Un éditorial de combat. Taxe Gafa, Macron et Le Maire se couchent devant Trump et Merkel

Fiscalité, droit, embargo, rachat d’entreprises. Quels rapports y a t’il entre toutes ces choses?

Le rapport est étroit mais, bien évidemment, les responsables de la conduite des affaires évitent de le tracer.

Comme le disait récemment Ron Paul, l’un des rares observateurs américains lucides, les Européens passent leur temps à critiquer Trump et, en même temps, à obéir à Washington.

Je lis le titre des Echos et je vois la formulation en Une: « Taxe Gafa: Paris lâche du lest pour faire la paix avec Trump ».

Bien entendu, ce titre ne m’étonne pas puisque c’est un titre à la Bernard Arnault, c’est à dire un titre de bourgeois compradore qui est prêt à donner tout ce que la France peut posséder à condition qu’on lui laisse la possibilité d’amasser une fortune sur le marché global du luxe, lequel marché global du luxe est alimenté par la croissance des inégalités, laquelle croissance des inégalités est gonflée en continu par la pompe à injecter des dollars que constitue la Réserve Fédérale américaine.

Ma formulation est certes polémique, mais elle est voulue, car les lecteurs ne comprennent généralement que, soit par les répétitions, soit par les caricatures. Donc les Echos présentent la triste reculade des matamores français, Macron et Lemaire, comme une habileté diplomatique: ils lâchent du lest pour faire la paix.

Il n’y a aucun rapport entre d’un côté la question fondamentale que pose la taxation des Gafa et de l’autre les droits que Trump veut imposer à certains produits.

La question de la taxation des Gafa est absolument fondamentale pour l’avenir. En effet, la modernité favorise le développement d’entreprises globales qui produisent ce que l’on appelle des ruptures: elles détruisent des entreprises locales, captent des marchés, drainent des surproduits, mettent en oeuvre ce que l’on appelle une rentification. Ce sont des entreprises qui, non seulement détruisent les tissus industriels et commerciaux, mais qui, en outre, font disparaître la matière fiscale des Etats. Ces entreprises modernes sont des ogres qui sont financés par le crédit financier produit par la Fed et par la bulle de  Wall Street. Ces entreprises pratiquent une sorte de dumping impérial à la faveur de la situation mondiale disymétrique qui permet aux Etats-Unis de créer des dollars tombés du ciel, de les distribuer à leurs entreprises dominantes, lesquelles, à partir de là, sans même avoir besoin de réaliser des profits pour bénéficier de cotations boursières généreuses par centaines de milliards de dollars viennent ensuite détruire le tissu économique des autres pays. Ce qui fait disparaître leur matière fiscal et les affaiblit dans une sorte de cercle vicieux de la paupérisation.

En clair, et j’insiste pour que vous compreniez, lorsqu’on parle des Gafa, on parle stratégie à long terme, on parle impérialisme, on parle disymétrie. Les Etats-Unis ont imposé un monde qui leur est totalement favorable de façon soft:

  • monde du monopole du dollar
  • monde de la domination de Wall Street
  • monde des Treasuries qui constitue le sous-bassement du système bancaire mondial
  • monde de l’over-rich juridique qui permet de faire tomber sous la coupe des lois américaines tout utilisateur de dollar, toute banque qui travaille les treasuries, toute banque qui investit aux Etats-Unis, toute personne que le fisc américain veut bien considérer comme contribuable
  • monde d’embargo puisqu’à la faveur de toutes les dispositions énoncées ci-dessus ne peut exercer sa liberté de commercer et de financer.

Trump utilise tout à fait cyniquement et sans scrupule l’arsenal que lui a légué en grande partie Obama.

Chaque fois que Trump a élevé la voix, les Européens se sont couchés.

Pourquoi se couchent-ils? Ce ne sont pas les quelques droits sur le champagne qui constituent les vraies mesures de rétorsion. Ce sont des babioles. La vraie menace implicite de Trump se situe ailleurs: elle vise l’Allemagne.

L’Allemagne est le grand bénéficiaire de l’euro; elle bénéficie d’une monnaie sous-évalue pour elle qui la rend structurellement compétitive. Elle pratique le mercantilisme et mène une politique scandaleuse de pillage de la demande mondiale et de la demande européenne.

Trump a déjà montré le bout de l’oreille à plusieurs reprises. IL a tout à fait justement suggéré que l’Allemagne bénéficiait de manipulations monétaires et il a, à plusieurs reprises, sous-entendu qu’il se préparait à taxer l’automobile allemande. Celui qui n’a pas compris est forcément un imbécile ou un hypocrite: Trump pratique un chantage non formulé auquel les Européens apportent leur aide: laissez-nous vous piller et vous vider de votre surproduit économique, financier et fiscal par le biais de nos grandes entreprises numériques monopolistiques, ou bien nous coulons vos grandes entreprises traditionnelles.

En un mot comme en cent, je soutiens que nos matamores, Macron et Lemaire sont en réalité des lâches et qu’ils se couchent doublement:

    • à la fois devant Trump qui protège la rentification de ses grandes entreprises monopolistiques
    • à la fois devant Merkel qui protège son industrie traditionnelle

Tout ceci illustre parfaitement ce que je ne cesse de dénoncer: le gouvernement français est un gouvernement compradore dont la politique est de mettre au pas les Français pour qu’ils puissent être exploités plus facilement par l’étranger.

Gouvernement faible avec les forts, fort avec les faibles.

C’est exactement la même chose que ce que j’ai expliqué pour la Police.

En prime :

Holger Zschaepitz
@Schuldensuehner
·
16 min
Oups! L’US Trump a réitéré lors du # WEF20 à Davos que l’UE est pire que la Chine en matière de commerce. Dit qu’il cherche un accord commercial avec l’UE avant les élections, ce qui pourrait ouvrir la voie à une réduction du déficit commercial américain avec l’UE. Dit qu’il a ciblé la Chine en premier, b / c UE plus difficile à traiter (via BBG)

2 réflexions sur “Un éditorial de combat. Taxe Gafa, Macron et Le Maire se couchent devant Trump et Merkel

  1. Fort avec les faibles et faible avec les forts, cette « clique » est méprisante.

    Il nous faut leur cracher ces vérités en pleine face, adopter en quelque sorte le « politiquement incorrect. »

    Décembre 2019:
    Nous n’abandonnerons jamais, jamais, jamais» : Bruno Le Maire ne veut pas lâcher la taxe GAFA
    http://www.leparisien.fr/economie/taxe-gafa-bruno-le-maire-insiste-malgre-la-reticence-des-etats-unis-02-12-2019-8207712.php

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