La crise est une crise du système.
L’affirmer d’emblée est méthodologique. C’est méthodologique dans le sens où les problèmes sont posés au bon niveau, c’est à dire au niveau global, au niveau de l’ensemble que constitue le système.
Les observateurs, les médias, les corps constitués pataugent dans des visions partielles. Je ne vois personne qui mette en perspective tout ce que les Français ont subi depuis l’arrivée de Macron. Je le rappelle brièvement: ils ont subi la hausse des impôts, la hausse des taxes, la création de nouvelles taxes, la multiplication des interdits, la prolifération des contrôles, l’érosion des dépenses de santé, le rabotage des indemnités chômage, l’amputation des retraites, et ce n’est pas fini…
Cette mise en perspective permet de comprendre qu’il s’agit d’un projet total. Ce projet se formule de la manière suivante: il s’agit de baisser la part des salariés dans le revenu national par des mesures sur les salaires directs, indirects et différés, et par ailleurs, complementairement de baisser leur part dans le patrimoine national par l’augmentation de la valeur de la part des détenteurs du capital et de ce que l’on peut appeler les « déjà riches ».
Le projet est double, d’abord au niveau des revenus et ensuite au niveau des patrimoines.
Le projet de Macron est un basculement. Il revient en arrière sur des décennies de social- democratie et d’exception française.
Ce projet ne vient pas du ciel. Il découle d’une analyse que certains, un peu vite, qualifient d’analyse néo-libérale. C en’est nullement un projet néo-libéral, c’est un projet globaliste, européiste, de capitalisme monopolistique d’Etat et de Banques Centrales réunis.
En clair, si vous mettez en perspective toutes les actions de Macron, vous vous apercevez que la logique est celle d’un changement de société. Ce changement de société passe par la destruction, bien entendu, de toutes les spécificités françaises, mais il va également au-delà par la paupérisation générale des classes moyennes.
Le choix d’insérer la France de façon plus profonde dans le monde global oblige à mettre toutes les valeurs françaises beaucoup plus bas afin de les rapprocher des moyennes mondiales.
Macron n’est pas méchant. En tous cas pas sous l’aspect que je décris: Macron accomplit une tache historique que ses prédécesseurs ont ébauché, par exemple en signant des traités, mais que, lâchement, ils n’ont pas eu le courage de mettre en oeuvre totalement.
On a ouvert la France, mais sans lui imprimer les changements qui lui auraient permis de se situer favorablement dans le nouvel environnement mondialisé et européisé. Et en ce sens, il ne faut pas hésiter à rendre hommage à Macron parce qu’il a le courage de faire ce que les autres n’ont pas pu assumer.
Le sort de la France a été scellé lorsqu’on a autorisé la liberté de circulation des capitaux, lorsqu’on a signé les traitements de libre-échange à l’OMC, lorsqu’on a abandonné le franc pour adopter la monnaie allemande, l’euro, lorsqu’on a signé le Traité de Paris, etc.
Tout en découle.
Donc rendons hommage à Macron sous cet aspect. En fait, il n’a pas le choix compte tenu de là ou il vient.
Là où il n’est guère possible de rendre hommage à Macron, c’est dans la démarche violente et mensongère qu’il a adoptée. Il a été élu certes, mais il n’a jamais dévoilé son programme et il en a caché les coûts sociaux. Donc il a été élu par effraction, ce qui ne lui confère aucune légitimité pour agir.
Le second point, c’est la méthode. Il refuse d’éclairer ses démarches et ses réformes et engage des dialogues sans que ses interlocuteurs puissent en mesurer les tenants et aboutissants. C’est ce qui explique le désarroi des partenaires sociaux, lesquels, dépassés et faibles, ne peuvent que se déconsidérer dans de tels processus. Au mieux, ils vibrionnent à vide; au pire, ils sont complices comme la CFDT.
Macron n’a pas eu de consensus pour être élu et il n’a pas eu de consensus pour mener ses réformes.
Troisième point, l’absence de sens politique, l’absence d’empathie, le mépris des Français et la surestimation personnelle se sont conjugués pour créer un rapport déplorable avec les citoyens.
On emporte rarement la sympathie et l’adhésion en jouant la carte du mépris des minorités; surtout quand ces minorités, au fil des réformes, deviennent des majorités d’opposition.
Par le choix initial qu’il a fait, par la méthode qu’il a choisie, et enfin, par son attitude personnelle, Macron s’est mis quasi hors du jeu républicain, à un point tel que l’on peut dire maintenant qu’il ne tient que par le soutien d’une clique, le soutien des forces de l’ordre et la veulerie des médias de la ploutocratie.
On n’ose imaginer ce que deviendrait le régime si la Police reprennait son dévouement républicain, si la presse retrouvait sé déontologie et si les élus, au lieu d’être godillots, se comportaient comme des représentants du peuple.
