Nous n’étions pas en démocratie. Nous ne sommes pas en dictature.

Nous n’étions pas en démocratie.

Toute la Constitution de la Ve visait à neutraliser les tendances démocratiques et leurs manifestations, pour cause d’urgence nationale . Il fallait un régime d’autorité. Il fallait restaurer la gouvernabilité.

Mais nous aurions pu espérer, avec les critiques fondées qui se sont élévées par la suite  au cours des décennies, aller vers, tendre vers plus de démocratie. Des chefs d’état de haute tenue morale auraient marché dans cette direction. Hélas nous n’en n’avons guère eu. Tous ont profité du costume- trop grand pour eux-, taillé pour le Général de Gaulle.

C’est ce mouvement, vers la démocratie ou vers plus de démocratie qui est interrompu pour cause de ce qu ‘une classe sociale minoritaire considère comme une nouvelle urgence nationale, pour cause de nécessaire mise aux normes européennes,  globales, économiques, financières  et bancaires. Macron se croit investi pour accomplir cette mission alors qu’il n’a été élu que pour des raisons négatives, il n’a  été élu que sur des tricheries et des rejets.

Je pense que l’éxagération est une  erreur dans certains cas, même si elle est tentante lorsque l’on fait oeuvre de critique.

La crédibilité ne passe pas par l’usage de déformations, elle passe par la clarté et la précision. Certes quand on parle au grand public, il faut grossir le trait pour le rendre plus apparent, il faut traverser l’épaisseur du crâne humain, vaincre les résistances de la bien-pensance, il faut savoir raboter les nuances, mettre les points sur les « i », produire des messages assez simples, mais si on va trop loin on donne la partie belle à ceux que l’on considère à juste titre  comme adversaires. Il suffit aux adeversaires de prendre appui sur les perceptions spontanées des citoyens pour retourner efficacement les critiques.

Il en va ainsi de l’accusation qui circule en ce moment, accusation de mettre en place un régime de dictature.

Accusation à laquelle Macron répond, car on lui a tendu la perche:

« Mais allez en dictature! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais ».

Je sais c’est frustrant, c’est diffcile et la tentation de se faire plaisir en déchargeant sa colère est grande pour tout un chacun, mais ce n’est pas ainsi qu’on lutte. On lutte en donnant à voir les ressorts cachés, les enjeux, en mettant au grand jour tout ce qui est caché.

Il faut montrer, stigmatiser juste et dire que tout ce que fait Macron s’inscrit dans  une vision du monde pour laquelle personne n’a voté. Cette vision n’est pas  celle de la majorité des français,tout ce que Macron cherche à imposer est un agenda de classe, un agenda de transformation de notre société. Un agenda qui repose sur l’abus de pouvoir car il n’a eu de véritable adhésion qu’a hauteur de 15% de la population.

Je suis contre la lutte pour la destruction des acquis sociaux alors que, pourtant, je considère qu’ils font problème, c’est vrai dans un monde ouvert, globalisé, concurrentiel.

Mais je soutiens que le rabotage des acquis sociaux « passerait » si on restait dans l’équité et la logique sociale française, celle du partage des efforts; au lieu de se résumer à un transfert des pauvres vers les très riches comme le faitt Macron.

L’adaptation éthique, équitable, morale impliquerait que l’on prélève aussi sur les acquis considérables du  capital , sur  l’improductif, sur le fictif, sur le crony , sur celui qui est un poids mort pour le pays.

Ce qu’on appelle les acquis sociaux, c’est bien plus que des avantages acquis par des groupes particuliers, c’était l’organisation d’un monde collectif régi par une certaine conception communément admise de la  solidarité. Ce n’était en fait pas un acquis social, non c’était un stade de developpment de la société. Ils veulent nous imposer un changement de société avec 15% de légitimité!

Ecoutons Rancière:

C’est cette réalité concrète du collectif solidaire dont les puissants de notre monde ne veulent plus. C’est cet édifice qu’ils ont entrepris de démolir pièce à pièce. Ce qu’ils veulent, c’est qu’il n’y ait plus de propriété collective, plus de collectifs de travailleurs, plus de solidarité qui parte d’en bas.

Ils veulent qu’il n’y ait plus que des individus, possédant leur force de travail comme un petit capital qu’on fait fructifier en le louant à des plus gros.

