Or: cette fois ci est-ce la bonne?

Rédigé par
Bruno Bertez
25 février 2020

Les apprentis sorciers ont encore beaucoup à apprendre – et le prix de l’or dépend de leur efficacité en la matière.

Ce qui me frappe, c’est le fait que personne ne s’aventure à analyser la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est bien la preuve que les apprentis sorciers… ont encore beaucoup à apprendre.

Nous sommes devant une situation qui n’a pas de précédent car l’état du monde n’a jamais été comparable à celui-ci.

Par ailleurs, les données bilancielles marquées par l’excès de dettes n’ont jamais atteint pareils déséquilibres.

Le passé n’est d’aucun recours, il va falloir improviser.

Un choc oui, mais lequel ?

Est-ce que l’on s’achemine vers un choc de l’offre dans lequel la rupture des chaînes d’approvisionnement fera apparaître des raretés et donc des poches de hausses de prix ?

Est-ce que l’on se dirige vers un choc de la demande dans lequel la rétention de travail et l’insuffisance de revenus vont faire s’effondrer les prix ?

Dans tous les cas, il va falloir payer les dettes échues – le tout dans un contexte où l’effet de richesse procuré par la hausse des marchés financiers risque de devenir un mirage.

Il y a ceux qui présagent un choc d’offre parce que la production s’arrête, mais les marchés obligataires, eux, pointent vers la crainte d’un choc de demande, avec retombées déflationnistes.

Comme discuté précédemment, l’or reflète les craintes concernant la solidité du système ; il ne dit rien quant au sens des chocs. Tout au plus nous dit-il qu’il faut s’attendre à l’entrée en action monétairement inflationniste des banques centrales.

Mais notez que chaque fois que les banques centrales sont entrées en action, elles ont calmé les appréhensions et rassuré au point que l’or par la suite a reflué.

Difficile de prévoir si cette fois la magie fonctionnera, si les banques centrales réussiront à calmer les craintes sur la solidité du système. Si elles réussissent, ce sera la nième fois.

Flou, voire creux

Le gouverneur de la Réserve fédérale Lael Brainard a attisé certaines de ces craintes en soulevant la question de l’utilisation par la Fed d’une « moyenne d’inflation flexible ».

Si on comprend ce que Brainard veut dire, cela permettrait à la banque centrale de maintenir l’inflation au-dessus de l’objectif des 2% de manière à atteindre une moyenne sur une période prolongée. Ce serait un moyen de doper les anticipations inflationnistes en faisant croire que l’on n’interviendra pas pour calmer un dépassement des objectifs d’inflation anciennement fixés à 2% Hmm, hmm !

Disons donc que l’on accepterait que l’on sorte du Goldilocks, c’est-à-dire du « ni trop chaud ni trop froid », pour entrer dans « le trop chaud plus longtemps ».

Selon Brainard, « cette approche aidera à ramener les anticipations d’inflation à notre objectif de 2%, ce qui est essentiel pour préserver l’espace de la politique conventionnelle ».

Tout cela me semble flou et même creux. Que vient faire là-dedans la notion d’espace de la politique conventionnelle ? Est-ce que cela veut dire que l’on élargit cet espace ? C’est une évidence, bien sûr, mais cela n’apporte rien comme formulation.

Et puis à quoi servent des objectifs d’inflation plus élevés si on ne parvient même pas à atteindre les objectifs inférieurs. Enfin, quid du risque qu’il y a à laisser le génie sortir de la bouteille ?

Le prix de l’or est-il correct ?

Si Brainard a raison et que les anticipations d’inflation se modifient au point que l’on aille vers un taux, mettons de 3%, les obligations américaines sont un bien mauvais refuge ! On ne va pas acheter de la dette américaine avec un rendement réel négatif pour longtemps… Ce n’est pas une stratégie d’investissement ; surtout avec des déficits budgétaires de près de 5% qui font risquer la révulsion.

Des déclarations diafoiriques comme celles-ci me montrent que les apprentis sorciers sont perdus et qu’ils pataugent. Le réel leur échappe, ils n’ont pas d’outil qui leur donne prise sur lui… sauf par la magie de la stimulation des perceptions, des espoirs et des fameuses, fumeuses anticipations.

Comme l’a dit le président Jerome Powell à propos de la solvabilité ultime de la BCE, « ils ont une presse à imprimer ». C’est une évidence mais également un terrible aveu : ils n’ont rien d‘autre que la presse à imprimer, que la planche à billets qui imprime du vent et de l’esprit de jeu – lesquels, conjugués, gonflent des bulles et rien d‘autre.

Le monde n’a pas besoin de monnaie supplémentaire pour ses besoins réels. Il n’a besoin de monnaie supplémentaire que pour… financer et stabiliser les menées spéculatives d’une communauté accro au jeu et à l’enrichissement fictif.

C’est ce que vient de démontrer l’épisode des repo. Les politiques monétaires ne peuvent plus sortir d’un cercle qu’elles ont caressé au point qu’il est devenu vicieux.

Si la presse à imprimer est la réponse, la hausse des prix de l’or est correcte.

Elle ne sera que temporaire, cependant.

Elle ne durera que le temps que la communauté spéculative se fasse un jugement sur l’efficacité des actions des banques centrales ; sitôt que les risques d’incendie s’atténueront, l’or redescendra.

Le ratio or/silver pointe vers les plus hauts ce qui indique une montée des craintes de reécession.

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[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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