Ce serait à coup sûr l’effondrement, avec des risques de violence, voire de guerre civile. L’ensemble français tient par une sorte de corset qui, pour être invisible aux yeux du public, n’en est pas moins efficace… tant qu’il tient.
J’ai commencé en disant liminairement que la situation ne pouvait se comprendre que si on l’interprétait comme une situation de crise. Seule cette observation et ce diagnostic permettent de donner une intelligibilité satisfaisante.
Mon hypothèse est que c’est une situation de crise mondiale, européenne, mais dans laquelle la France est encore beaucoup plus mal placée que beaucoup de ses partenaires.
La crise est une crise du capitalisme financier, laquelle a permis de différer une crise plus fondamentale qui est la crise du système capitaliste.
Schématiquement et pour survoler, le système capitaliste connait des difficultés depuis le début des années 80 et, pour masquer ses difficultés et durer, il a choisi de devenir financier; devenir financier, qu’est-ce que cela veut dire? Cela signifie de tenter de repousser les problèmes en augmentant sans cesse les dettes.
Le capitalisme productif est en crise parce que la question se pose de la répartition des revenus entre le travail et le capital; le capitalisme financier offre une solution de façade en augmentant les dettes de tous pour masquer les conflits sur la répartition des revenus.
La dette c’est de l’argent qui tombe du ciel, que l’on ne prend à personne et à ce titre elle résout tous les problèmes.
Hélas, le recours aux dettes ne peut être qu’une solution temporaire: les dettes, cela s’accumule, les dettes, cela se capitalise; les dettes, peu à peu, sont de plus en plus difficilement soutenables. Pour durer encore, il faut en réduire les coûts, c’est à dire baisser les taux d’intérêt, il faut créer de la fausse monnaie pour masquer l’insolvabilité et il faut, par conséquent, faire progresser dans des proportions vertigineuses la fortune de ceux qui sont déjà riches.
On l’oublie et même on ne le sait pas dans nos systèmes borgnes, mais la dette des uns qui enfle, c’est le capital des autres qui s’accumule.
Mécaniquement en effet, le recours au système de la dette et à la baisse des taux d’intérêt inflate les marchés financiers, les fait s’envoler dans des proportions colossales et crée une double menace; d’abord une menace sociale par la progression des inégalités, et ensuite, une menace financière par l’instabilité du monde spéculatif.
Si vous admettez cette interprétation, vous comprenez la logique de l’action de Macron; c’est une logique suiviste, elle n’a rien d’original. Elle consiste à suivre exactement le canevas du capitalisme financier anglo-saxon.
Ce canevas s’articule de la façon suivante. Pour éviter la dévalorisation de l’excès de capital et sa mise en proportion des richesses réelles, on soutient les prix des actifs par l’avilissement de la monnaie et on donne des avantages à ce capital, par exemple, des avantages fiscaux comme baisse des impôts ou des subventions comme le CICE.
Parallèlement à cette action, pour soutenir la valeur du capital et l’enrichir, on est obligé de peser sur les salaires, on est obligé de faire ressortir des bénéfices supérieurs à ce qu’ils étaient auparavant.
En clair, il faut augmenter ce que l’on appelle le taux d’exploitation de la main d’oeuvre, la faire travailler plus et la payer moins. Augmenter le taux d’exploitation de la main d’oeuvre, cela s’articule de la façon suivante: intensification du travail, flexibilité des salariés, stagnation des salaires nominaux, baisse du salaire réel, diminution du salaire indirect que constituent les dépenses de santé, réduction de la dole, c’est à dire de l’indemnisation de ceux qui sont au chômage, révision des retraites et de leurs modalités afin de limiter leurs poids dans le revenu national malgré le vieillissement de la population.
Si on met en regard d’un côté ce qu’il faut faire pour sauver le capital, et de l’autre, les sacrifices que l’on demande à la classe des salariés, on aboutit à une action rigoureusement inacceptable… pour peu qu’elle soit perçue clairement pour ce qu’elle est.
Et vous comprenez ainsi la fonction du brouillard, la fonction des mensonges, la fonction de la propagande, la fonction de la violence, la fonction de la censure… tout cela est indispensable et c’est ce à quoi vous êtes confrontés maintenant.
Macron a choisi face à la crise de suivre le modèle anglo-saxon. C’est le modèle de la globalisation, de la financialisaton et de la paupérisation des classes moyennes. La France n’est pas prête pour un tel modèle car elle a une épaisseur historique et sociale qui l’oriente dans une autre direction.
Il ne faut pas oublier le poids qu’avaient avant le Parti communiste, le Parti socialiste et les partis de centre-gauche. La population française, même si elle ne comprend pas ce qui lui arrive, rejette viscéralement, dans ses tripes, ce modèle que Macron veut lui imposer.
