La destruction de la monnaie telle que nous la connaissons, la monnaie Canada Dry.

Je considère que la monnaie est en cours d’Orwellisation. Comme beaucoup de choses d’ailleurs.

Je définis l’Orwellisation comme l’opération qui consiste à détacher le vocabulaire de ce qu’il signifie. L’Orwellisation consiste à laisser le mot inchangé mais à faire glisser sous le mot une réalité différente.

De la même façon qu’il y a des faux monnayeurs qui font de la fausse monnaie, il y a des faux monnayeurs du langage qui détachent  les mots de ce qu’ils veulent dire.  On garde le mot de « monnaie » mais en pratique, cela n’est plus de la monnaie. Disons pour imager que c’est une monnaie Canada Dry; elle en a l’apparence mais ce n’en est plus une. 

En particulier, ses conditions d’émission ont été changées, on ne prête plus à partir des dếpots en banque, non ce sont les dépots en banque qui créent la monnaie telle que vous la connaissez. La banque accorde un prêt et en contrepartie elle inscrit un crédit en monnaie au compte de celui à qui elle a prêté. A l’actif de son bilan elle a une créance et au passif elle a une dette qui est la monnaie scripturale  dont elle a crédité le bénéficiaire du prêt. 

D’ailleurs ce dépot en banque n’en est plus un, la législation a changé, ce n’est plus un dépôt c’est un prêt à la banque. Vous êtes sans le savoir, créancier de la banque et cela change tout. Les lois qui s’appliquent ne sont plus les lois sur les dépôts mais les lois bancaires.

Ceci a été bien démontré par la Banque d’Angleterre (Haldane) et tous les gens qui gravitent autour de Postive Money comme Steve Keen (Debunking Economics). Cette monnaie n’a plus la caractéristique de constituer une  réserve de valeur, ce qui a été avoué par Janet Yellen en Aout 2016. 

En fait la monnaie ou ce que l’on appelle « monnaie » est devenu .. un jeton , a token. La monnaie, bien commun a été confisquée par une classe sociale que je désigne comme étant celle des kleptocrates.

Dialectiquement la monnaie « instrument de votre liberté » a été retournée, renversée pour devenir « l’instrument de votre servitude » à l’égard des kleptocrates et de l’état qu’ils contrôlent. 

Et c’est pour cela qu’il est vital pour les banques centrales qu’elles fassent semblant de la défendre cette monnaie,  c’est pour pouvoir maintenir la confiance et .. en émettre plus. Produire toujours plus de crédit. Il faut maintenir un mythe de la monnaie pour qu’elle soit demandée  et conservée.

Tout le pouvoir des banques centrales repose sur une contraduction dialectique ; il faut faire semblant d’être le gardien de la monnaie pour l’avilir de plus en plus.

La pierre angulaire de ce système est constituée par les emprunts des états, les dettes des gouvernements. 

Rédigé par
Bruno Bertez
24 février 2020

C’est l’affolement chez les élites – et désormais, trois écoles de pensée s’affrontent pour tenter de nous sortir de l’impasse. (Un indice : ce n’est pas gagné.)

Les autorités sont dans l’impasse, disions-nous la semaine dernière, parce qu’elles sont désormais confrontées à un ensemble de facteurs difficilement gérables. Elles savent en effet :

– que les espoirs de reprise doivent être abandonnés ;

– que la croissance restera longtemps médiocre et faible ;

– que l’inflation ne repartira pas ;

– que les armes monétaires ont épuisé leurs apparents bienfaits temporaires ;

– que les coûts de ces armes monétaires sont colossaux, et qu’ils se rapprochent ;

– qu’elles ne peuvent plus espérer remonter les taux, normaliser et reconstituer leur arsenal de lutte contre les récessions ;

– que si la récession arrive, les marchés vont comprendre que les autorités ont épuisé leurs ressources, que ce n’était qu’une illusion de toute-puissance – et chuteront en cascade ;

– que, ne pouvant remonter les taux, la marge de manœuvre face à la prochaine récession est trop faible : il faut disposer d’une marge de baisse des taux de cinq points… et on ne dispose que d’une marge de moins de deux points (1,75%) ;

– que les marchés ont compris et assimilé tout cela ;

– que les marchés sont cyniques et qu’ils tiennent les autorités en otage…

… Et…

– que le temps presse.

