Les dépêches vendredi matin, la nationalisation de la finance, un « liberalisme » encore plus pervers

[Bloomberg] U.S. Junk Bonds Rally Most in Two Decades With Fed Now a Buyer

La Fed a quasi nationalisé les marchés en achetant les véhicules de risque. Tel est le commentaire des observateurs.

 Je suis désolé d’avoir eu raison une fois de plus mais dans la voie qui a été choisie encore une fois -la fuite en avant dans la dette- il n’y avait pas d’autre solution.

La nationalisation de la chose financière va entrainer automatiquement le dirigisme et l’étatisme dans beaucoup de secteurs économiques, le monde pseudo liberal financiarisé pervers  de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits va se caricaturer lui même.

Le marché mondial est un tout, tout communique, tout est connecté et surtout tout est corrélé par le biais de l’arbitrage. Le capitalisme anglo saxon c’est le capitalisme d’arbitrage, le capitalisme qui ne produit pas mais tire parti des écarts entre les valeurs. L’argent dans ce capitalisme c’est du mercure , il coule sans que l’on puisse le contrôler. Il introduit des équivalences entre tous les actifs. Il unifie.

De proche en proche il faut finir par controler et soutenir tous les prix car si vous en controlez un seul, celui qui est à coté devient faux et il réclame lui aussi soutien.

La vérité que je ne cesse d’asséner et que tout le système de prix est devenu faux dans le monde depuis la financiarisation et que c’est cette vérité qui est en train de se réveler ; en 2008 la révélation a été déclenchée par l’immobilier, la crise a montré que les prix ne faisaient pas que monter,  ici c’est par le virus et il montre que le prix de tous les actifs peut chuter..Il suffit que le prix du risque, composante majeure des valeurs boursières redevienne normal.

Ce déclenchement des réaménagements  oblige à construire des echafaudages, des béquilles  et des barricades partout. De la même façon qu’avec les QE on a produit une modification radicale de la composition du portefeuille mondial, avec la destruction et les défaillances on subit un réamenagement d’ensemble de ce portefeuille.

La Fed va acheter le HY, le high yield, cela ne va rien changer à la solvabilité réelle des emprunteurs, mais cela soutient artificiellement l’édifice. Ce n’est en pratique pas tres différent d’acheter du HY ou d’acheter des actions. Dans les conceptions actuelles le HY et les équities sont fongibles.

Les marchés d’avant étaient pilotés, leur niveau d’ensemble concrétisé par les indices était fixé  par les taux administrés et les achats des banques centrales mais il restait un espace de liberté et d’efficacité par le biais des niveaux de risques. Il y avait encore un semblant, une apparence de fixation de prix. Ils étaient globalement tous faux, mais les relations  entre les différents prix pouvaient encore exprimer une petite logique; maintenant tout est nationalisé, rigged, il n’y a  plus de découverte des prix.

C’est la fusion du monétaire et du fiscal, la fusion de la Fed et du Trésor et on retrouve ce qui s’est passé au moment de Weimar!

L’unité organique du couple public que constitue la banque centrale et le gouvernement est ainsi exposée, le mythe s’est fracassé. Le couple que j’appelle le couple maudit s’est reformé , le subterfuge  de l’indépendance est tombé, ce que j’appelle aussi le Centre du système s’est fusionné. Non seulement la crise s’est rapprochée du coeur du système mais elle l’a forcé à se montrer pour ce qu’il est, un seul et même Centre qui en dernier ressort n’est adossé que sur le contribuable.

On n’a pas fini d’en tirer les conséquences. Il ne sert même plus à rien de faire des détours et des tourniquets pout monétiser la dette des gouvernements et la Banque d’Angleterre en a tiré la conclusion: elle monétise officiellement.

L’une des conséquences parmi les plus évidentes c’est que tout va devenir politique; pourquoi soutenir les uns et pas les autres? Et moi? Et moi? Les couples maudits seront   sommés d’assumer un leadership financier mais cela ne suffira pas. Restaurer la liquidité et masquer les insolvabilités, faire jouer les stabilisateurs automatiques n’y suffiront pas. Il faut nécessairement s’engager dans des politiques discrétionnaires plus concrètes.

Les achats de titres par les banques centrales vont considérablement augmenter pour absorber les surcroîts de dette publique. Le besoin d’acheter des titres d’entreprise, obligations comme cela se fait au Japon, n’est deja plus  une option
c’est fait . C’est pourquoi la Fed a monté une facilité de crédit sur ce marché avec la garantie du Trésor.
De son côté, après quelques hésitations, la BCE a dû affronter le durcissement des conditions de crédit et la baisse des actifs. Son conseil des gouverneurs a décidé de créer un programme d’achat d’urgence de 750milliards d’euros jusqu’à la fin de 2020.

Les achats de titres publics dans ce nouveau programme seront flexibles, contrairement au quantitative easing (QE) actuel, pour lutter
contre la fragmentation de la finance et les distorsions des prix du crédit.

Quant à la Banque du Japon, comme d’autres banques centrales asiatiques,
elle a l’habitude d’acheter directement des actions, mais aussi des ETF,
pour faire baisser les primes de risque et maintenir la stabilité financière.
Pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie, elle va
établir une nouvelle facilité afin de prêter directement aux entreprises sans
intérêts en prenant leur propre dette en collatéral.
Aux États-Unis, un compromis a été finalement trouvé au Congrès sur un
plan de sauvetage de 2000 milliards de dollars. Mais l’absence de système
public de protection sociale rend incertaine la manière dont il va être utilisé.

