Editorial. Pour lutter contre la crise, on arrive au bout du rouleau! Le roi est nu. Les marchés ne baisseront plus jamais!

C’est parce que tout va mal, parce que tout a échoué que les autorités sont obligées de mentir. Un mensonge chasse l’autre. Comme personne ne se charge d’entretenir la mémoire du passé , les incohérences et inepties peuvent s’accumuler.

Les mensonges et autres enfumages ne sont pas inutiles, non ils servent à influencer les perceptions, les jugements  et les croyances.

Cela n’est pas insigifiant car les élites ont besoin  que vous croyiez en elles pour maintenir leur pouvoir. Il faut que vous les croyiez toutes puissantes.

Elles n’ont aucun pouvoir sur le réel, mais elles en ont sur vous et c’est cela qui leur importe. Le fait que vous ne compreniez pas le monde dans lequel vous vivez, , que vous gobiiez les mensonges et billevesés aide repousser les échéances, aide à gagner du temps.

Du temps pour quoi allez vous me demander? Elles n’en savent  rien , si elles savaient on n’en serait pas là: du temps pour quoi? Pour que d’autres expédients puissent être découverts et mis en place.

On improvise, on pilote au jugé, sans carte et sans boussole,  au travers les écueils avec des théories conçues pour justifer ces pilotages : le long terme n’existe pas, tout est gérable par la recherche d’optimums de Paretto qui optimisent au jour le jour, tout peut être monétisé, tout est dérivable, rien n’est fractal.

Ce qu’il faut c’est être protégé de la lucidité des peuples par les tours de passe-passe telle est la conviction  des démiurges.

Inutile de dire que vous ne verrez aucune analyse comme celle qui est livrée ci dessous dans la presse et encore moins chez les experts en enfumage -involontaire- des télés.

« Powell vient de présenter le rapport semestriel sur la politique monétaire au Congrès, conformément à ses obligations en vertu de la loi sur le plein emploi de Humphrey-Hawkins de 1978.

Il est tard le matin. Les membres du comité se battent vaillamment pour maintenir leur conscience éveille , mais le sommeil en a vaincu plusieurs.

Les mentons reposent grassement sur les poitrines, s’élevant doucement à des intervalles assez longs… comme des bouées flottant au gré des vagues sur l’océan paresseux.

De légers ronflements peuvent être entendus au-dessus du bourdonnement hypnotique de Powell.

Un sénateur rêveur – nous ferions mieux de garder son identité cachée  – marmonne quelque chose à propos de «vos lèvres sexy» et un nom autre que celui de sa femme.

Un coup coude de rapide du sénateur voisin le pousse à se réveiller. »

Mais bruquement , d’un seul coup  la Vérité est sortie de la bouche du Président comme le feu de la bouche d’un canon …

La vérité! Oui la vérité!

Il est venu le temps de la verité, nous assommant dans le processus:

«Les taux bas ne sont plus vraiment un choix; ils sont une réalité. »

Les taux bas ne sont plus vraiment un choix; ils sont une réalité. Vous avez bien entendu. Et si les taux bas sont réeels, ils ne sont donc plus une construction, une manipulation de  la Fed, ils ont acquis légitimité par eux même et donc .. il n’est plus question de les normaliser. Plus question de les normaliser et donc les faire remonter.

Voila nous y sommes ; si les taux bas sont une réalité intrinsèque il n’est plus question de les normaliser ils sont là pour toujours et donc … et donc les agents économiques doivent modifier leurs anticipations, ils doivent considérer que les taux ne seront jamais plus hauts, que les obligations et fonds d’état ne baisseront plus jamais et surtout que les actions , lesquelles sont chèrement valorisées, vont le rester puisque … les taux vont rester bas.

Powell nous développe une imparable tautologie.

En clair voici ce que Powell dit:  ne recommencez pas à faire chuter les actions de 20% en quelques jours comme vous l’avez fait en décembre 2018 sur la peur de la hausse des taux et de la réduction de la taille du bialn de la Fed, non considérez une fois pour toutes que les marchés financiers sont un un perpétuel haut plateau.

