Editorial. Crises, rien prévu, rien appris, rien compris, rien ne va changer.

Je lis un peu partout des prédictions à l’emporte pièces selon lesquelles plus rien ne sera désormais comme avant. Je pense  que les observateurs n’observent rien et qu’ils prennent leurs réactions primaires, leurs désirs pour des réalités.

Personne ne devrait s’attendre à ce que la pandémie modifie – et encore moins inverse – les tendances qui étaient évidentes avant la crise. Le néolibéralisme continuera de faire ses ravages, et la financiarisation va continuer de plus belle renforcée qu’elle sera par la masse considérable d’actifs financiers qu’il aura fallu créés lors de la crise.

Nous sommes dans des engrenages, pas question d’en sortir.

Les autocrates populistes deviendront encore plus autoritaires et plus primaires , les gauches continueront  leur  démagogie dépensières  et les droites resteront paralysées par leur dépendance à l’égard des milieux d’affaires.
Les crises se présentent sous deux variantes: celles pour lesquelles nous n’aurions pas pu nous préparer, car personne ne les avait anticipées, et celles pour lesquelles nous aurions dû être préparés, car elles étaient en fait attendues.

La crsie fiancière et celle du COVID-19 sont dans cette dernière catégorie, peu importe ce que Trump ou Macron disent dit pour éviter d’assumer leur responsabilité  dans  la catastrophe en cours.

Même si le coronavirus lui-même est nouveau et que le moment de l’épidémie actuelle n’aurait pas pu être prévu, les experts avaient bien prévenu qu’une pandémie de ce type était probable.

De même la crise financière qui menace tout l’édifice de fausses valeurs était inscrite dans les structures même de nos marchés, dans nos bilans,  previsible simplement pesonne n’a eu envie de s’y préparer.

Le SRAS, le MERS, le H1N1, le virus Ebola et d’autres épidémies ont pourtant fourni de nombreux avertissements. Il y a quinze ans, l’Organisation mondiale de la santé a révisé et amélioré son cadre mondial de réponse aux épidémies; elle a  essayé  de corriger les lacunes perçues dans la réponse mondiale rencontrée lors de l’épidémie de SRAS en 2003.

En 2016, la Banque mondiale a lancé un mécanisme de financement d’urgence en cas de pandémie pour fournir une assistance aux pays à faible revenu face aux crises sanitaires transfrontalières.

Tout le monde l’a oublié, tout le monde va même le nier: ils ont été prévenus. Comme l’a dit avec un culot monstre Macron: on ne peut prévoir ces chsoes avec 10 ans d’avance. Trump nie meme  l’existence des avertissements écrits qui lui ont été donnés par ses proches dès le 20 janvier.

Le plus flagrant, à peine quelques mois avant l’émergence de COVID-19 à Wuhan, en Chine, un rapport du gouvernement américain a mis en garde l’administration Trump sur la probabilité d’une pandémie à l’échelle de celle de  grippe il y a cent ans, qui a tué environ 50 millions de personnes dans le monde entier.

Tout comme la crise financière , le  COVID-19 était une crise qui devait se produire.

La réponse aux États-Unis et en Europe  a été particulièrement désastreuse.

Soucieux de préserver les économies, les gouvernements ont  minimisé la gravité de la crise pendant des semaines. Ils ont menti. Et ils continuent, ils pataugent.

Au moment où les infections et les hospitalisations ont commencé à monter en flèche, les pays se sont  retrouvé à court de kits de test, de masques, de respirateurs et des autres fournitures médicales. Que dire de la delocalisation à hauteur de plus de 80% de la fabrication de nos médicaments.

Les retards dans les tests et les verrouillages/confinements  ont également été coûteux en Europe; l’Italie, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni en payent un prix élevé.

Certains pays d’Asie de l’Est ont beaucoup mieux réagi. La Corée du Sud, Singapour et Hong Kong semblent avoir contrôlé la propagation de la maladie grâce à une combinaison de tests, de recherches et de politiques de quarantaine strictes.

Des contrastes intéressants sont également apparus au sein des pays.

Dans le nord de l’Italie, la Vénétie a fait beaucoup mieux que la Lombardie voisine, en grande partie grâce à des tests plus complets et à l’imposition plus tôt de restrictions de voyage.

Pour l’essentiel, la crise s’est déroulée d’une manière quasi conforme aux modèles, elle aurait pu être anticipée.

L’approche incompétente, maladroite  de Macron n’a eu d’égale que celle de Trump. Certainement pour les mêms raisons: le narcissisme, la surévaluation personnelle et l’autoritarisme sans partage .

