Editorial. L’illusion d’un monde sans rupture. L’illusion de la fin de l’Histoire.

Les élites ont une vision du monde qui est à l’origine de toutes leurs erreurs c’est à dire à l’origine de toutes les catastrophes qu’elles causent.

Elles croient que le monde est continu, qu’il est dérivable comme on dit en mathématiques, qu’il n’y a pas de rupture et que le long terme n’existe pas, ce n’est qu’une succession de courts termes. C’est la thèse de la fin de l’Histoire.

Cette vision du monde est imposée par l’idéologie qui cherche à masquer la réalité du système capitaliste; c’est un système qui a des limites, mais pour qu’il dure il faut prétendre il n’en a pas.

Ce système , magré sa souplesse et ses capacités d’adaptation a des limites , il bute sur ses limites intrinsèques  qui sont imposées par l’accumulation perpétuelle du capital et des dettes. 

La doctrine des détenteurs du pouvoir est qu’il n’y a que des chocs temporaires et que l’on peut remédier à tous les chocs en créant de la monnaie et du crédit.

Hélas dans un monde globalisé et donc de forte concurrence il n’y a pas d’inflation ce qui fait que les stocks de capital et de dettes ne se dévalorisent, ils ne s’autodétruisent plus,  plus comme dans le passé. Peu à peu ils forment des montagnes. 

Si vous assimilez  ceci, vous comprenez tout ce que j’écris et les conclusions que j’en tire.

Rédigé par
Bruno Bertez
6 mars 2020

La Fed a abaissé ses taux mardi – mais ce n’est pas cela qui compte. Désormais, les marchés tournent sur les anticipations, les espoirs… et les illusions.

La Fed a modifié ses taux mardi dernier pour quatre raisons évidentes :

– répondre aux demandes du public, des marchés et du pouvoir politique avec l’espoir de soutenir une relative confiance dans les pouvoirs des autorités monétaires ;

– empêcher les conditions financières de se resserrer, essayer de maintenir la liquidité et le crédit, soutenir la richesse fictive et empêcher les tuyaux de la plomberie de se boucher ;

– essayer de soutenir la demande, maintenir les échanges économiques, lutter contre la rétention et la frilosité ;

– s’opposer au renchérissement du dollar qui aurait pu intervenir si la situation américaine semblait meilleure relativement à la situation du reste du monde – la hausse du dollar-refuge aurait raréfié le dollar, désolvabilisé les débiteurs et bloqué les agents économiques étrangers endettés en dollars. C’est le troisième mandat de la Fed que celui d’empêcher le monde de s’écrouler par manque de dollars.

Pour ces quatre raisons, la Fed sera condamnée à baisser à nouveau les taux dans un avenir proche : la baisse appelle la baisse.

En effet ce n’est pas le niveau des taux qui importe : ils sont déjà très bas et sans effet réel. Ce qui compte c’est le mouvement de baisse et son anticipation.

Ce qui est effectif et utile dans les baisses de taux, ce ne sont pas les baisses mais les mouvements de baisse et les espoirs de baisse.

Le niveau absolu des taux est tellement bas que plus rien ne fait la différence.

On attend l’ouverture de la porte

Pour prendre une comparaison : l’important n’est pas qu’une porte soit ouverte, non, l’important, c’est l’attente de son mouvement d‘ouverture.

Les fonctions utiles se situent dans l’univers des anticipations et des perceptions, pas dans l’univers des réalités.

C’est ce qui arrive quand on a abandonné la gestion aux « esprits animaux »ou si on veut l’esprit de jeu : ce sont eux qui prennent le contrôle, le réel passe au second plan.

La violence des mouvements boursiers exprime la vérité de ce que je dis. Il s’agit de mouvements liés aux esprits animaux, de sur-réactions – mais les sur-réactions, dans un monde transitif et réflexif d’auto-réalisation, sont déterminantes.

Il y a longtemps que je prétends que la Fed est « dans la seringue » et qu’elle a perdu le contrôle, au sens où elle s’est mise dans un engrenage. Je le dis depuis 2009.

Tout ce qu’elle fait est dicté. La Fed ne s’autorise en aucun cas à agir d’elle-même, elle obéit, elle est otage, ses actions sont dictées par la situation, par le mouvement qui a été lancé lors de la crise de 2008. Les excès demandent toujours plus d’excès… sauf à accepter le choc et le chaos, ce que la Fed ne peut statutairement accepter. C’est marche ou crève, et les élites ne se font jamais seppuku.

Où va-t-on ? Personne ne sait, c’est l’Aventure, le continent inexploré, sans mémoire, sans expérience, sans carte et sans boussole : on improvise au jour le jour. C’est le Titanic qui essaie d’optimiser au milieu des écueils.

Toute la conduite des affaires est fondée sur une approximation et sur une négation de la réalité : la réalité du monde est fractale, elle est faite de ruptures. Elle est, comme on dit en mathématiques, non dérivable.  

