Le vilain subterfuge des banques «solvables »

Mon cher lecteur,
Vous êtes comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose… Vous renflouez les banques sans le savoir.
Plus de la moitié des banques européennes ne sont pas rentables. Nous le savons depuis longtemps.
Et depuis 2015, Bruxelles et le G20 ont mis en place des exigences de solvabilité pour protéger les déposants sans faire appel au contribuable. En Europe il s’agit de la fameuse directive BRRD qui a fait couler beaucoup d’encre.
Or nous avons eu la confirmation hier de l’Autorité Bancaire Européenne (EBA) que plus de la moitié des banques européennes ne sont pas solvables… Nous le savions également quoique de manière moins formelle.
Mais ce que nous ne savions pas, c’est que les banques qui ont réussi à atteindre un niveau de fonds propres suffisant selon les critères de l’EBA ont utilisé massivement un méchant subterfuge.

Les banques solvables ne le sont pas tant qu’elles disent

C’est ce méchant subterfuge qui permet par exemple à la Deutsche Bank, banque européenne la plus pourrie et de loin, d’atteindre le ratio de solvabilité suffisant.
C’est que les fonds propres coûtent très cher à une banque et si vous n’êtes pas rentable alors même que vous n’avez pas assez de fonds propres… Vous êtes mal en point.
Mais c’était avant la dernière innovation des banques, françaises s’il vous plaît, déployée tout récemment depuis 2017.
Elles ont trouvé la recette magique. Bien sûr, il y a un « truc » comme derrière tous les tours de magie.
Ici, il s’agit de lever des fonds propres sans les payer.
Au temps pour moi, on ne dit plus fonds propres dorénavant mais « capitaux éligibles ». Tout est dans ce changement de vocabulaire.
Et cela vous concerne, c’est votre épargne qui est mobilisée en toute discrétion.

L’arnaque des « capitaux éligibles »

L’EBA impose aux banques de satisfaire à un ratio MREL ou Exigence Minimum de Capitaux Éligibles (Minimum Requirement of Eligible Liabilities).
Ce ratio est censé garantir la solvabilité de la banque en cas de crise (bail in) et éviter que les États et contribuables aient à renflouer (bail out) comme dans le cas de Dexia par exemple. Nous sommes dans le champ d’application de la directive BRRD de 2014.
Dorénavant, ce ne sont plus les fonds propres qui assurent la solvabilité d’une banque mais « les capitaux éligibles ». Éligibles à quoi me direz-vous ? À être transformés en fonds propres en cas de crise.
La distinction est importante car les fonds propres (CET1 et AT1 selon les critères de Bâle III) ne représentent plus que la moitié des « capitaux éligibles » des grandes banques européennes systémiques (contre la presque totalité il y a quelques années encore). Nous allons regarder dans cette lettre quels sont ces nouveaux capitaux éligibles qui ne sont plus des fonds propres.

Les fonds propres sont la matière première des banques :  elles ne peuvent pas les acheter plus cher qu’ils ne leur rapportent

Les fonds propres et maintenant capitaux éligibles d’une banque sont stratégiques car ce sont eux qui déterminent le volume d’investissement et le risque que peut prendre une banque : plus elle a de capitaux éligibles, plus elle peut investir et prendre de risques et inversement. C’est logique : en cas de problème, ce sont les capitaux propres qui servent à essuyer les pertes.
Les fonds propres / capitaux éligibles sont la matière première des banques. Un boulanger qui achète sa farine plus chère qu’il n’arrive à vendre son pain est un mauvais boulanger qui va vite fermer boutique. Or c’est exactement la situation des banques européennes dans leur ensemble.
Alors pour satisfaire les exigences de « capitaux éligibles » sans faire faillite, pour acheter leur farine moins chère , les banques françaises ont inventé de nouvelles obligations dites NPS ou Non-Preferred Senior.
Mais lecteurs réguliers ont déjà entendu ce méchant acronyme depuis plus d’un an. Je vous conseille de fuir ces placements… Mais à vrai dire, on ne vous laisse pas vraiment le choix.
Les NPS sont une innovation purement marketing.

Les NPS sont sûrs et risqués « en même temps » (c’est dans le nom)

Dans le jargon de la finance, une dette dite senior est un actif préférentiel, c’est-à-dire qu’en cas de faillite, cette dette passe avant les autres dans l’ordre de remboursement.
Donc, littéralement, une dette NPS – non preferred senior – est un actif préférentiel non préférentiel.
C’est-à-dire que vous avez le risque (côté non préférentiel) mais pas le rendement (côté préférentiel).
Le niveau d’enfumage est ici maximal : c’est une manière de vous faire passer des vessies pour des lanternes.
Mais qui est assez bête pour acheter un truc pareil ?
PERSONNE
 

Plein vos assurances vie et PER

Comme en 2007 avec les dettes immobilières, on s’est arrangé pour que ces nouveaux produits soient notés très favorablement par les agences (l’agence de notation européenne Fitch ne fait même plus la différence entre NPS et la vraie dette senior qui n’est pas assimilable aux fonds propres) et on les a intégrées d’autorité dans vos assurances vie, vos PER, on en a mis dans vos euro-croissance, dans vos unités de comptes.
Tout cela est opaque. Mais où voulez-vous qu’elle aille cette dette ?
Dans les rapports de gestion vous n’en saurez rien à moins de regarder la composition détaillée de vos fonds symbole par symbole et je vous mets au défi de trouver un banquier qui saura vous dire s’il y a des NPS dans les fonds qu’il vous conseille et dans quelle quantité.
Mais ce que nous savons, c’est que le Crédit Agricole a émis 4,5 milliards de NPS en 2019, la BNP 14 milliards, la Société Générale 8 milliards.
Il n’existe pas à ma connaissance de statistiques sur les NPS mais dans le dernier fonds que j’ai analysé, le 29 Haussmann Euro Rendement, le fonds le plus important de la filiale de la Société Générale dédiée à la banque privée, 6 des 10 premières positions sont des obligations financières subordonnée au mieux NPS (il y a également des AT1 et des obligations d’assureurs qui ont le même problème mais dans un cadre réglementaire différent… ce n’est pas le sujet aujourd’hui). Or ce fonds a un indice de risque très modéré de 3 sur 7.
Surtout perdu au milieu du rapport de l’EBA publié hier se trouve un petit graphique assez abscons.