[FT] Eurozone countries strike emergency deal on coronavirus rescue

En Europe , un  accord qui porte sur 500 milliards de soutien économique a été trouvé jeudi .

Mais l’accord ne mentionne pas la création de « coronabonds », des obligations mutualisées qui permettraient de financer une relance de l’activité économique par de la dette commune – une mesure à laquelle l’Italie, la France et l’Espagne étaient favorables mais qui se heurtait à un non ferme de la part de l’Allemagne, pour qui il s’agit d’une ligne rouge, des Pays-Bas, de la Finlande et de l’Autriche.
La suspension des règles du Pacte de stabilité a été actée, la question de la charge ultime de la dette publique supplémentaire est en cours et bien sur la question des eurobonds a été posée.

L’Allemagne, de même que la France, a tapé du poing sur la table pour mettre fin à l’opposition des Pays-Bas sur l’accès aux lignes de crédit du Mécanisme européen de stabilité (MES), tandis que l’Italie a reçu l’assurance que l’Union ferait preuve de solidarité.

Il est seulement dit qu’il appartient aux chefs d’Etat et de gouvernement européens de décider si des « instruments financiers novateurs » doivent être utilisés.

Le ministre français de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré que l’Europe avait conclu le plus important plan économique de son histoire. Cela ne l’a pas empeché de déclarer : « il faudra faire des efforts pour reduire la dette de la France » . On a compris, ce qui a été laché par les pays du Nord , c’est en échange de l’austérité future!

« Tandis que Bruno Le Maire a dit jeudi que l’accord ouvrait la voie à de la dette commune, son homologue néerlandais Wopke Hoekstra a souligné le contraire.

« Nous sommes et resteront opposés aux ‘coronabonds’. Ce concept n’aidera ni l’Europe ni les Pays-Bas sur le long-terme », a dit le ministre néerlandais de l’Economie à l’issue des pourparlers.

Mario Centeno, qui présidait les discussions de jeudi consécutives à des débats pendant seize heures plus tôt dans la semaine, a déclaré que 100 milliards d’euros financeraient un programme de subventions afin que les entreprises réduisent les heures de travail mais ne suppriment pas d’emplois.

La Banque européenne d’investissement (BEI) va accroître de 200 milliards d’euros les prêts aux sociétés et le MES va mettre à disposition des gouvernements 240 milliards d’euros de crédits à bas coût, a-t-il ajouté.

Le plan adopté jeudi porterait l’ensemble des mesures adoptées par l’UE pour lutter contre les effets de la pandémie à 3.200 milliards d’euros.



Bloomberg sur l’accord avec l’Eurogroupe: politiquement, il est encourageant de voir un compromis. Pratiquement, la BCE continuera de faire la plupart du travail . Et les dettes restent nationales.


La réponse commune comprend un fonds commun d’assurance-chomage  d’une valeur de 100 milliards d’euros, un instrument de la Banque européenne d’investissement destiné à fournir 200 milliards d’euros de liquidités aux entreprises, ainsi que des lignes de crédit pouvant atteindre 240 milliards d’euros auprès du mécanisme européen de stabilité – l le fonds de sauvetage de la zone euro – pour soutenir les États alors qu’ils se lancent dans une augmentation  de dépenses pour aider les économies à se remettre sur pied.

Les ministres ont également convenu de travailler sur un fonds temporaire qui aiderait à stimuler  la reprise et à soutenir les pays les plus touchés tout en laissant ouverte la manière dont il serait financé. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré que le fonds pourrait être décidé dans les six prochains mois et pourrait atteindre 500 milliards d’euros.


 


[FT] Eurozone countries strike emergency deal on coronavirus rescue

[AP] Asian shares steady after Wall St caps best week since 1974

[Reuters] Dollar heads for weekly loss on Fed move, easing virus fears

[Reuters] China factory gate deflation deepens in March as coronavirus jolts economy

[Reuters] Saudi king, Trump, Putin review importance of cooperation between oil producing countries

[Reuters] Exclusive: U.S. banks prepare to seize energy assets as shale boom goes bust

[CNBC] Coronavirus live updates: South Korea reports 27 new cases; outbreak at Chicago’s largest jail

[Bloomberg] U.S. Junk Bonds Rally Most in Two Decades With Fed Now a Buyer

[Bloomberg] Foreign Central Banks Sell $21.7 Billion Treasuries This Month

[NYT] With $2.3 Trillion Injection, Fed’s  Plan Far Exceeds Its 2008 Rescue

[WSJ] Saudis, Russians Bury Differences, but Mexico Threatens Oil Deal

[FT] US is on course for a downward spiral of mortgage failures

[FT] Eurozone at risk of debt crisis worse than previous one

[FT] Eurozone countries strike emergency deal on coronavirus rescue 

3 réflexions sur “Les dépêches vendredi matin, la nationalisation de la finance, un « liberalisme » encore plus pervers

  1. « C’est la fusion du monétaire et du fiscal, la fusion de la Fed et du Trésor et on retrouve ce qui s’est passé au moment de Weimar! » L’engrenage est décidément implacable de Law à Weimar pour finir « made in USA »… et ses provinces U.ER.S.S.

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  2. « De proche en proche il faut finir par controler et soutenir tous les prix car si vous en controlez un seul, celui qui est à coté devient faux et il réclame lui aussi soutien »

    votre prospective éclaire le terrible engrenage…

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