Editorial. Dollar: la pièce manquante du dispositif de sauvetage. Le maillon faible international.

La ruée mondiale vers le « dollar » qui a touché le marché de  6,6 trillions de dollars par jour sur les changes a mis en évidence un élément clef manquant de l’architecture financière. Le role du dollar hors des USA, son role central dans le fonctionnement non seulement des échanges mais aussi des  marchés financiers et monétaires. Le dollar comme pilier central du refinancement, pilier du dollar funding.

Personne ne s’est préoccuppé du « dollar » comme nous l’écrivons, ce dollar qui est le sang/catalyseur  de l’activité mondiale sous ses formes eurodollars, asiadollar etc.

Les décideurs politiques et monétaires mondiaux n’ont jamais abordé cette question au lendemain de la crise de 2008. Ils ont oublié que la crise, la vraie pas celle des subprimes, celle de la finance a débuté hors des USA, à Londres quand les refinancements se sont bloqués et que le Libor a rendu l’ame .
La dépendance du système financier global à l’égard d’une seule monnaie clef s’est révélée être un amplificateur de chocs il y a plus d’une décennie.

Dépendance multiforme pour financer le commerce international, pour financer les deficits, pour financer les investissements, pour refinancer les banques en levier excessif, le shadow  etc …

Depuis lors, le rôle du billet vert a encore augmenté alors que les emprunteurs en dehors des États-Unis ont considerablement augmenté leur dette libellée en dollars.

Une énorme couche de stress s’est rajoutée sur les marchés.

Sans que les zozos des banques centrales s’en apercoivent!  Elles n’en ont pris conscience  qu’en janvier 2019 quand la question a été posée; est ce que l’on ne devrait pas rajouter un troisième mandat à la charte de la Fed; maintenir la stabilité internationale. Question vite oubliée bien sur, c’est cela le Group Think; on ne pense pas! On glose!

Le dollar fort et plus encore le dollar rare destabilisent tout l’édifice mondial : en mettant en difficulté les émergents et les autres européens , ils disloquent les flux mondiaux et par contre coup ils reviennent aux USA disloquer les marchés domestiques. C’est cela que Powell et encore moins le Mnuchin du Trésor et encore le Trump ne peuvent  comprendre.
« C’est précisément ce dont l’économie mondiale n’a pas besoin en ce moment« , a déclaré Alexander Wolf, responsable de la stratégie d’investissement pour l’Asie chez JPMorgan Private Bank et ancien diplomate américain en Chine, le monde ne peut supporter un dollar fort:

«Il resserre les conditions financières, rend le service de la dette en dollars plus cher et peut provoquer une inflation passagère au moment où cela n’est pas nécessaire

Comme cela se produit souvent lors d’épisodes de fluctuations extrêmes des devises, il y a  des spéculations sur quelque chose qui ressemblerait à l’Accord Plaza de 1985 qui visait à freiner un dollar en perdition. Les observateurs doutent de cette possibilité maintenant. Mais l’une des principales leçons à retenir de l’épisode actuel est peut-être qu’une monnaie importante, une monnaie pilier du système , se retrouve contestée : le yuan chinois.

L’instabilité gagne les devises:

Currency volatility leapt up from a record low in February

 

Le remède  en cas de pénurie  de dollars, le remède  que la Réserve fédérale a créé pendant la crise financière mondiale -les Swaps- a été appliqué à nouveau.  Jeudi, la Fed a élargi le groupe de ses correspondants béneéiciant de cette facilité , y compris certaines économies émergentes, mais pas à la Chine ou l’Inde.

Toute intervention pour affaiblir le dollar semble vouée à l’échec  au milieu de la tourmente actuelle sur le financement

Jeudi dernier , la livre sterling a enregistré sa plus forte baisse de huit jours depuis 1992, date à laquelle elle a été notoirement éjectée du mécanisme de taux de change européen.
Le dollar australien a atteint son plus bas niveau depuis 2002, subissant sa plus forte baisse de deux semaines depuis les suites de Lehman.
Le yen japonais, le franc suisse et l’or, qui gagnent généralement lorsque la peur s’empare des marchés – et ce jusqu’à récemment – ont baissé au cours des deux dernières semaines, car le dollar était le seul refuge

.
Le peso mexicain et la roupie indienne ont atteint des niveaux record. Le coréen a glissé de son maximum en dix ans jeudi.

« La flambée du dollar va renouveler les appels à une transition d’un système financier mondial centré sur le dollar vers un autre système moins dépendant « , a déclaré Eswar Prasad, qui dirigeait jadis l’équipe chinoise du Fonds monétaire international, et qui est maintenant à l’Université Cornell. «Mais la pandémie a également fracturé la coopération au sein de la gouvernance mondiale, ce qui rend plus difficile d’imagnier que le  G-20 puisse concevoir une alternative viable.»

 

Une tension  similaire sur le  dollar s’est produite en 2008, ce qui avait à l’époque  incité le chef de la banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, à demander la création d’une monnaie de réserve super-souveraine au début de l’année 2009. L’année suivante, les autorités sud-coréennes ont tenté de convaincre le Groupe des 20 envisager une architecture permanente du marché des changes pour remédier aux vulnérabilités.

Tout cela n’a servi a rien : avant même l’avènement de Trump, le gouvernement américain et la Réserve fédérale n’étaient préparés ni à un large engagement à fournir des dollars en cas d’urgence, ni à abandonner le dollar comme monnaie d’échange.

Ce n’est qu’à l’occasion d’une crise plus forte que les autres que les esprits changeront. Il faut d’abord que les américains comprennent les aspects techniques de la situation, qu’ils acceptent l’idée que la Fed n’est plus vraiemnt la banque centrale toute puissante qu’ils croient et qu’ils acceptent de considérer leur part de responsabilité dans les crises. Et  pour cela il faut d’abord que les USA se rendent compte « dans leur chair » des effets négatifs en retour des dislocations mondiales .

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Dollar appreciation came after calm in 2019

 

2 réflexions sur “Editorial. Dollar: la pièce manquante du dispositif de sauvetage. Le maillon faible international.

  1. TRUMP et ses conseillers l’ont compris puisqu’ils veulent des taux plus bas, et la FED le sait aussi puisque la déflation rend les taux réels supérieurs aux taux nominaux.
    Mais comme ils ont déjà tellement baissé , ils n’ont plus de marge .
    Nous sommes donc dans une des configurations prévues par WICKSELL , la pire de toutes!

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