Powell reprend le flambeau laissé par Irving Fisher juste quelque temps avant l’effondrement de 1929; Fisher avait déclaré que les actions étaient sur un « perpétuel haut plateau »; mais en plus Powell le justifie , il donne une raison, une cause. cette cause est bien sur … magique, c’est la parole de Powell, parole de sorcier.

Ah les braves gens, ces spécialistes de l’enfumage!

Alors si les taux sont bas dans la réalité, naturellement, pourquoi avoir acheté des trillions de titres à long terme pour les  faire baisser, pourquoi avoir fait des QE, pourquoi surtout parler de « capper », c’est à dire de s’oppsoer, comme on le fit en 1951   à la hausse des taux ces prochains mois!

Nous ne sommes plus dans le mensonge ou le  délire temporaire, nous sommes dans une véritable psychose qui fait que Powell voit le monde autre qu’il est, il hallucine, il le reconstruit.

Je ne critique pas l’affirmation selon laquelle les taux vont rester bas, non c’est ce que je défends depuis l’année 2009 lorsque j’ai affirmé que dans la voie suivie, on ne peut sortir. Mais de grace il est inutile de dire que c’est réel ou naturel, c’est une conséquence, une résultante de la politique qui a été suivie et qui consiste à rendre les dettes supportable par la baisse des taux d’une part et l’arrosage de liquidités d’autre part. Face à l’exces de dettes insolvables on en a baissé le cout et on a évité les faillites par l’engloutissement  sous les liquidites. On a élévé le niveau de la mer. Comme on le fait encore maintenant avec les centaines de milliards des repos.

Notre conviction est que la Réserve fédérale ne pourra plus jamais augmenter les taux d’intérêt de façon  significative.

Des taux plus élevés feraient tomber les murs de Jéricho comme le dit The Daily Reckoning.

Des taux d’intérêt élevés  -et même simplement des taux d’intérêt historiquement normaux – feraient tomber les murs de Jéricho. Jericho c’est l’ensemble de l’édifice financier, cet ensemble fragile dont on a pris conscience maintenant qu’il ne pouvait tenir que si et  seulement si on pouvait avancer l’argument « qu’il n’est pas survalorisé tant que les  taux  restent bas ».

L’ensemble du système financier et économique s’effondrerait si l’argent devenait plus cher, si il était plus rare..

Les étapes de la crise ne sont jamais claironnées mais elles s’inscrivent dans les discours.

Il fut un temps ou on expliquait que les actions n’étaient pas surévaluées parce qu’il allait y avoir une reprise en « V », c’était en 2011;

La reprise  en « V » n’est jamais venue.

Puis il y a eu le mythe de Bernanke des Green Shoots, les Jeunes Pousses, elles sont mortes avant d’avoir pris racine!

Puis il y a eu la promesse que le Put serait toujours là pour controler la volatilité, promesse qui fut un moment reniée par Powell, un moment seulement

Puis il y a eu le mythe de la progression des marges bénéficiaires par la compression des couts salariaux, et par les baisses les baisses d’impôts, etc mythe qui fut tué dans le ralentissement et la chute des profits en en 2018

Maintenant, comme il faut faire tenir l’édifice qui a été ébranlé en fin 2018 il faut aller plus loin , il faut rendre permanent et naturel ce qui est artificiel et temporaire.

La Fed est terrorisée depuis septembre 2018. Elle a constaté qu’ elle s’était une fois de plus trompée et qu’il n’y avait ni reprise mondiale synchronisée, ni retour de l’inflation. Elle a compris que les effets des reflations n’étaient que temporaires et qu’elle ne pourrait plus jamais remonter les taux et normaliser et elle en tire les conclusions.

Ci dessous, l’image qui montre l’aberration dont la Fed a peur; les actifs financiers représentent 5,6 fois la production de richesses, 5,6 fois le GDP US.

Les actifs financiers ce sont des promesses de payer, promesses de délivrer à la fois des interêts et des remboursments. Ces promesses sont rigoureusement non tenables, c’est mathématique. Donc elles doivent spontanément avoir tendance à s’effondrer sauf, si on maintient l’appétit pour le jeu, c’est à dire si on ne ferme  jamais le robinet du Ponzi monétaire.

