Volcker, le meilleur et le pire des banquiers, connaitre le passé pour comprendre le présent.

Paul Volcker est décédé à l’âge de 92 ans.

La presse, dans son ensemble a été louangeuse. Il en va ainsi de l’histoire, on ne retient que ce que l’on veut inscrire dans la mémoire des peuples pour les manipuler.

Volcker offre deux visages, l’un est positif, l’autre est négatif, sombre, très sombre.

J’ai parlé de Volcker dans un article récent.

Ma position est claire, j’apprécie Volcker parce que ce n’est pas un inflationniste, il croyait à une monnaie saine et n’entretenait pas l’illusion que la création de toujours plus de monnaie pouvait résoudre tous les probèmes, politiques , sociaux, financiers etc.

Volcker a été  l’un des rares régulateurs financiers à  considérer son travail comme une mission d’intérêt public et non comme une prébende  au service des  secteurs boursiers, bancaires et financiers.

Son premier emploi après les études supérieures a été celui d’économiste à la Fed de New York. Après un passage à Chase Manhattan, il a travaillé principalement en tant que fonctionnaire, d’abord au Trésor à l’époque de Nixon, puis en tant que président de la Réserve fédérale, puis en tant que conseiller  de Barack Obama.

Volcker était fondamentalement un conservateur, c’est pour cela que je l’apprécie .

Il a «brisé le dos à l’inflation»  en 1979. C’était pendant la présidence Carter et le président de la Fed était William Miller. L’inflation montait en flèche. Carter a remplacé Miller par Volcker, qui était alors président de la Fed de New York.

La stratégie de Volcker a été de porter  les taux d’intérêt à des sommets jamais vus  et de provoquer  une profonde récession. Les taux ont grimpé jusqu’à 21,5%. Le chômage a rapidement atteint 10,8%. Devant le Comité économique mixte en octobre 1979, Volcker déclara catégoriquement: «Le niveau de vie de l’Américain moyen doit décliner. Je ne pense pas que vous puissiez y échapper.  »

L’économie a été dévastée, le pouvoir de négociation des syndicats réduit. Les taux d’intérêt élevés du dollar ont  ruiné l’économie de l’Amérique latine, dont les nations avaient été persuadées de contracter des emprunts en dollars pour payer les importations de pétrole plus chères dans le cadre du «recyclage des pétrodollars».

Parmi les autres victimes figurait l’homme qui a nommé Volcker, le président Jimmy Carter. Sa présidence ne s’est jamais remise de la récession de Volcker.

Volcker a déclaré plus tard au Wall Street Journal: «Je ne suis pas désolé. … Je ne connais aucune autre ligne de conduite qui aurait été politiquement ou économiquement faisable. »

Reagan,  a reconduit Volcker à la présidence de la Fed en 1983, mais l’a ensuite remplacé par Alan Greenspan, encore plus conservateur. Du moins avant qu’il ne prenne la grosse tête. Volcker, en semi-retraite, a présidé plusieurs commissions internationales influentes.

En 2007, Volcker a commencé à conseiller Obama , il a critiqué  l’ingénierie financière qui allait bientôt conduire à l’effondrement de 2008.  Il devait être Secrétaire du Trésor d’Obama. Mais les gens pro-Wall Street conseillant Obama ont trouvé Volcker beaucoup trop indépendant. Ils ont saboté sa désignation.

Obama s’est tourné vers Tim Geithner et Larry Summers pour élaborer  la réponse à l’effondrement financier. Volcker a été mis sur la touche .

Voila pour le côté positif, celui que la mémoire collective truquée retiendra. Le coté négatif escamoté c’est la responsabilité de Volcker dans la mise en place du système satanique qui a placé le monde sur la route de la Grande Inflation en 1971.

C’est Volcker qui a dirigé les trvaux sur le  programme annoncé le 15 août 1971 par le président Nixon.

La convertibilité en or des dollars américains détenus par des gouvernements étrangers et des banques centralesa été suspendue unilatéralement.

En rompant le  lien entre le dollar et l’or,  Volcker a ouvert la boite de pandore qui devait supprimer tout frein  à la production de crédit,  au printing monétaire et au remplacement de l’épargne par le crédit illimité. Volcker a conseillé Nixon et à ce titre, il est le responsable premier de tout ce qui a suivi, jusqu’au populisme actuel!

Il a sabordé l’arrimage des monnaies , il a mis en place le système de la flottaison, de la gestion par les bulles et de la dictature de la finance. Il a séparé les ombres des corps, partout dans le monde. Il nous a envoyés en l’air, dans un monde d’illusion.

Plus de deux ans avant que Nixon ne ferme la «fenêtre de l’or», Volcker avait été nommé  sous-secrétaire du Trésor pour les affaires monétaires. il travaillait  sur les problèmes de balance des paiements américains. Le «groupe Volcker», secret , avait été monté  par Henry Kissinger.

Volcker a recommandé une poursuite des contrôles des capitaux pour soutenir le taux de change  du dollar surévalué. Il pensait aussi à  une «réévaluation» massive des monnaies de pays moins inflationnistes tels que l’Allemagne de l’Ouest, plaçant le fardeau de l’ajustement américain sur ces pays.

Volcker a ensuite posé la bombe à retardement qui allait  faire exploser  l’étalon-or. Il a expliqué  à Nixon, sur les conseils de Kissinger,  que si ces mesures ne fonctionnaient pas pour maintenir le  système de Bretton Woods, une ruée sur le stock d’or américain ne pourrait être évitée… d’ou l’idée  de renier unilatéralement l’engagement américain d’après-guerre de convertir les avoirs en dollars officiels étrangers en or.

Volcker détestait  l’or et voulait le remplacer par un système  dominé par le dollar américain pour renforcer encore le pouvoir et le prestige des États-Unis dans les affaires internationales : «la stabilité et la force de notre monnaie ont été importantes pour maintenir le large rôle des États-Unis dans le monde.»

Volcker a menti ou plutot organisé le mensonge pour faire paraître le dollar fort alors qu’il était miné,  affaibli inexorablement par le financement du beurre et des canons de la Grande Société.

Il détestait  Charles de Gaulle et les Français pour avoir discrédité les États-Unis en se retirant de l’OTAN, en dénonçant la faiblesse du dollar et en insistant pour convertir leurs dollars en or face aux menaces américaines de supprimer la protection militaire contre L’Union Soviétique.

 

3 réflexions sur “Volcker, le meilleur et le pire des banquiers, connaitre le passé pour comprendre le présent.

  1. Ce jour funeste du 15 août 1971.
    Speech by Richard Nixon (15 August 1971), intégralité.
    ….I have directed Secretary Connally to suspend temporarily the convertibility of the American dollar except in amounts and conditions determined to be in the interest of monetary stability and in the best interests ofthe United States….
    …The effect of this action, in other words, will be to stabilize the dollar….

    Cliquer pour accéder à publishable_en.pdf

    The Dollar is our currency, but it is your problem“ – John Connally, US Secretary to the Treasury .

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