Ils nous décivilisent. Nous sommes des chiens. Ils font de nous des chiens, à qui ils lancent de temps à autre un os à ronger.

rédigé par 
Bruno Bertez
10 janvier 2020

La situation en Iran suit son cours… et les élites continuent d’appliquer leur plan. Et le peuple, pendant ce temps ?

Les jeux de guerre, la comédie sinistre se développent comme prévu — c’est-à-dire en simulacre.

Le mépris des élites pour les peuples est incommensurable.

Les déclarations des clowns pseudo-belligérants visent essentiellement :

– à baliser le champ d’action pour qu’il y ait le moins de bavures possibles ;

– à éclairer chaque action pour qu’elle soit interprétée selon le code ;

– à tromper les peuples en leur faisant croire qu’il y a des réponses proportionnées.

Les marchés financiers ont bien sûr compris. Ils ont à peine baissé, remontant quasi-immédiatement vers les plus hauts, avec rechute des prix du pétrole. Les marchés ont assimilé le cynisme, ils s’en régalent.

Ce que je décris ne retient guère l’attention car cela concerne le long terme : les élites prennent les peuples pour des idiots… et cela semble marcher. Normal, puisque les médias sont connivents et disent aux peuples ce qu’ils doivent penser – ou, plus exactement, ils les empêchent de penser.

On aurait tort de croire que cela est sans importance. Ce n’est pas un hasard si notre époque se vit sous le signe des fake news, du dégoût, du mépris et du repli sur soi.

Le collectif est détruit en même temps que les valeurs qui sont censées le supporter : vérité, honnêteté, confiance, responsabilité. La destruction des valeurs communes qui sous-tendent le symbolique qui nous unit est un phénomène essentiel… mais hélas peu visible.

La partie est truquée

Cependant, sur le long terme, les citoyens – sans pouvoir le formuler – sentent que le jeu est pipé, que tout est truqué, et que ce que l’on lui offre en spectacle est bidon. Le peuple ne croit plus en aucune parole et les opinions ne reflètent que les intérêts particuliers ou les pressions publicitaires. Le fameux biais de confirmation.

Je suis tenté de suivre le philosophe Michel Onfray quand il parle de crétinisation des peuples, mais je sais que c’est superficiel, voire faux : les peuples comprennent en profondeur, dans leur inconscient, dans leur non-su, ce qui se passe. Et s’ils ne sont pas capables de le formuler ou de le dire en mots, ils s’adaptent dans leurs comportements ; ils deviennent ingérables. Ils cessent d’être de vrais sujets politiques.

Pour moi, c’est là le fond du populisme. Dans la destruction d’abord de la valeur-travail puis de proche en proche dans la destruction de toutes les autres valeurs. Le populisme est la conséquence du désancrage généralisé.

Les élites, pour dominer, ont besoin de détruire les certitudes, les référents, les liens mais la destruction laisse un champ de ruines qui détruit la société plus irrémédiablement que la révolution qu’elle cherche à éviter.

La perte de confiance dans la parole des politiques et des médias est palpable, elle dégringole inexorablement.

On s’acharne à ne voir dans le populisme qu’un phénomène économique ou culturel, mais c’est beaucoup plus complexe : le populisme a à voir avec la destruction des principes, il a à voir avec la montée du nihilisme.

Ils nous décivilisent. Nous sommes des chiens. Ils font de nous des chiens, à qui ils lancent de temps à autre un os à ronger.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “Ils nous décivilisent. Nous sommes des chiens. Ils font de nous des chiens, à qui ils lancent de temps à autre un os à ronger.

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