Ce n’est pas un hasard si on retouve dans le même groupe des incompétents Jair Bolsonaro, au Brésil, tous ont minimisé les risques.

En sens inverse il n’est pas surprenant que les gouvernements aient réagi plus rapidement et plus efficacement là où ils jouissent encore d’une confiance importante du public, comme en Corée du Sud, à Singapour et à Taiwan.

La réponse de la Chine a été typiquement chinoise: suppression des informations sur la prévalence du virus, un degré élevé de contrôle social et une mobilisation massive de ressources une fois que la menace est devenue claire.

Mon sentiment est que chaque pays a réagi à la fois en fonction de ses particularités propres et en fonction de la personnalité de son dirigeant. Je soutiens même qu’à l’exception de Boris Johnson qui a fait amende honorable raisonnable , chacun s’est comporté comme la caricature de lui même.

Trump continue de mentir et de se vanter, Macron continue de raconter n’importe quoi avec aplomb sans avoir la moindre gêne face à  ses contradictions et reniements et Merkel a mis le paquet égoiste au service de son pays tout en envoyant balader les mendiants perpétuels des pays du sud.

Il n’y aura que très peu  de changements fondamentaux car les conditions du changement ne sont nulle part réunies. Il ne faut pas confondre les paroles verbales avec les forces susceptibles de modifer les équilibres. Les changements, ce ne sont pas dans les paroles qu’ils prennent corps, non c’est dans les conditions matérielles qui les rendent possibles.

Nous allons  assister à de gigantesques hommages du vice à la vertu, sans  traduction en actions concrètes . Tout va se jouer au niveau de la cosmétique et de la communication.

Le plus net  c’est en France ou Macron a choisi de poursuivre envers et contre tout sa politique austéritaire et son rééquilibrage des ressources en faveur des entreprises  et au détriment des menages/populations .  Il est prisonnier de son choix inital à savoir la priorité à l’offre et la « compliance » aux Traités.

il n’y a pas émergence de leaders crédibles , de force politique charismatique, il n’y a pas de changement dans les rapports de force sociaux ou politques et surtout les banques centrales seules véritables maitresses du jeu, enterinent le statu quo avec leur politique d’arrosage dont on voit bien que le seul but est de preserver l’ordre existant, fut il de plus en plus intenable.

Pour résumer, les forces de rappel  à l’identique vont jouer comme ce fut le cas  après la crise de 2009 et après la récession d’alors.

Rien appris, rien compris, rien remis en cause. On traitera tout cela comme un choc exogene! La faute à pas de chance .

Les deux  crises actuelles vont engendrer leur propre «biais de confirmation».

Nous allons en faire encore plus dans l’inflationnisme , la délitation monétaire et la répression financière et les inégalités.

Nous verrons probablement dans la débâcle de COVID-19 une confirmation de la necessité de controler les peuples, de réduire leurs libertés et surtout de les taxer.

L’excuse sera le renforcement des budgets de  quelques services publics .

La vision du monde imposée par les élites ne sera pas remise en  cause , au contraire elles auront le culot de dire que si nous avons eu des problèmes c’est parce que nous ne les  avons pas suffisamment écoutées!  Voyez ce que fait Macron avec l’aide de sa police et de ses médias: tout est de votre faute. .

Ceux qui veulent plus de services  publics  auront de nombreuses raisons de penser que la crise justifie leur croyance et ils réclameront des subsides. Ils auront quelques miettes.

Ceux qui veulent plus de gouvernance mondiale feront valoir qu’un régime international de santé publique plus fort aurait pu réduire les coûts de la pandémie.

On va aplatir la courbe du virus, et de toute façon elle se serait aplatie toute seule!

Mais il y a une courbe qui ne s’aplatira plus et c’est elle qui commande tout: la courbe de la dette.

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4 réflexions sur “Editorial. Crises, rien prévu, rien appris, rien compris, rien ne va changer.

  1. L’incurie des gouvernements est, au mieux, louche. Mon sentiment, peu étayé certes, est que pris par surprise, ceux-ci sont actuellement en attente. Pour l’instant ce sont les BC qui sont « au feu ». Macron, Trump, voire Merckel tentent de distraire l’attention, mais in fine, les conséquences étant globales, les dégâts auraient été massifs même en cas de prise de conscience moins tardive de leur part; y compris si masques, respirateurs et tests avaient été commandés.

    Rien à gagner donc, pour les politiques professionnels à la proactivité. Pas de plus-value pour la compétence, hélas.

