DU BON USAGE DE PAVLENSKI

Allons bon : voici que le scandale Griveaux-Pavlenski-Branco aurait été manigancé par des « cerveaux fous »C’est Le Monde qui le claironne ce matin sous les trois plumes de Raphaëlle Bacqué, Ariane Chemin, et Simon Piel. Folie pour folie, examinons l’affaire, en éliminant d’emblée deux contrefous, pardon deux contrefeux, développés au cours du week-end et, à mon sens, totalement hors-sujet.

D’abord cette idée, jamais explicitement énoncée et pour cause, mais insinuée ici et là, que Pavlenski, faux dissident, serait en fait un agent de Poutine -car il faut s’attendre à tout, avec ces Russes.

En quelques heures, il serait donc passé, comme l’écrit la chaîne d’Etat russe RT France« d’opposant à Poutine à agent russe ». Personne ne l’affirme certes explicitement, mais lisons attentivement par exemple un article du Monde (encore lui, désolé !).

Pavlenski, écrit l’ancienne correspondante à Moscou Isabelle Mandraud, a bénéficié d’une « inhabituelle mansuétude » des tribunaux russes. « Curieusement », après une affaire d’agression sexuelle, la police russe n’est pas empressée de le voir retourner derrière les barreaux.  Expulsés du pays, Pavlenski et sa femme franchissent « tranquillement » la frontière. Et cette phrase de chute : « Il n’est en tout cas pas difficile d’imaginer aujourd’hui le chef du Kremlin sourire à la lecture de la nouvelle « performance » de Piotr Pavlenski ». Imaginons imaginons…



https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/du-bon-usage-de-pavlenski



Tout aussi stupide, (comme le disait déjà vendredi sur notre plateau notre invité Guillaume Ledit, spécialiste de Julian Assange) l’accusation portée contre « l’anonymat des réseaux sociaux », embouchée ici par LCI, ou là par Alain Duhamel. Rien d’anonyme dans cette opération, où tous ces « cerveaux fous » ont agi à visage découvert.

Plus intéressante est l’esquisse de la défense de Pavlenski, développée par son avocat (s’il est encore son avocat, point obscur à cette heure matinale) Juan Branco. En mettant en ligne les photos et vidéos masturbatoires, Pavlenski aurait voulu dénoncer la  « tartufferie d’un membre de l’élite ». Selon Branco, Pavlenski se serait dit « en fait, ce régime est en train de devenir le même que celui contre lequel je me battais », et sa performance anti-Griveaux serait un hommage aux blessés Gilets jaunes.

Il faut d’autant plus écouter ce discours, que même les plus réticents aujourd’hui (par exemple François Bonnet, de Mediapart, media qui a refusé de diffuser les photos et vidéos) reconnaissent le performeur russe « cohérent », et qu’aucune expertise psychiatrique n’a réussi à le déclarer fou.

Par exemple, si Pavlenski a mis le feu à la porte d’une succursale de la Banque de France, il fournit une explication de cette performance artistique, qu’il a intitulée « Eclairage » : « Mettre le feu à la Banque de France, c’est mettre l’éclairage sur la vérité que les autorités nous ont forcé à oublier. La Banque de France a pris la place de la Bastille, les banquiers ont pris la place des monarques ».

 

Cette explication vaut ce qu’elle vaut (la Banque de France n’est pas une banque privée). De même que sa justification de la performance Griveaux, par le fait que le candidat « propagandait pour du puritanisme », et serait donc une sorte d’équivalent de Christine Boutin.  Cet argument de l’hypocrisie fut historiquement mis en avant par les assocciations comme ActUp, qui ont « outé » des responsables gay, prônant ou soutenant des politiques jugées homophobes. Là encore, il tombe à côté. Non, Griveaux n’est pas Boutin. S’il a usé et abusé de l’exploitation de sa vie d’heureux époux et père de famille dans les complaisants reportages qui lui furent consacrés, on ne lui connaît pas de position publique notable dans le domaine du contrôle de la sexualité.

 

Mais, même tordu, même outré, ce discours de défense de Pavlenski oblige à réfléchir aux dissemblances et ressemblances entre régime Poutine et régime Macron, ce qui n’est intellectuellement jamais inutile.

Ils sont nombreux, et pas tous des « cerveaux fous », à estimer que notre République exemplaire prend lentement les couleurs d’une démocratie autoritaire. Comment qualifier un régime où tous les moyens légaux sont impuissants à empêcher le gouvernement de reporter l’âge légal de la retraite, en contravention avec ses engagements de campagne ?

Où le gouvernement soutient les innombrables policiers qui, en maintien de l’ordre, ne portent pas leur numéro d’identification RIO, pourtant obligatoire ?

Je ne prends que deux exemples. Je pourrais en prendre un troisième : la psychiatrisation d’opposants par le media d’un oligarque. Serait-ce folie ?

Daniel Schneidermann

« ECLAIRAGE » : PAVLENSKI ET LA BANQUE DE FRANCE

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