IMG 1

 

« Toute baisse importante du marché boursier entraînerait une dépression presque instantanée » , compte tenu du poids des dettes, de l’importance de l’effet de richesse dans le système et surtout compte tenu de la désolvabilisation en chaine de tous les agents économiques  endettés. Crise de bilan colossale par baisse de la valeur des « actifs » alors que les promesses du « passif » restent intactes .

Une augmentation significative des taux signifie que le service de la dette devient un fardeau  écrasant et en même temps que la valeur de tous les gages, toutes les garanties, tous les collateraux s’évanouit.

Plus question de «normalisation». Plus de caprice sur «les perspectives». Plus de «conditions de surveillance». On change de registre . Au lieu de cela, les faibles taux d’intérêt ne sont plus un choix. Ils sont un «fait de réalité».

Mais revenons au président Powell…lequel dans son intervention aborde une autre difficulté, liée bien sur à la première: si on ne va plus connaitre de taux élevés, alors on ne pourra plus jamais les baisser de façon significative et donc on n’aura plus de munitions pour essayer de lutter contre les récessions. Plus de marge de baisse des taux signifie  que : »Nous aurons moins de place pour couper »

Le taux des fonds fédéraux est actuellement compris entre 1,5% et 1,75%. Mais comme nous l’avons récemment  noté, la banque centrale a besoin  de taux compris entre 4% et 5% pour faire reculer la récession.

Si  les faibles taux d’intérêt ne sont plus un choix, si ils sont un «fait de réalité», alors il va falloir inventer autre chose.

Si la récession montre son horrible tête, la Fed se trouve démunie, elle n’aura plus d’arme pour mener le combat.

Il ne lui restra qu’à revenir au quantitative easing, aux achats de titres  et à ses guidances, pilotages par la parole. « Nous utiliserons ces outils », a promis Powell . «Je crois que nous les utiliserons de manière agressive.»

Le bilan de la Réserve fédérale a déja atteint une taille qui correspond   à des niveaux que l’on n’atteint que dans les périodes de guerre. Et chaque nouvelle extension est moins efficace que la précédente. Quarles de la Fed met les pieds dans le plat et prévient qu’un gros bilan de la Fed pourrait nuire à la crédibilité

Dans son intervention devant le cercle de  Jackson Hole en Aout 2016, Yellen a fait l’erreur de lister les composantes de la panoplie dont disposait la Fed pour éviter la catastrophe; il suffit de relire son discours d’alors pour s’apercevoir qu’il n’y a plus rien, que l’arsenal est vide.

Le roi est nu.

En prime 

L’heure de vérité se rapproche malgré les dénégations.

Regardez les graphiques ci dessous, ils vous donnent l’impression d’un monde qui va bien? Tout baisse depuis septembre 2018.

 

Global Industrial Production, 2016-2019

 

Regardez les indicateurs américains, vous avez envie de crier sur les toits que vous etes optimiste et que tout va bien comme Powell? La chute idem, depuis septembre 2018

ISM Purchasing Manager Indexes, 2017-2019

Fed’s Quarles prévient qu’un gros bilan de la Fed pourrait nuire à la crédibilité

11 février – Reuters : «Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a déclaré au Congrès … que l’économie américaine était en bonne position; il cite  cependant  la menace potentielle du coronavirus en Chine et les préoccupations concernant la santé à long terme de l’économie. L’incertitude de la politique commerciale  recule et la croissance mondiale se stabilise, «nous trouvons que l’économie américaine est en très bonne position et se porte bien», a déclaré Powell au Comité des services financiers de la Chambre des représentants des États-Unis. L’expansion économique américaine, qui en est maintenant à sa 11e année, est la plus longue jamais enregistrée. « Il n’y a aucune raison pour que l’expansion ne puisse pas continuer », a-t-il dit …  »

