A lire! Editorial: le plus important c’est ce que vous ne voyez pas, les coulisses.

La situation est grave, plus grave que vous ne pouvez l’imaginer.

La crise du virus a provoqué un blocage de la mécanique financière, la mise  en risk-off, la fuite devant le risque ont fait disparaitre la liquidité.

La liquidité c’est l’huile qui lubrifie la mécanique financière et économique mondiale.

Pour restaurer cette liquidité il faut appliquer le coûte que coûte, c’est à  dire fournir au système autant d’argent qu’il en a besoin.

Il faut baisser les taux, faire des « repos » illimités, procéder à des achats de titres, accorder des prêts directs, prêter des dollars au monde entier (swap) qui en manque et surtout restaurer le risk -on.

Si on ne restaure pas le risk-on, le gout du risque ou appétit pour le jeu, il faut tenez vous bien $12 trillions au système estime JP Morgan.  En considérant que l’on va réussir à stabiliser les bourses, rebondir  et calmer les inquietudes, j’arrive moi meme a un chiffre de $6 trillions. 

La panique du coronavirus secoue les marchés boursiers, avec de fortes baisses des principaux indices. C’est ce qui  attire l’attention du public.

Hélas ce n’est pas le plus important; le plus important c’est ce que l’on ne voit pas: la plomberie, le sous sol, les coulisses.

En coulisses, il existe des signes potentiellement plus inquiétants que le stress des bourses. Le colmatage de la plomberie est en cours. Il est temps d’intervenir, l’angoisse monte à des niveaux dangereux dans les canalisations vitales  du système financier.

Les banquiers, les gestionnaires, les hedge funds , les entreprises et les investisseurs individuels se précipitent pour s’approvisionner en liquidités et autres actifs considérés comme sûrs dans un ralentissement .

J’ai souvent expliqué ce phénomène et encore ce jour: quand la peur monte, le cash devient désirable par dessus tout, la demande de cash devient de plus en plus pressante et j’ai bien expliqué la terrible mécanique qui se met en branle . Baisser les taux ne suffit pas, car le prix de l’argent n’est pas déterminant on en veut, on veut le garder à tout prix. Ce qui compte ce sont les quantités.

Cette ruée soudaine, ce « run »  vers la sécurité fait des ravages sur les marchés des obligations, sur le marché des devises et sur celui des prêts à un degré qui n’a pas été observé depuis la crise financière d’il y a une douzaine d’années.

Aujourd’hui, comme en 2008, la principale préoccupation est la liquidité: la disponibilité immédiate de liquidités et d’autres instruments financiers facilement négociables – et pour cela il faut  des acheteurs et des vendeurs qui se sentent suffisamment en sécurité pour conclure des transactions.

Les investisseurs la semaine dernière ont eu du mal à acheter et vendre des bons du Trésor américain, c’est pourtant considéré comme le plus sûr de tous les actifs. C’est un événement très inhabituel pour l’ instrument financier le plus facilement négociable au monde.

Le financement en dollars américains, ce que l’on appelle le dollar funding dont je vous parle très souvent, le financement en la monnaie la plus échangée au monde, devient de plus en plus difficile à obtenir en dehors des États-Unis.

indicateurs de stress sur le financement en dollars , dollar funding

Reuters Graphic

Un autre signal alarmant est que les emprunteurs premium non américains sont prêts à payer pour accéder à des dollars, une jauge largement surveillée d’un éventuel resserrement de la trésorerie. Les spreads de swap euro-dollar ont atteint leur plus haut niveau depuis 2017, avant de baisser vendredi après que les banques centrales aient injecté plus de liquidités.

Dans le même temps, les swaps de devises – en particulier pour le Japon – crient à la  pénurie de dollars.

Une mesure de la santé du système bancaire clignote en jaune. Le spread Libor-OIS , qui indique le désir des banques de se prêter de l’argent, a bondi. On est maintenant de 76 points de base, contre environ 13 points de base le 21 février, avant le début de la crise des coronavirus . En 2008, il a culminé à environ 365 points de base.

Aux États-Unis, le coût des financements  que les entreprises utilisent pour effectuer leurs paies et satisfaire  les autres besoins de fonds de roulement augmentent déja pour les entreprises les moins bien notées.

Les primes, les spreads  que les investisseurs paient pour souscrire une assurance sur les obligations pourries-junks- augmentent.

Les banques se facturent davantage pour les prêts au jour le jour et les entreprises tirent sur leurs lignes de crédit, au cas où elles se tariraient plus tard.

La société de notation de crédit Moody’s prévient que les défauts de paiement des obligations émises par les  sociétés moins bien notées pourraient atteindre 9,7% de l’encours de la dette dans un «scénario pessimiste», contre une moyenne historique de 4,1%. Le taux de défaut a atteint 13,4% pendant la crise financière.

Le coût de l’assurance contre les défauts de paiement de la dette de mauvaise qualité  a bondi jeudi à son plus haut niveau aux États-Unis depuis 2011 et le plus élevé en Europe depuis 2012.