Des individus qui, en se vendant au jour le jour, accumulent pour eux-mêmes et seulement pour eux-mêmes des points, en attendant un avenir où les retraites ne seront plus fondées sur le travail mais sur le capital, c’est-à-dire sur l’exploitation et l’autoexploitation.

je sais il est difficile de capter l’attention des gens plus de quelques minutes, de les arracher à la compulsion de leur Smartphone, je sais que tout est fait pour organiser  la regression des prises de conscience et les distractions qui divisent mais …

Lisez ce travail d’Onfray . Il l’ a intitulé « L’épuration théorique« .

C’est un beau travail de salut public: les idées qui sont developpées sont fortes mais justes, et elles sont validées, corroborées par des exemples titées de la réalité connue, prouvée.

Dans ce titre ce que j’aime c’est le mot « épuration » . Nous,  nous sommes épurés. Pourquoi parce ce mot, il fait appel à la mémoire, la mémoirte de notre histoire. Le mot n’est pas qu’horizontal, à la Google, il a une verticalité, des associations terribles qui lui donnent  une ampleur qu’aucun autre  mot ne peut avoir.

Onfray:

On pourra dire un jour qu’il fut un moment où la démocratie s’est effondrée. Et ce jour est venu

Je ne crois pas forcer le trait, ni même exagérer. Je ne crie pas au loup. Je ne suppose pas ou ne suppute pas. Pas plus je n’extrapole. Je ne fais pas un effet de rhétorique. Je ne grossis ni ne dramatise. Je constate juste qu’une loi, une simple loi, va bientôt transformer la démocratie en un vieux souvenir, un très vieux souvenir.

On dira bientôt: jadis on pouvait dire et écrire ceci, on pouvait publier ou faire un film sur cela, on pouvait débattre de tel ou tel sujet, on pouvait assister à une conférence sur cette question ou bien sur celle-là, on pouvait inviter des gens à assister à un plateau contradictoire avec des individus qui ne pensaient pas la même chose et échangeaient leurs points de vue sans s’insulter ou se mépriser, s’invectiver ou s’injurier, on pouvait plaisanter, rigoler, pouffer avec telle ou telle blague, mêmes pas forcément drôles, mais, aujourd’hui, on ne le peut plus.

On dit déjà, en voyant dans les derniers mois que des librairies sont incendiées, des conférences interdites, des représentations théâtrales empêchées, des autodafés effectués au sein même d’une université avec le livre d’un ancien président de la République, des invitations d’intellectuels annulées, des conférences ajournées, des penseurs inscrits sur des listes noires, des empêcheurs de penser en rond licenciés, évincés, privés de subventions publiques, des humoristes ou des présentateurs météo sortis de scène ou mis à la porte, que la liberté de penser et de s’exprimer sont en lambeaux sans que cela ne gêne ni le président de la République ni les médias de la bien-pensance à ses ordres, bien au contraire: ils travaillent à ce projet.

Cette loi porte le nom de celle qui la porte: c’est la loi Avia que l’Assemblée nationale examine en nouvelle lecture depuis le mercredi 22 janvier.

Que dit elle? Elle est censée lutter contre la cyberhaine! Le concept est bien vague et c’est en cela que le danger s’avère bien grand.

Qui décidera de ce qu’est la haine?

Un juif criera à la haine contre ses coreligionnaires quand on dira sur le Web qu’il y a dans la Torah des invitations aux massacres et parlera d’antisémitisme!

Un chrétien criera à la haine quand un article montrera sur le net que Jésus n’a pas existé historiquement et parlera de christianophobie!

Un musulman verra de la haine là où l’on se contentera de dire sur le Web qu’on trouve dans le Coran des sourates antisémites, homophobes, bellicistes, misogynes et phallocrates!

Voilà déjà des milliards de gens potentiellement en situation de haine pour utiliser le sabir des progressistes autoproclamés -en fait: des régressistes…

Un article qui prouvera sur le Web que Freud a menti sur l’efficacité de la psychanalyse, un autre qui prétendra sur le Web que Mahomet était pédophile pour avoir épousé une jeune fille de six ou sept ans même si le mariage n’aurait été consommé qu’à l’âge de neuf ou dix ans, un troisième qui rapportera sur le net que Darwin a raison de dire que l’homme est le produit de l’évolution d’un singe: tout cela sera décrété haine respectivement par les freudiens, les musulmans, les créationnistes. A nouveau des millions de gens en situation de haine!