L’EBA confirme que les banques prétendument solvables ont massivement utilisé l’arnaque des NPS.

À partir de ce graphique, nous observons que les banques qui n’atteignent pas leurs objectifs de fonds propres sont celles qui n’ont pas développé les NPS (histogramme de gauche) en revanche nous pouvons déduire de l’histogramme de droite (toutes banques systémiques confondues) que les banques qui ont atteint leurs objectifs ont massivement développé les NPS à hauteur d’un tiers de leurs capitaux éligibles (et jusqu’à la moitié pour Deutsche Bank qui ouvre la voie de la ruine).
Les banques solvables ont fait le plein de nps
Cette innovation datant de 2017 en France, 2018 dans le sud de l’Europe et 2019 au Nord (à l’exception notable de l’Allemagne qui s’est jetée dessus en même temps que nous), ces quantités sont considérables.
Et surtout, elles vont encore augmenter considérablement.

L’EBA en veut encore plus, encore plus vite

Dans son rapport l’EBA estime qu’il manque 180 milliards de capitaux éligibles aux banques européennes (c’est beaucoup). Elle appelle les banques à lever ces capitaux éligibles le plus vite possible… Tant que la conjoncture est bonne !
Vite, faites entrer le plus de capitaux possibles avant que le piège se referme, dit en substance l’EBA aux banques. Et ces capitaux, ce sont les vôtres, c’est votre épargne retraite, votre épargne de précaution.
C’est une manière d’emmener votre épargne à l’abattoir.

Votre épargne à l’abattoir

On comprend maintenant pourquoi les banques françaises ont moins de problèmes de fonds propres que leurs homologues : elles ont refilé le mistigri à leurs clients.
On pourrait voir là une fausse vertu et une meilleure solidité des banques françaises.
C’est à mon avis une mauvaise morphine qui masque la douleur et empêche les réformes radicales et nécessaires de notre système bancaire.
Car il y a une différence MAJEURE entre de véritables capitaux propres et des NPS.
Vous pouvez mobiliser vos capitaux propres à tout moment en cas de problème : ils sont-là pour ça. Bien sûr, il vous faudra ensuite lever d’autres fonds propres ou réduire votre voilure pour retrouver un bon équilibre. Cela enverra un mauvais signal aux marchés et votre cours de Bourse sera chahuté, mais c’est le jeu et le prix d’une faute de gestion.
En revanche…

Vous NE pouvez PAS mobiliser vos NPS sans risquer une panique.

À partir du moment où vous avez trompé vos clients en leur « refourguant » vos produits risqués sans les avoir prévenus du risque réel, ni les avoir rémunérés pour ce risque, le retour de bâton sera violent et la confiance logiquement perdue.
Or la confiance est le capital ultime d’une banque.
Il suffit qu’une banque, une seule, fasse un jour appel à ses NPS pour assurer sa solvabilité pour porter l’attention sur tous les NPS de toutes les banques et rompre la confiance. Or sans confiance, une banque n’existe plus.
Aussi, les NPS sont à mon sens de la poudre aux yeux, c’est une innovation de technocrates pour répondre à des critères d’autres technocrates qui n’ont aucun sens du réel et ne se rendent pas compte que leurs « capitaux éligibles » n’ont de valeur qu’à partir du moment où l’on ne s’en sert pas.
Une assurance qui ne marche que si l’on ne s’en sert pas, cela porte un nom : c’est une arnaque. Et celle-ci est d’une taille gigantesque.
Mais comme disait l’autre, plus c’est gros plus ça passe.
L’EBA est censée protéger les déposants… Mais ce que nous n’avions pas compris, c’est qu’ils utilisent notre poche gauche pour garantir notre poche droite.
Le piège se refermera un jour.

Tout le monde doit être au courant

Cette lettre aujourd’hui est une exclusivité de votre serviteur, je peux vous assurer que personne n’a été voir ce rapport dans le détail et cette grosse arnaque qu’il révèle malgré lui.
Les dépêches qui ont été publiées sur le sujet se contentent de noter que l’EBA appelle les banques à lever plus de capitaux anti-turbulence.
Mais ce qu’ils ne vous disent pas, c’est qu’il n’existe pas de capitaux anti-turbulence. Ce ne sont rien d’autre que des fonds propres très risqués, mais sans la rémunération du risque et qui finissent dans votre patrimoine.
Tout le monde devrait être au courant de cette gigantesque arnaque. Nous devons mettre les banques en face de leurs responsabilités. Faites suivre cette lettre à votre carnet d’adresses, partagez-la sur les réseaux sociaux c’est capital et si vous ne le faites pas, personne ne le fera.
D’avance, je vous remercie de votre aide.
À votre bonne fortune,
Guy de La Fortelle
Sources
Le rapport de l’EBA (en anglais) : https://eba.europa.eu/file/815883/download?token=OPgTnvsH
     

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