Non seulement la conjoncture se dégrade spontanément, conformément à son cycle, mais maintenant il y a la menace du coronavirus – laquelle a précipité la Chine, le bloc asiatique et le Japon dans la récession plus ou moins avouée. Désormais, tout cela gagne l’Europe par le biais du commerce extérieur et de l’Allemagne.

Du fossé au gouffre

Les indicateurs économiques se dégradent à une vitesse folle et… les marchés financiers sont à des niveaux de valorisations records, archi-records, tant en cours et prix qu’en valorisations des chiffres d’affaires, cash-flows, bénéfices et dividendes.

Le fossé qui sépare l’économie réelle et les anticipations contenues dans les marchés est devenu un gouffre dont le fond est à un niveau 50% plus bas ! Une baisse de 15% seulement des Bourses décapitalise plus d’un cinquième des établissements financiers.

Quant aux opérateurs, ils marchent – que dis-je, ils courent allègrement vers le gouffre, conduits par des aveugles qui sont persuadés que, cette fois encore, les autorités monétaires sauveront le monde et surtout sauveront leurs mises de jeu spéculatif.

Les élites sont affolées : on le voit à la multiplication des déclarations, des divergences et des incohérences. Les incohérences montrent qu’il n’y a pas de fil conducteur, que c’est le plus grand désordre. Les grands prêtres bafouillent, font des lapsus.

Trois écoles de pensée

Il y a au moins trois écoles.

La première est celle qui professe, sous la conduite du Financial Times, qu’il faut à toute vitesse cesser d’espérer dans les remèdes monétaires et mettre en place des politiques budgétaires de stimulation, raugmenter les déficits et multiplier les dépenses. Le FMI, la BCE et l’ex-Secrétaire au Trésor US Lawrence Summers défendent ce point de vue.

La deuxième école a peur que les déficits ne fassent basculer le système par excès de dettes et perte de confiance. Elle craint que tout cela ne crée une spirale sinistre que l’on ne pourra plus contrôler.

Cette école – qui est celle des anciens de la Fed Ben Bernanke et Janet Yellen – plaide pour un approfondissement du monétaire coûte que coûte. On n’en a pas fait assez, il faut oser aller plus loin.

Il faut charger l’hélicoptère, le faire savoir et arroser les marchés financiers par la mise en place des taux zéro, par la reprise des QE, par les achats de nouveaux titres à long terme comme les actions, les ETF…  En fin de compte, il faudra acheter des quantités de titres à long terme pour « capper » les taux.

Bref, on fera baisser et on contrôlera les taux longs sans risque tout en maîtrisant le prix du risque en achetant ce qui le véhicule. Il s’agira d’éviter la dilatation en chaîne des primes, ainsi que le colmatage des canalisations financières d’une part puis économiques d’autre part.

La troisième école est la planche de salut des gauches modernes, celle qui affirme que l’on peut faire les deux à la fois, monétaire et budgétaire, grâce à la TMM, la Théorie monétaire moderne. Le bon vieux Chartalism

Note : le chartalisme est une théorie de la monnaie  qui soutient que l’argent provient des tentatives des États de diriger l’activité économique plutôt que d’etre une solution spontanée aux problèmes de troc. Dans cette conception qui est en contradiction totale avec les données historiques, , la monnaie cesse d’etre l’équivalent général des marchandises , elle cesse d’être une reserve de valeur spontanée.  La monnaie fiduciaire n’a une valeur su’ en raison du pouvoir souverain de prélever des impôts sur l’activité économique payables dans la monnaie qu’ils émettent.