Un historien qui rappellera sur le Web les accointances de Mitterrand avec l’extrême-droite? Haine selon les mitterrandiens. Un autre rappelant sur le net que le PCF a conclu une alliance avec Hitler lors du pacte germano-soviétique? Haine selon les communistes. Un troisième qui parlera sur le net de génocide en Vendée? Haine selon les mélenchoniens, Alexis Corbière en tête… Un dernier qui s’opposerait aux manipulations génétiques en matière de procréation au motif qu’elles sont les premiers temps d’une marchandisation des corps assimilable à la vente d’enfants? Haine selon certains LGBTQ. Etc.

Puis un jour, ce ne sera plus sur le net, ce sera sur le papier d’un journal, sur celui d’une revue ou d’un livre, mais aussi oralement, verbalement, sur un plateau de télévision ou à la radio. Le pouvoir poursuivra alors les auteurs, il les interdira de parole, il consignera leurs noms sur des listes de gens à qui ne plus jamais donner la parole -comme c’est déjà le cas pour certains…

Quand d’autres disent que les blancs sont tous des racistes comme Lilian Thuram le fit un jour: qui dira que c’est de la haine et censurera également son propos?

Quand tel ou tel décolonialiste fait porter tout le poids du colonialisme sur les épaules de tout blanc du jour: qui dira qu’il s’agit de haine et censura également son propos?

Quand  une personne soucieuse de débat s’entend dire qu’on ne débat pas avec, par exemple la philosophe Sylviane Agacinski: qui dira qu’il s’agit de haine et censurera également son propos?

Quand BHL affirme sans vergogne que l’antisémitisme est au cœur même du projet des gilets-jaune: qui dira qu’il s’agit de haine et censurera également son propos?

Quand Luc Ferry estime que les mêmes gilets-jaunes sont à l’origine d’une chienlit à laquelle il faut répondre par les armes: qui dira qu’il s’agit de haine et censurera également son propos?

Je crains (enfin, façon de parler, car en réalité j’en suis sûr et certain), que cette loi ne soit qu’une arme du politiquement correct pour que l’Etat profond puisse imposer massivement sa censure afin d’interdire définitivement et légalement toute pensée libre, tout débat libre, toute réflexion libre, toute pensée originale, tout point de vue autonome et indépendant. D’aucuns qui ont sans cesse à la bouche la référence aux années trente m’interdisent de les invoquer, mais ça n’est pas l’envie qui me manque.

On peut, sans trop se tromper, annoncer une formidable et terrible épuration théorique sur le net qui va laisser des millions de sites de réinformation exsangues. Au nom du bien, de la lutte contre la haine, bien sûr, on décrétera « haine » tout ce qui n’est pas pensée correcte (autrement dit: pensée de l’Etat maastrichien ou utile à son projet de remplacer la diversité des civilisations par le règne planétaire d’une religion consumériste dont les temples seront de vastes supermarchés ouverts nuit et jour). Il y aura eu les pyramides, le Parthénon, le forum de Rome et les cathédrales: il n’y aura bientôt plus que de vastes galeries marchandes perpétuellement éclairées au néon.

L’information des grands médias, service public audiovisuel compris, roule pour cette idéologie: tout le monde en est maintenant intimement persuadé. Depuis des années c’était perceptible mais, entre autres scandales, depuis le traitement médiatique des gilets-jaunes, c’est devenu gros comme le nez au milieu de la figure.

Je prends un exemple, disons au hasard: la matinale de France-Inter est le moment de l’annonce des diktats du politburo. C’est un festival des minutes de la haine annoncée par Orwell. Quiconque voulait disposer de l’antidote, du contrepoison à cette officine du système pouvait se rendre sur des sites alternatifs où se trouvaient des informations authentiques: cette prétendue loi contre la prétendue cyberhaine coupe les robinets d’eau claire pour ne plus laisser au troupeau que les eaux croupies de l’information dominante.

Un mot pour finir: la loi Avia porte donc le nom d’une député de… La République en Marche, Laetitia Avia, qui a surtout défrayé la chronique des faits divers. Le Canard enchaîné a en effet révélé le 5 juillet 2017 que cette dame a mordu à l’épaule un chauffeur de taxi après une altercation en relation avec le mode de paiement de la course. Elle a reconnu la chose devant les policiers.

Où l’on voit qu’en effet cette personne s’y connaît en matière de haine et qu’avec son parti, lui aussi assez doué en la matière, elle semble habilitée à légiférer contre…

Avec cette  loi authentiquement liberticide, toute intervention sur le Web de cette dame qui mord son prochain devrait être immédiatement censurée.

Michel Onfray

https://michelonfray.com/interventions-hebdomadaires/l-epuration-theorique?mode=video

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