9 février – Reuters: «L’examen par  la Réserve fédérale de sa stratégie et de ses outils monétaires approche du moment de la décision, avec des annonces probablement avant la mi-année. À quoi les investisseurs devraient-ils s’attendre? Les premières indications du vice-président de la Fed, Richard Clarida, suggérent que l’examen entraînera probablement des changements évolutifs et non révolutionnaires. Plus récemment, cependant, le Federal Open Market Committee a discuté d’innovations plus profondes, notamment le passage au ciblage moyen de l’inflation (AIT). Le président Jay Powell a déclaré… que cela représenterait un changement de régime important pour la banque centrale. Les objectifs fondamentaux de tout changement dans la fixation de la cible sont clairs. Presque tous les membres du FOMC pensent que l’objectif d’inflation de 2% introduit en 2012 a entraîné une tendance à la baisse involontaire de l’inflation à long terme. »

13 février – Bloomberg : «Le choix du président Donald Trump pour le Federal Reserve Board, Judy Shelton, a été critiqué par les législateurs républicains…, signalant des ennuis à venir pour sa nomination. S’adressant aux journalistes après une audition du Comité sénatorial des banques sur sa nomination, les sénateurs Richard Shelby de l’Alabama, Patrick Toomey de Pennsylvanie et John Kennedy de Louisiane ont tous déclaré qu’ils n’avaient pas décidé s’ils voteraient en faveur de  sa confirmation. Un seul «non» républicain au sein du comité suffit pour bloquer la nomination de Shelton, en supposant que les démocrates – qui ont été pointés du doigt dans leurs critiques à son égard – sont unis dans l’opposition. »

10 février – Reuters: «Un haut banquier central américain … a appelé à utiliser de nouveaux outils pour faire accélérer  l’inflation car une population vieillissante ralentit la croissance économique dans le monde et la mondialisation et d’autres tendances limitent les hausses de prix. « Nous devons adopter la mentalité nouvelle selon laquelle une inflation un peu supérieure à l’objectif est bien meilleure qu’une inflation un peu inférieure à l’objectif dans l’environnement économique d’aujourd’hui », a déclaré la présidente de la San Francisco Federal Reserve Bank, Mary Daly…  »

Pendant que les apprentis sorciers font joujou avec leurs courbes et leurs signaux de fumée, le réel lui continue de se dérober: ci dessous la chute des gains de productivité. Le monde de l’imaginaire monétaire ne peut renverser les tendances lourdes de l’économie réelle , voila ce que les zozos ne veulent pas comprendre.

Dette et productivité.

Les dettes croissant plus vite que les prodictions de richesses pour les honorer, elles ne genèrent pas leur service ou leur remboursement. On dit même que les dettes progressent plus vite que le coronavirus!

nn

Ht Daily Reckoning.

3 réflexions sur “Editorial. Pour lutter contre la crise, on arrive au bout du rouleau! Le roi est nu. Les marchés ne baisseront plus jamais!

  1. La question que je pose c’est comment invente t on des cash flow pour faire tenir tout ça ? La fuite en avant du crédit ne me semble pourtant pas possible à l’infini car comme vous le soulignez plus ils en font moins l’effet est au rendez vous. Quand bien même on rajouterait l’endettement des états et des impôts en forte hausse pour palier au réchauffement climatique je ne suis pas certaine que ça suffirait car les limites sont dans les revenus des gens, revenus des gens qu’ils ont déjà poussé à la baisse dans la première phrase d’avant 2008, oui ils peuvent encore piller l’épargne, mais après ???? l’épargne mobilisable ne me semble pas être en trillions et qui seraient alors les acheteurs en face ???… S’il a fallut depuis 2010, 13 trillions avec le résultat que nous regardons aujourd’hui, comment le reste pourrait il réussir là où moins contraignant a échoué ??? et qui seraient les acheteurs en face encore une fois ??? les petits hommes verts ????

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  2. On essaie de trouver des raisons techniques aux bulles, mais en fait, c’est je pense de plus en plus que c’est purement ontologique. Les bulles se forment parce que les gens donnent du sens aux choses, et pour cette raison, se tissent des structures sociales et économiques (si je consens à faire quelque chose, si je choisi quelque chose, c’est parce que ça a un sens) et que ce sens peut disparaître comme ça.

    Le cerveau est une machine à créer l’illusion de cohérence, une machine à donner du sens, à tisser des liens entre des informations et des concepts qui n’en ont pas forcément, et dont la majorité est acquise par transmission mimétique, par copier-collé.

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