de l’historie sans rien avoir à dire ou à expliquer. Ils sont passés à coté de tout.

Draghi a donné sa conférence de presse d’adieu en tant que président de la BCE hier. Ce qu’il a dit hier  a donné un aperçu de cette pensée.

Draghi ayant pratiquement épuisé l’arsenal des politiques monétaires lors de la réunion précédente, il n’avait pas grand-chose de nouveau à dire . Ila préempté la politique future de lagarde et lui a lié les mains .

« Quel conseil donnez-vous à Christine Lagarde ? ”

Draghi: “… Aucun conseil n’est nécessaire. Elle sait très bien ce qu’elle doit faire. En passant, il lui reste une longue période au cours de laquelle elle devra se faire sa propre idée, avec le Conseil , sur ce qu’il faut faire.  »

Draghi a essentiellement défini une politique qui durera bien au-delà de la fin de son mandat. Aucune «normalisation» n’est prévue. et c’est tout  a fait volontaire, Draghi sait que Lagarde ne peut « bouculer la charette de pommes »! Les taux de dépôt négatifs continueront indéfiniment, de même que le QE. Aucune décision difficile nulle part à l’horizon pour Lagarde.  Le Conseil des gouverneurs présentera sûrement, hypocritement un front unifié. Christine Lagarde s’en sortira facilement …jusqu’à ce que des ennuis se présentent.

C’est là la conséquence involontaire de la grande expérience monétaire de Bernanke et Draghi: une fois que vous utilisez les mesures de relance monétaire pour soutenir  les systèmes financiers , vous ne pourrez plus revenir en arrière.

Draghi n’a pas  sauvé l’euro , il a simplement différé l’effondrement monétaire ou la crise sociale . À bien des égards, retarder le jour  des comptes ne fait qu’empirer les choses. Il y a plus de dettes, les amortisseurs sont usés, les banques ont zombies, le mal est enraciné dans les comportements et surtout le peuple est lassé d’attendre la sortie de crsie, s apatiecne se reduit. La confiance fait défaut; les vérités montrent le bout de leur nez.

L’éléphant dans la pièce globale, l’autre éléphant c’est l’effervescence sociale.  Au cours des deux dernières semaines, le monde a connu des émeutes dans un nombre croissant de pays, notamment le Liban, l’Égypte, l’Iraq, l’Espagne, le Chili, la Bolivie, l’Équateur et Hong Kong. Attendez que la bulle globale éclate!  Attendez que les couts se  développent davantage, avec des inégalités de richesse croissantes et un stress social et géopolitique exacerbés.

Les banquiers centraux ont dépensé des ressources  précieuses pour soutenir l’ insoutenable.

Que reste-t-il à la BCE dans son arsenal à dépenser lorsque la prochaine crise éclatera? Une chose: des milliards de QE. Et des voeux pieux.

Draghi a échoué mais il rêve et il engrosse l’Europe de ses reves, Son action était inadaptée et il trouve des excuses. Des tartes à la crème.

Pour échapper aux critiques les banquiers centraux ont un catéchisme ; il consiste à dire « nous ne pouvons pas tout, c’est aux gouvernements de faire ce qu’il faut » ou faudrait.

Mais si les peuples n’en veulent pas comme c’est le cas, alors que faire?

Le vrai réalisme n’est pas de dire « il faudrait » mais de dire « compte tenu de ce qui est voila ce que l’on peut faire ».

Il faut traiter les problèmes existants, sur la base de ce qui est pas sur une base hypothétique dont personne enveut. Draghi dans ses propos   part de l’idée que les problèmes sont résolus c’est à dire qu’il y a une Europe politique, fiscale et  sociale or il n’y en pas et on s’en éloigne  de plus en plus car les peuples sont déçus, saturés d’être trompés.

Quand on lui a demandé s’il attendait des gouvernements disposant d’une marge de manoeuvre budgétaire une action rapide et efficace, il répond que l’efficacité dépend du fait que la relance budgétaire se répercute des pays qui peuvent l’appliquer aux pays qui en ont besoin. Il estime que les politiques budgétaires nationales n’ont que des effets d’entraînement limités au-delà des frontières.

« À long terme, l’effet de contagion dépendra des progrès réalisés dans la mise en place d’une capacité fiscale centrale pour la zone euro, dotée d’une réelle capacité de stabilisation de l’économie au cours du cycle économique ». À son tour, cela nécessitera des changements dans la gouvernance des institutions créées pour remplir cette fonction fiscale centrale.

Au niveau national, le frein à l’endettement allemand est un exemple de problème de gouvernance susceptible de faire obstacle. Et de s’envenimer.

Une simple vision de bon sens conduit à penser que non seulement Draghi n’a rien résolu, rien sauvé, mais qu’au moment de son départ il laisse ouvert un véritable champ de bataille semé de mines. C’est comme si en partant il disait, tout reste à faire, maintenant allez y, battez vous!