Si Macron était aussi intelligent qu’il le croit, et que certains le pensent, il aurait une capacité d’adaptation différente de celle qu’il a. Il proposerait des solutions qui s’inscrivent dans un modèle acceptable pour les citoyens. Au lieu de cela, il plaque un modèle qui ne correspond ni à la culture, ni à la pratique.
Il est encore temps d’éviter le pire.
Macron ne décide de rien, il obéit. C’est même pour cela que ses sponsors l’ont désigné.
GOPÉ 2019
Journal officiel de l’Union européenne C 301/55
RECOMMANDATION DU CONSEIL du 9 juillet 2019
concernant le programme national de réforme de la France pour 2019 et portant avis du Conseil sur le programme de stabilité de la France pour 2019.
RECOMMANDE que la France s’attache, en 2019 et 2020:
1. à veiller à ce que le taux de croissance nominale des dépenses primaires nettes ne dépasse pas 1,2 % en 2020, ce qui correspondrait à un ajustement structurel annuel de 0,6 % du PIB; à utiliser les recettes exceptionnelles pour accélérer la réduction du ratio de la dette publique; à réduire les dépenses et à réaliser des gains d’efficacité dans tous les sous- secteurs des administrations publiques, notamment en précisant pleinement les mesures concrètes nécessaires dans le contexte du programme Action publique 2022 et en surveillant étroitement la mise en œuvre de ces mesures; à réformer le système de retraite pour uniformiser progressivement les règles des différents régimes de retraite, en vue de renforcer l’équité et la soutenabilité de ces régimes;
2. à favoriser l’intégration de tous les demandeurs d’emploi sur le marché du travail, à garantir l’égalité des chances, en mettant particulièrement l’accent sur les groupes vulnérables, notamment les personnes issues de l’immigration, et à remédier aux pénuries et aux inadéquations de compétences;
3. à axer la politique économique en matière d’investissements sur la recherche et l’innovation (tout en améliorant l’efficacité des dispositifs d’aide publique, dont les systèmes de transfert de connaissances), sur les énergies renouvela bles, l’efficacité énergétique et les interconnexions avec le reste de l’Union, ainsi que sur l’infrastructure numérique, en tenant compte des disparités territoriales;
4. à poursuivre la simplification du système d’imposition, notamment en limitant le recours aux dépenses fiscales, en continuant de supprimer les impôts inefficaces et en réduisant les impôts sur la production; à réduire les restrictions réglementaires, notamment dans le secteur des services, et à mettre pleinement en œuvre les mesures visant à stimuler la croissance des entreprises.
Fait à Bruxelles, le 9 juillet 2019.
Par le Conseil Le président M. LINTILÄ
https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32019H0905(10)&from=FR
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Bonjour M. Bertez,
Tout ceci découle de la nature profonde du Capitalisme : il est intrinsèquement déflationniste : il faut toujours faire mieux ou aussi bien avec moins (énergie, coût, matière première,etc..) et pour servir le même niveau de profit voire l augmenter,tout les coups sont permis.
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Explication magistrale.
Avec mes remerciements pour votre contribution lumineuse avec laquelle je suis en plein accord.
Une question quand même :
» éviter le pire » : à quoi pensez -vous ?
Cdt.
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Oui Bruno, dans le cadre d’un monde ouvert, le coût du travail français n’est pas à son vrai prix, et dans ce cas, si on veut mettre en place un système globalisé, il faut en diminuer les coûts. (c’est sur ce point là que s’est effondré le PS avec la politique de l’offre voulue par Hollande, cette contradiction étant devenue indépassable pour des gens de gauche..). Cependant, il faudrait aussi accepter que les prix des biens et services puissent baisser et s’adapter aux valeurs moyennes mondiales (nourriture, logement…) et accepter un environnement déflationniste. Mais là, ce ne sont plus les mêmes qui seraient concernés (bourgeoisie, grandes familles type mulliez…) et qui en subiraient les conséquences, on comprend mieux la lutte des banques centrales contre la déflation…
Donc oui, il y a un vrai problème sur le niveau de tous les prix, cette distorsion entre revenus et prix est probablement à l’origine du remous social en France.
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dénoncer, dénoncer et fort bien, votre analyse peut être entendue… mais alors quelle est la solution… changement de cap paraît vraiment très difficile compte tenu de la globalisation de la finance internationale. Révolution, attention à l’utilisation de ce mot et surtout avant tout d’en surtout circonscrire la portée. qu’est-ce qui en résulterait ?
Dans une analyse tout à fait personnelle et par conséquent qui ne saurait que m’engager, je souhaiterais que toutes personnes ayant la nationalité française quel que soit le lieu où elle réside ça quitte à égalité de ses revenus des impôts édictés par le gouvernement français. D’autre part que cesse la destruction régulière de ce qu’il faisait le « bien vivre » en France grâce aux services publics, ceux-là mêmes qui ont été au lendemain de la guerre de 40 organisé dans des lois promulguées par et pour le peuple français.
Fraternellement
Michel
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