    En revanche, avec un peuple brisé mentalement, une économie en ruine et une mémoire collective de poisson rouge bien balisée par les Calvi et autres Duhamel, les clowns aux commandes vont – plus que jamais -pouvoir promettre, cajoler, distribuer d’un côté tout en maniant la schlague de l’autre, au vu de l’évanouissement des contre-pouvoirs. Et (re)partant d’aussi bas, tout ce petit monde ne pourra que s’arroger les succès de la reconstruction.

    A tout bien réfléchir, pour Macron par exemple, c’est une autoroute pour la ré-élection.

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    1. C’est bien possible.

      Ce n’est pas parce que nos « élites » n’ont rien prévu, rien compris, rien appris que tout continuera à aller de l’avant indéfiniment.

      Encore plus avec des « élites » qui précisément ont été formatées pour
      – Ne surtout jamais rien prévoir parce que prévoir, c’est prendre ses dispositions pour qu’au fond, en cas de pépin, rien de grave ne se passe, donnant lieu à un faux sentiment de sécurité et l’impression que ces dispositions (avoir du stock, maintenir une solide base de production nationale, veiller à la sécurité des approvisionnements en ayant une chaîne logistique la plus courte possible,…) sont coûteuses et foncièrement inutiles, voire carrément nuisibles (comment organiser la mise en concurrence globale des travailleurs si on entend produire localement « quel qu’en soit le coût ? »)
      – Ne surtout jamais rien comprendre parce que comprendre, c’est la base de tout vrai apprentissage (sinon c’est du bourrage de crâne qui donne des « élites » qui s’accrochent aveuglément à leurs dogmes),
      – Ne surtout jamais rien apprendre de leurs erreurs, parce que cela serait ouvrir la voie à la compréhension des phénomènes en jeu. Comment peut-on compter sur des nations solides, résilientes, unies, solidaires quand on promeut tout le contraire jusqu’à l’absurde ?

      Et puis d’abord, quel avant ?

      Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, les ménages comme les entreprises ont cessé massivement d’honorer leurs obligations financières paiements de loyers ou remboursements d’emprunts alors que tout l’édifice financier s’était précisément construit là-dessus, sur ces montagnes de dettes titrisées. Ils ont tellement dilué le risque, ce qui était le principe même des subprime que le risque s’est infiltré absolument partout. Et avec la tempête baptisée Covid-19 qui vient de frapper (mais la France par exemple était déjà en récession au dernier trimestre 2020, et elle n’était pas la seule), ce risque généralisé vient de se matérialiser absolument partout.

      Au passage, Boeing a annoncé la semaine dernière un plan de départ volontaires ouvert à absolument tout son personnel, en expliquant que pour le transport aérien, le monde d’après n’aura plus rien à voir avec le monde d’avant. Est-ce que les dirigeants de Boeing espèrent la fin du transport aérien de masse comme ils se savaient condamnés pour s’être enferrés dans une impasse complète avec les Boeing 737 Max (et aussi les Boeing 787), ou est-ce que foutus pour foutus, ils peuvent se permettre le « luxe » de se montrer plus lucides qu’Airbus tout en mettant leur fin sur le dos du Covid-19 plutôt que leur propre impéritie ? Pour ma part, j’avais compris il y a déjà un an, au moment du deuxième crash d’un Boeing 737 Max et de l’immobilisation de l’ensemble de la flotte que cet appareil ne revolerait jamais de nouveau, et que donc, Boeing était condamné. Ils auront passé un an à tenter de repousser cette réalité, tenter de forcer la main des autorités de l’aviation civile, tenter de forcer la main de leurs compagnies clientes (ils ont été jusqu’à envisager de leur livrer des appareils toujours interdits de vol !), jusqu’au moment où fin 2019, ils ont annoncé l’arrêt complet de la production « pour une durée indéterminée ».

      Je conclurai là-dessus en soulignant que assez ironiquement, nous avons basculé progressivement d’un monde où le standard en matière d’emploi était le « contrat à durée indéterminée » qui était synonyme de stabilité voire de progression des revenus en même temps que de garantie de l’emploi à vie vers un monde où le standard est devenu ou était en passe de devenir le précariat généralisé avec des contrats journaliers (comme les contrats « zéro heure » au Royaume-Uni où les gens n’ont aucune garantie d’emploi mais sont tenus de se tenir disponible à chaque instant). Et pendant ce temps, nous avons vu se multiplier les pépins à échéance de retour à la normale « indéterminée », ce caractère indéterminé ayant pris le même sens que celui des anciens contrats à durée indéterminée.

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