Déja, alors qu’il n’est pas encore parti, les langues se dénouent et ceux qui s’étaient tus pendant son mandat commencent à commenter son oeuvre. Ils n’hésitent pas à dire ce que je dis depuis le premier jour; Draghi a opéré un coup d ‘état et son action n’a pas été une action d ‘intérêt général mais une action partisane pour sauver de l’insolvabilité les pays du Cub Med et singulièrement l’Italie.

Ceci, les Pays du Nord ont osé le dire et l’écrire dès la semaine dernière! Draghi n’a pas conduit une politique monétaire, il a fait du financement budgétaire au profit des pays déficitaires et ce faisant il a maintenu et entretenu les déséquilibres. Il n’a rien résolu, rien sauvé, il a reporté.

Draghi a refusé tout débat, aussi bien avec ses pairs qu’avec les économistes, il s’est comporté en autocrate. Ceci se comprend car si il avait accepté le débat , ses faiblesses seraient apparues. Il a bénéficié de la duplicité de Merkel qui tenait un discours d’orthodoxie monétaire à l’intérieur mais qui, en sous-main encourageait les dérives et permettait à Draghi de violer toutes les règles des Traités , toutes celles de l’orthodoxie et celles du simple bon sens..

Voici une question d’un journaliste audacieux lors de la conférence de presse tenue jeudi par Draghi:

«Une récente étude  de la Bank of America révèle que l’impuissance et l’inefficacité des banques centrales, y compris celle de la BCE, inquiètent les observateurs, cette impuissance constitue le deuxième risque perçu par les investisseurs. Ma question est la suivante: pensez-vous que ces préoccupations des investisseurs sont justifiées? En d’autres termes, y a-t-il un risque de bulles financières?

Mario Draghi: «… Vous avez demandé si les politiques monétaires expansionnistes des banques centrales constituaient le deuxième risque en importance. Je peux répondre pour la zone euro; c’est une question que nous nous posons tous les jours, plusieurs fois par jour, et je le dis parce que nous surveillons de très près l’évolution des marchés. Nous voyons certains segments des marchés financiers où les évaluations sont gonflées . C’est la cas de  l’immobilier, par exemple, et surtout de l’immobilier commercial de premier choix. Or, les causes de ces évaluations surestimées ne mènent souvent pas directement à nos politiques monétaires. Pour l’immobilier commercial de premier ordre, c’est l’action des investisseurs internationaux qui pousse les prix … Nous pouvons avoir d’autres segments à surveiller, mais franchement, nous ne voyons pas de bulles.

Lorsque nous voyons des bulles, ce sont des bulles localisées comme  par exemple, certains segments du marché obligataire, le marché des obligations à effet de levier à rendement élevé – qui, soit dit en passant, n’est pas un gros problème en Europe. C’est plutôt un gros problème dans un autre pays…

L’autre problème important est celui de la recherche de rendement qui pousse les cours des actifs financiers. .   Une grande partie de cette recherche de rendement se produit dans le secteur non bancaire et plus spécifiquement dans le  système bancaire parallèle. Malheureusement, le périmètre des politiques macroprudentielles n’inclut pas ce secteur. Nous avons une certaine visibilité, plutôt bonne, sur ce qui se passe dans le secteur bancaire… Mais nous n’avons pas beaucoup de visibilité sur le reste du secteur financier. Je parle pour les non-banques, pour le secteur bancaire parallèle.  »

Comment peut-on sortir pareil tissus d’âneries devant une  audience internationale pour une prestation historique, une prestation censée rester dans l’histoire.

Comment affirmer que les prix de l’immobilier sont surévalués et en même temps nier que ce soit directement la conséquence des politiques monétaires avec les taux quasi zéro et l’absence de rendement offerts par les placements normaux? Comment oser répondre c’est de la faute des investisseurs internationaux! Qui baisse les taux , qui les met à zero?

La réponse sur les risques financiers est proprement effarante. Draghi reconnait que les risques sont importants , mais qu’ils ne concernent pas trop le secteur bancaire traditionnel. Ouf!

Mais aussitot il reconnait que les risques importants sont logés dans  le secteur bancaire parallèle, le « shadow banking system », lequel est opaque et comme il dit malheureusement non réglementé.

Les bras m’en tombent.

La « search for yield », la lutte pour le rendement a produit une situation financière explosive, catastrophique au point que l’on ne peut plus remonter les taux et que l’on doit encore, ces derniers jours, injecter des centaines de milliards et ce  zozo nous dit: « je n’y peut rien, ce secteur parallèle n’a pas de visibilité et n’est pas régulé ».

Un jour on lynchera Draghi , au moins symboliquement.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s