L’autre contagion qui viendra de Chine

Rédigé par
Bruno Bertez
7 avril 2020

Endettement et finance spéculative sont trop attirants pour y résister… Partis des Etats-Unis, c’est désormais de la Chine que viendront les futurs problèmes. Ils transiteront par les Emergents . 

Le monde est submergé par la finance spéculative, comme nous l’avons vu hier. C’est cette finance qui constitue l’essentiel des actifs des institutions financières et le collatéral nécessaire à la liquidité mondiale.

Le monde a émis de la monnaie et des créances sur une pyramide de gages dont la valeur a été soufflée, gonflée par… la création monétaire ! On a monté la valeur des gages qui servaient à garantir… la monnaie par… la création monétaire.

On a découvert le mouvement perpétuel, ou si on veut l’Ourobouros.

On a utilisé la pompe à phynances du père Ubu-John Law et adossé les valeurs mondiales sur des actifs dont le prix est devenu « frivole ». Bullaire.

La finance spéculative est trop séduisante pour que l’on puisse y résister. Tout le monde, tous les pays ont succombé à ses délices.

La dette mondiale en 1981 était de 14 trillions de dollars. Depuis la demande de crédit a fortement augmenté.

La dette mondiale en 2020, c’est un montant stupéfiant de 265 trillions de dollars.

La dette a donc augmenté de 19 fois au cours des 39 dernières années et le coût de la dette est passé de 20% à quasi 0%

Ce n’est pas le crédit qui été demandé, c’est la dette, on s’est précipité pour preter encore plus que pour s’endetter, on s’est arraché les créances ! La demande de créance a augmenté encore plus vite que la demande de crédit.

Pourquoi?

Parce que les autorités, les fonctionnaires non élus ont créé des actifs monétaires qui ne rapportaient rien et que ceux qui ont reçu ces actifs monétaires s’en sont debarassé comme d’un Mistigri pour acqueirir quelque chose qui rapportait un peu!

Une demande élevée de crédit aurait dû conduire à des taux d’intérêt nettement plus élevés …mais cela ne s’est pas prodiuit car on a crée une course au rendement , une search for yield, qui  a enclenché un colossal appétit spéculatif.

Nous sommes dans l’épilogue des crises financières passées. C’est la raison pour laquelle j’insiste.

Réserves = dettes !

Après la terrible expérience des années 90, les économies émergentes ont considéré que la détention d’importants stocks de réserves en dollars était essentielle à la stabilité de leur monnaie et de leur système. Elles ont donc accumulé des réserves. Hélas, les réserves des uns sont symétriquement les dettes des autres !

Après avoir commencé en 2003 à 2 300 Mds$, le total des actifs de réserve internationaux détenus dans le monde a dépassé les 12 000 Mds$ en 2014. Je n’ai pas sous la main le chiffre actuel mais il est colossal. Au cours de cette période, les réserves chinoises sont passées de 300 millions de dollars à 4 000 milliards de dollars.

La demande continue de réserves en dollars a permis voire encouragé la progression persistante du déficit du commerce extérieur américain – et des déficits des comptes courants avec les déséquilibres nationaux et internationaux qui en découlent.

On a construit une gigantesque bulle de dettes et de promesses de payer américaines. On a déséquilibré tous les systèmes de production.

Toute discipline a disparu

Il n’existait plus aucun mécanisme de marché pour discipliner le surendettement et les dépenses des Etats-Unis… et le monde entier en a été contaminé.

La liquidité en dollars s’est déversée vers les marchés émergents : les entreprises naissantes y ont échangé leurs dollars contre de la monnaie locale, auprès de la banque centrale locale. Suite à quoi ces dollars étaient immédiatement recyclés en bons du Trésor, titres des agences et autres titres de créance américains. Un formidable marché financier s’est développé.

Une pyramide colossale de crédit et d’actifs financiers s’est construite à partir de cette base que constituaient les déficits américains accumulés et recyclés.

C’est tout un système économique et financier nouveau qui s’est construit à la suite de cette financiarisation des économies.

Ainsi, le manque de discipline du crédit et l’effondrement de l’épargne ont été fondamentaux pour la désindustrialisation des Etats-Unis et de tous les grands pays ex industrialisés : délocalisations, transition vers la consommation et les « services ».

Pourquoi produire, entre autres, des ventilateurs, des masques faciaux, des médicaments… alors qu’ils peuvent être achetés à bon marché en Chine ?

La Chine est au centre des problèmes futurs

Aucun pays n’a accumulé plus de dettes libellées en dollars que la Chine. Avec le trésor de ses réserves internationales, d’importants excédents commerciaux avec les Etats-Unis et une monnaie quasi-arrimée au dollar US, les entreprises et les institutions financières chinoises ont bénéficié d’un accès illimité à des financements en dollars bon marché.

Notamment les banques et les constructeurs immobiliers : ils sont désormais les maillons fragiles de la chaîne chinoise car ils ont accumulé d’énormes passifs libellés en dollars. Cette explosion de la dette accroît la vulnérabilité systémique à tout ce qui se passe en Chine.

Une dévaluation désordonnée du renminbi serait catastrophique pour le monde entier.

Mais la Chine a été contagieuse.

Au cours de cet incroyable cycle d’expansion, fondé sur la progression des déficits américains et les délocalisations, la Chine est devenue la banquière du monde. Elle a financé les économies « frontalières ». Le système bancaire chinois est devenu le roi des subprime souverains.

La Chine a, pour des raisons politiques et économiques, mis en place une opération massive de « financement captif » au profit des pays auparavant privés de financement et d’investissement. Elle est désormais confrontée à la perspective d’une baisse spectaculaire des commandes d’exportation de biens d’équipement et à des clients dépourvus de moyens pour payer leurs factures et honorer leurs dettes.

La Chine est au cœur de la crise de la finance et de la monnaie mondiale. La crise a englouti la « périphérie » autour de la Chine, les principales économies émergentes succombant désormais à une contagion d’illiquidité et de dislocation du marché.

A suivre…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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Une réflexion sur “L’autre contagion qui viendra de Chine

  1. bonjour Mr BERTEZ.
    Connaît on la part des crédits souverains accordés par la chine et qui sont « backés  » par la promesse du pays endettés de céder des concessions centenaires sur par exemple des gisements de matières premières ou sur des infrastructures ? je pose la question car ce sera peut être un moyen pour la chine de disposer des « comptoirs »commerciaux de pleine autorité voire des ports ou des bases de déploiements de ses forces pour protéger ses routes commerciales ? Il me semble en effet que c’est le genre de clauses qui ont été insérés dans ses deals avec certains pays d’Afrique et d’Amerique du sud.

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