Ces signaux d’alarme commencent à brosser un tableau chaotique  pour les marchés et l’économie mondiale.

Francesco Papadia, qui a supervisé les opérations de marché de la Banque centrale européenne pendant la crise de la dette  il y a une décennie, a déclaré que sa plus grande crainte était que :

«l‘illiquidité des marchés, générée par une extrême incertitude et une réaction de panique» puisse «conduire au gel des marchés, ce qui est un événement qui mettrait toute  la vie économique en danger.  »

« Il ne me semble pas que nous y soyons déjà, mais nous pourrions y arriver rapidement », a déclaré Papadia.

Jusqu’à présent, les signaux d’alerte sont loin d’être aussi forts qu’ils l’étaient lors de la crise financière de 2008-2009 ou de la crise de la dette de 2011-2012 dans la zone euro.

Les décideurs  sont parfaitement conscients des faiblesses de la plomberie des marchés financiers. On ne l’a jamais dit mais en 2008, la crise ce n’était pas une crise des subprimes, c’était une crise de la plomberie qui a commencé à londres..Je déjeunait avec le plus gros intermédiaire financier suisse (Tradition) lorsque tout s’est bloqué, le déjeuner a été interrompu!

Ces derniers jours, les autorités  ont intensifié leur réponse.

Les banques centrales ont baissé les taux d’intérêt et injecté des milliards de dollars de liquidités dans le système bancaire.

Gonflement des repos

Cette semaine, la Réserve fédérale de New York, qui est le fer de lance des efforts de stabilisation du marché pour la banque centrale américaine, a offert 1,5 billions de dollars de prêts à court terme et a déclaré qu’elle commencerait à acheter une gamme plus large de titres du Trésor américain. Elle  a cité «des perturbations très inhabituelles sur le marché des titres du Trésor associés à l’épidémie de coronavirus».

Ce que je décris n’est pas isolé, les décideurs en  sont parfaitement conscients; ils savent que le point faible du système ce sont les  des faiblesses de la plomberie/tuyauterie  des marchés financiers.

Mon pari est que les autorités vont intervenir directement et efficacement, le rôle de fournisseur  de liquidités de dernier ressort est celui qu’elle connaissent le mieux, c’est leur vrai role.

C’est un des rares points sur lequel je leur fait confiance. Les banques centrales ont eu  l’expérience de 2008, elles savent  empêcher qu’une crise de financement ne se produise/développe.

J’évalue le bazooka necessaire à plus de 4 trillions … dans un premier temps.

Arroser, on sait le faire!

Je suis persuadé que tout est prêt pour lundi à la réouverture des marchés.

Par ailleurs en 2008, les banques avaient beaucoup moins de capital et surtout beaucoup moins de liquidités qu’aujourd’hui. Les TBTF s’attendent depuis longtemps à des journées comme celles que nous vivons je peux   vous le garantir.

Le vrai défi c’est l’intelligence et la coordination des interventions, il faut des actions très fortes, coordonnées et à de nombreux niveaux:

-accorder de la trésorerie directement à ceux qui en ont besoin pour éviter les ruptures dans la chaine du crédit, Mnuchin vient de le promettre.

-liquidités, dollar funding

-rétablir un marché ordonné sur les fonds d’état

-enpêcher une défaillance de contre-partie sur les dérivés

-venir au secours des petites entreprises

-mener une action d’endiguement de la progression du virus

-soutenir fiscalement la demande des consommateurs

-provoquer un choc psychologique pour relancer la machine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

.

 

 

 

 

4 réflexions sur “A lire! Editorial: le plus important c’est ce que vous ne voyez pas, les coulisses.

  1. Arrosage de liquidites et endiguement du virus doivent aller en parallele, autrement on arrosera du sable comme dit GROUICK plus haut,
    Le premier je pense qu’ ils peuvent le faire bien, mais le second !?

    J'aime

  2. les opérations géantes des banques centrales vont créer d’énormes réactions techniques, mais nous sommes entrés dans un vrai bear market qui finira avec des actifs risqués beaucoup plus bas et des taux longs beaucoup plus hauts.

    J'aime

    1. J’ai toujours beaucoup de mal à comprendre que l’on puisse émettre des avis péremptoires sur des choses aussi complexes et sur lesquelles il n’y a pas d’expérience historique. Le bon sens et la mesure commandent d’être pret à différentes éventualités mais pas de parier sur une issue ou sur une autre .

      J'aime

  3. Les banques centrales vont arroser du sable.Arrosez tous les canards boiteux du créditisme,cela ne fera qu’ affaiblir encore plus le système.L’économie s’arrete net.Les trafficottages boursiers de fin de séance de la FED sauvent les apparences.Les américains vivent dans une bulle globale imaginaire depuis trop longtemps:je m’attends a un véritable vent de panique chez eux face au virus.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s