La « monnaie » des chartalistes permet de recreuser les déficits et de distribuer le revenu universel sans se poser la question de leur financement. Grâce à elle, on peut maintenir la stimulation monétaire par la création de fausse monnaie à volonté par le couple banque centrale/Trésor public – ainsi, elle soutient à la fois l’économie et la finance… sans douleur.

Désormais, on rase toujours gratis – et c’est ce qui débouche, je le dis tout de suite, sur la destruction de la monnaie telle que nous la connaissons encore.

J’ajoute que l’expérience monétaire menée depuis 2009 et complétée par les Quantitative Easing constitue en pratique, sans le dire une mise en oeuvre du chartalisme à partir du moment ou les banques centrales ne reduisent pas, par la suite la taille de leur  bilan; c’est un chartalisme qui fait financer la dette publique par sa monétisation , simlement cela est masqué par « un tourniquet », hommage du vice monétaire à la vertu de l’orthodoxie.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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Une réflexion sur “La destruction de la monnaie telle que nous la connaissons, la monnaie Canada Dry.

  1. Une petite réflexion, disons des questionnements, issus de ma marche de lundi ( oui, j’essaie de faire quelques longues marches plutôt rapides de 2h, 2 à 3 fois par semaine, entre 12h et 14h)

    J’ai croisé des gens d’une PME en liquidation, en province et qui manifestaient.

    Des gens soucieux, en colère, désarmés, laissés pour compte, dans une forme d’indifférence des passants. Comme on n’ose pas regarder la misère en face, par lâcheté, par peur d’un même sort, comme une conjuration.

    Alors je me suis posé la question de l’Euro, notre récente monnaie, engendrée dans une forme de « socialisation » du consensus social multinational des pays adhérents.

    Oui l’Euro nous a protégé par la force de l’Allemagne de certains risques de dévaluation, d’inflation importée, une forme de stabilité via des hauts couts sociaux dans chaque pays ou presque.

    Je me suis donc posé la question inverse, comme un jeu intellectuel, ni plus ni moins.
    Que serait-il advenu de notre petite industrie si nous avions conservé le franc ?

    Aurait-on pu conserver ces emplois, éviter de déstructurer notre tissu d’entreprises en province, éviter de perdre 1.5 millions d’emplois, déplacer cette création de richesse à l’étranger ? Et aussi éviter cet exode de province vers les grandes agglomérations ?

    Aurait-on pu dévaluer notre monnaie pour nous rendre plus compétitif comme on l’a fait tant de fois par le passé et ainsi forcer l’Allemagne et d’autres à ajuster leurs prix ? ou alors à nous forcer à innover et reprendre la place sur ces sujets ?

    Aurait-on pu s’imposer ainsi les réformes nécessaires et impératives de l’Etat plutôt que de s’endormir sur un prix faux de l’Euro pour notre économie ?

    Les taux d’intérêt auraient-ils alors reflété un meilleur équilibre risque / épargne / investissement ?

    La question essentielle est surtout : aurait-on eu une meilleure répartition nationale des richesses, un meilleur consensus social entre les immergés dans la globalisation et les purement franco-français en terme de business, des villes moins engorgées, des prix immobiliers beaucoup moins élevés et moins prioritaire dans le budget des ménages ?

    La monnaie est un des premiers consensus sociaux, que ce consensus soit l’effet d’un accord tacite au sein d’un pays entre ces corps constituants, entre ces individus est une chose, qu’il soit contraint par l’effet collatéral d’autres économies, d’autres richesses, d’autres solidarités m’interroge.

    Il m’interroge comme une forme de liberté, une forme de souveraineté mais avant tout comme une forme de consensus où les équilibres ne sont pas opérés au forceps, à contrario de la volonté des peuples.

    Voilà, je ne suis pas fixé, je m’interroge.

    en revanche, là ou je ne m’interroge pas, c’est sur les bienfaits de la marche… l’effort offre le lâcher prise…

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