Or toutes les théories des universitaires – les mercenaires des élites –, toutes ces théories postulent pour simplifier que tout est dérivable, qu’il n’y a jamais de discontinuité et que par conséquent, si on a pu traiter le choc N-1, on peut traiter le choc N et le choc N+1, et ainsi de suite.

En gros, la thèse qui va nous mener à la catastrophe c’est : le long terme n’existe pas, le monde n’est qu’une succession de courts termes que l’on peut toujours optimiser. En France c’est VGE qui le premier a gouverné en fonction de cette théorie.

En passant, j’en profite pour vous indiquer que c’est ainsi que nous irons à la guerre, parce que quelqu’un aura fait un pas de trop, un pas qui provoquera une rupture, un pas qui provoquera une réaction non dérivable.

ainsi la décision des russes et des saoudiens de ne aps s’accorder sur une réductiond ela production est peut etre une rupture; ils ont fait sauter un invariant. mais attention nous sommes encore dans le reversible.

C’est un monde imaginaire que celui que nous habitons, un monde qui est dominé par l’illusion de puissance sans limite, l’illusion de continuité, sans effet de rupture, sans effet de stock, sans effet de tout ou rien.

Les vérites de la Sagesse des Nations exprimées par « la goutte qui fait déborder le vase » , ou « le fétu de paille qui brise le dos du chameau » sont niées par les élites et leurs mercenaires.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “Editorial. L’illusion d’un monde sans rupture. L’illusion de la fin de l’Histoire.

  1. Comme vous le répétez souvent, la dette c’est du capital et la dette des uns fait le capital des autres. Il y a une différence temporelle, les titres de créance sont du capital-promesse qu’il faudra réaliser, mais il n’y a pas de différence d’essence.

    Ainsi les banques centrales qui facilitent le crédit, finalement sont pratiquement dans la création monétaire. Quand et si elles créeront directement de l’argent pour acheter des actions ou faire de l’hélicopter money, elles resteront dans le même type d’action mais à échéance zéro.

    Pour passer de la créance au capital, il y a plusieurs façons:

    – 1) les profits générés par l’économie réelle pour rembourser les emprunts
    – 2) l’inflation
    – 3) la création monétaire directe

    Le choc déflationniste sur le pétrole nous éloigne encore de la réconciliation et devrait déstabiliser le système. En effet plus le ratio dette/(capital+dette) est important, plus la charge sur le système est forte; la réponse des autorités, qui ne savent pas stimuler les points 1 ou 2 ci dessus (profits ou inflation réelle), se concentre sur le point 3). Mais ils le font pour le moment en facilitant la création de quasi-monnaie, de dette, ce qui renforce le problème combattu! ces flux d’argent se logent dans la finance et la spéculation.

    Logiquement il ne restera que 2 solutions, folie ou lâcheté:

    – nous en viendrons à la création monétaire directe
    – nous laisserons la nature faire qui procédera au rééquilibrage capital-dette-production réelle de profit, par la dévalorisation du capital et des dettes

    Une troisième option courageuse, un jubilé sur les dettes, je n’y crois pas vraiment

    En espérant vous avoir compris

    bien à vous

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    1. Oui.

      Pour améliorer la compréhension je reprécise un point qui est occulté dans nos systèmes.

      Il n’existe à l’echelle du système complet, de richesse que produite par le travail, rien ne tombe du ciel.

      Même les matières premieres ne constituent une richesse que lorsqu’elles sont extraites par le travail..

      Donc toute richesse est le résulat, est le produit d’un travail quel qu’ils soit, manuel, intellectuel, encadrement, etc . C’est la somme de tous les travaux qui produit, qui forme la richesse.

      Meme une machine, un brevet, un processus de fabrication sont mis au point, sont des produits du travail.Ils ne prennent le nom de capital que lorsque quelqu’un les achète avec de l’argent . Ils prennent le nom de capital , ils donnent le droit de prelever une part de la richesse produite par le travail.

      Tout ceci pour vous faire toucher du doigt cette réalité cachée qui est que le capital c’est un rapport social, c’est le rapport qui institutionnalise le droit à prélever une partie de la richesse créée par le travail, si on est proprietaire.

      Le profit, le cash flow d’une entreprise c’est , et on le voit de plus en plus clairement , du travail non payé. .Cela n’est pas magique, quelque chose qui tombe du ciel.Il n’y a pas de richesse qui se crée en dormant il n’y a de richesse qu’en faisant travailler les autres.

      Ce droit cesse par exemple si on est nationalisé.

      Les dettes/créances sont un capital qui donnent droit à une part des profits comme le capital dit propre,. la différence n’est que statutaire: avec la dette la rémunération est fixe, tandis qu’avec le capital la rémunération est variable et risquée.
      l

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