Editorial. De tous temps l’homme a voulu se prendre pour Dieu.

De tous temps l’homme a voulu se prendre pour Dieu.

De tous temps il y a eu des naifs pour croire que cela était possible et donner le pouvoir et leur confiance aux escrocs qui en profitaient.

La politique et la doctrine monétaire modernes sont promethéenne dans leur essence, elles prétendent faitre disparaitre la rareté et les limites  qui sont notre condition par leur  transfert dans des promesses qui se réaliseront à l’avenir.

Le mythe de Prométhée nous accompagne dans la longue marche de l’humanité vers sa destruction. L’idéologie moderniste est la concrétisation même pas allégorique de la prétention promethéenne.

Je le répète et l’expose depuis  les années 80,  la finance contemporaine semble miraculeuse tant qu’elle peut se développer et  prospérer. Vous connaissez mon image de la bicyclette qui tient en équilibre tant qu’elle roule mais  chute à l’arrêt.

La finance contemporaine  c’est cela, dans son essence, cela dure tant que cela dure…

Il faut que tout marche à la perfection, pour qu’elle puisse se reproduire.

Il ne faut pas de chocs, pas de grain de sable, pas de  déception: toujours il faut « délivrer » « deliver » au sens américain, car dans le monde de la finance contemporaine, un monde théorique, tout est pricé , valorisé pour la perfection.

Dans le monde de la finance contemporaine il n’y a pas de place pour la vie, pour l’humain ou pour  les aléas.

Même le risque et les incertitudes sont rejetés , ils sont calculés, non pas en fonction du réel et de la vie mais en fonction des théories statistiques et des modèles fondés sur la théorie des anticipations rationnelles. Mervyn King ancien gouverneur intelligent de la Banque d’Angleterre vient de publier un ouvrage pour le déplorer.

La «monnaie» est au centre de l’oeuvre prométhéenne, c’est l’outil magique, le fếtiche central. Elle est le point de convergence  de toutes les ignorances et de toutes les tromperies.

La monnaie, les liquidités nouvelles sont créées par le crédit, par le processus de financement de l’activité économique mais aussi et de plus en plus par le financement de la détention spéculative d’actifs financiers.

Le crédit nouveau lié aux valeurs mobilières alimente l’inflation des prix des actifs, la hausse des indices boursiers et donc  la spéculation auto-renforçante qui fabrique des  bulles de plus en plus plus puissantes.

La banque centrale en alimentant la communauté spéculative en liquidités par ses achats de titres, (QE, repos)  et les baisses de taux est au centre de ce processus auto-renforçant.

Il est important de noter que la croissance du crédit associée à la spéculation mondiale sur les titres et sur les dérivés s’est développée au point de devenir la source marginale de liquidité sur les marchés financiers internationaux.

La folle croissance du crédit. Les marchés du crédit américains sont passés de 2 trillions  de dollars en 2008 à 7 trillions  aujourd’hui. Tous tirés par le credit d efaible qualité, beaucoup plus de papier BBB et single-A en circulation. BBB va  devenir junk  si l’économie entre  en récession.

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Cela a condamné les autorités à maintenir coûte que coûte et l’expression est bien choisie, à maintenir l’appétit spéculatif que l’on nomme pour ne pas effrayer, le risk-on.

Le risk-on est devenu une nécessité et le risk-on c’est l’appellation politiquement corecte de l’esprit de jeu. Le système ne peut plus sortir de la sphère de la spéculation.

La spéculation n’est pas une anomalie, c’est la règle, la règle de fonctionnement du système monétaire contemporain c’est l’équivalent du feu que vous devez entretenir sous la montgolfière.

Le carburant ce sont les liquidités bien sur et le processus de mise à feu du carburant c’est le leverage, le recours au levier c’est dire à l’endettement pour financer la spéculation.

La spéculation a besoin de liquidités mais elle crée les liquidités, la liquidité, voila ce que vous devez comprendre.

Après avoir ignoré dans un premier temps le processus décrit ci dessus, c’est à dire  le rôle croissant de la spéculation, les banques centrales ont compris et elles se sont adaptées, afin de nourrir puis de promouvoir activement la spéculation financière.

C’est ce que je vous décris régulièrement sous le nom de « régulation par les bulles », je suis le seul à avoir compris et expliqué  que c’était devenu une technique et que cette technique avait remplacé la régulation traditionnelle par le cycle du crédit.

Le risque aujourd’hui est que cette bulle, ce « tout en bulles »  peu maniable, peu docile,  se gonfle au-delà de la capacité de contrôle de la banque centrale.

Les bulles et les manies qui en résultent prennent leur propre vie propre et comme je l’explique elles ont leurs combinatoires, leurs mutations, bref elles vivent..

L’entreprise  promethéenne ne peut cependant pas échapper aux réalités: les fragilités se développent avec le temps et surtout les bulles ne fonctionnent pas à l’envers. Les bulles ne suivent qu’un seul chemin, il n’y a qu’un sens , le sens unique du gonflement.

Le chemin peut être plus ou moins long, cela dépend du rythme de la pompe monétaire, cela dépend du hasard et cela dépend aussi de l’intelligence des hommes, de l’efffet d’apprentissage, de leur capacité à prendre conscience du système dans lequel ils vivent; tant que le système n’est pas compris cela peut durer, mais quand il est de notoriété quasi publique c’est le commencement de la fin.

L’effondrement devient inévitable, toute dynamique sérieuse de réduction des risques / désendettement entraîne une contraction en chaine de la liquidité des marchés, puis un gonflement  des primes de risque, puis l’illiquidité, puis la panique et enfin la dislocation.

C’est dans cet engrenage que nous  sommes aujourd’hui.

En Prime

« There is one cause, and only one cause, of all panics and depressions in the economic world. That cause is debt. Credit is debt. » – Freeman Tilden

« Il y a une cause, et une seule cause, de toutes les paniques et dépressions dans le monde économique. Cette cause est la dette. Le crédit est la dette. » – Freeman Tilden

2 réflexions sur “Editorial. De tous temps l’homme a voulu se prendre pour Dieu.

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