Editorial: enfin vous allez comprendre l’engrenage infernal qui va vous broyer

Je suis un opposant avoué à la Grande  Expérience mondiale de la finance et de la monnaie sans entraves depuis le début des années 80!

Je n’ai jamais changé d’avis et je n’ai jamais douté de mon diagnosctic; tout cela finira mal et peut être même, finira  dans un bain de sang car la monnaie saine est au centre de la stabilité des sociétés. Malheur à ceux qui trompent le peuple sur la durée!

Nous vivons  une période unique de l’histoire monétaire et financière.

Jamais auparavant le monde n’a fonctionné sans avoir de limites en quantité ou en qualité à la production de monnaie et de crédit. La seule expérience comparable à celle que nous vivons est celle de john Law de Lauriston , mais elle n’a duré que trois ans.

Par définition, la production de monnaie et de crédit sans limite détruit la fonction « réserve de valeur » de la monnaie. C’est inhérent à la chose monétaire, c’est dialectique. Peu à peu la production de monnaie et de crédit anticipe sur la disposition de richesses futures, les promesses sont de plus en plus lointaines et colossales et un jour on ne peut plus les honorer. Peu importe le calendrier, personne, même Mephisto ne le connait pas! Mais il y a des signes qui se mettent au rouge quand on se rapproche du grand jour!

L’émission sans limite de monnaie et de crédit fait sauter/brise  le lien entre le monde réel, celui des richesses économique et sa représentation  qui est ce que l’on appelle son reflet monétaire. L’accumulation de monnaie est une accumulation de promesses , lesquelles peu à peu, en vertu d’un engrenage,  ne peuvent plus être tenues.

Certes si tout le monde garde la monnaie qu’il reçoit et ne l’utilise pas, vous pouvez avoir une illusion de stabilité temporaire, mais in fine dans l’histoire des hommes,  la monnaie finit toujours par partir à la recherche de ses contrevaleurs et alors le pot aux roses est découvert:  il y a trop de monnaie et pas assez de richesses.

Il faut que vous compreniez bien ce que signifie l’expression: il y a trop de monnaie et pas assez de richesse pour l’honorer.

Cette formulation signifie que par nécessité au fur et à mesure que vous créez trop de monnaie, vous faites monter le besoin de destruction de cette  monnaie excédentaire. C’est une nécessité logique à laquelle on peut échapper.

La progression sans limite des masses de monnaies produit dialectiquement le besoin de destruction . La monnaie sans limite comme je le dis souvent contient en germe sa propre mort comme le grain de blé contient la future gerbe. Il y a Nécessité.

C’est la structure cachée de cette monnaie libérée des limites.

Avant que le besoin de destruction ne se manifeste par la destruction effective, le système monétaire devient fragile, instable, vulnérable aux chocs et il doit sans cesse être bétonné, manipulé, on doit sans cesse lui offrir de nouvelles béquilles.

D’abord il faut savoir que l’argent excédentaire ne rapporte rien c’est un mistigri dont on veut se débarrasser, on ne veut pas le laisser dormir.

Afin de gagner un petit intérêt, afin de procurer une petite rémunération il est employé, il est transformé en prêts/dettes qui produsient intérêt ou en actions qui procurent dividendes et plus values. On dit que la monnaie devient alors quasi monnaie ou money like. Elle devient un actif monétaire. C’est ce que l’on appelle la concurrence des détenteurs de monnaie pour en avoir un  rendement, la search for yield. Cela fait monter en Bourse le prix des actifs financiers, on se les arrache pour avoir un peu de rendemnt dans un monde ou il y a trop de monnaie et qu’elle ne rapporte rien.

Nous sommes au beau milieu d’une de ces périodes, au cours de laquelle le pot aux roses de la non-valeur des promesses, de toutes les promesses  se révèle. On vend, on brade les promesses parce que l’on sait qu’elles sont de mauvaise qualité, entendez par là que l’on sait qu’elles sont mensongères. Ce que l’on vend d’abord ce sont les promesses les plus fragiles, les plus spéculatives, celles qui incluaient le plus d’illusions de gain. On vend d’abord les quasi monnaies, les money like, les actifs financiers parce que l’on sait très bien qu’ils sont comme on dit surévalués, ce qui signifie qu’ils ne pourront à l’avenir fournir tous les flux , les cash flows que les cours boursiers promettent.

Le système, la pŷramide  vacillent et les autorités fournissent à  toute vitesse les béquilles. Les béquilles consistent et c’est le paradoxe en  une nouvelle production considérable de promesses nouvelles destinées à compenser celles qui sont mortes, dévalorisées, envolées au paradis de la monnaie, de l’argent, du pognon.

Les béquilles fournies au marché financier s’analysent comme une stabilisation dans le temps: on veut que les promesses restent lointaines et que les detenteurs n’exigent pas tout de suite leurs contrevaleurs. Cela s’appelle maintenir l’esprit de jeu ou l’appétit pour le risque.

Et la fonction de béquilles tient à la promesse qui est implicitement faite; vous pouvez vendre, nous offrirons autant de cette monnaie nouvelle que vous détruirez d’ancienne et même  plus, donc vous n’avez pas besoin de vendre.

Le secret de la stabilisation est là. Dans la promesse: nous maintiendrons la masse de promesses nominales donc pas besoin de vous précipiter.  Cessez de demander de la monnaie en vendant vos actifs financiers, c’est à dire en vendant votre quasi monnaie; nous sommes là, nous en donneront autant qu’il est demandé.

En clair le besoin de destruction au lieu d’être satisfait est noyé, inondé, dissimulé par de nouvelles promesses.

De nouvelles promesses qui au lieu de réduire la masse totale de promesses dans le système, l’augmente et donc re-augmente le besoin de destruction future.

C’est l’impasse et la certitude de la crise .

La seule issue pour y échapper serait que la production de richesse réelles accélère, s’envole et rattape les promesses, mais hélas la masse de promesses constitue un boulet au pied des économies et au lieu d’accélérer elles ralentissent sans arrêt, structurellement. J’analyserais un jour en quoi consiste ce boulet et comment il fonctionne.

On peut dire aussi que la croissance de la masse de promesses implique leur dévalorisation douce, acceptée par les peuples. C’était la fonction ancienne de l’inflation des prix des biens et des services et des revenus, : détruire les traces du passé, effacer doucement en  continu le stock de dettes.  Hélas encore une fois la masse, le stock de dettes sont déflationnistes au lieu de faire monter l’inflation des prix, elle a tendance  à la faire baisser. J’expliquerai également un jour comment cela se passe .

En Prime document  de ces derniers jours:

David Wessel, directeur du Hutchins Center on Fiscal & Monetary Policy du Brookings Institute:

«La Fed a réduit ses taux d’intérêt à zéro – vous avez acheté des centaines de milliards de bons du Trésor et d’hypothèques; vous avez lancé une soupe alphabétique de programmes de prêt… Y a-t-il une limite à la quantité  d’argent la Fed peut créer – combien elle peut prêter – sans avoir d’effets secondaires indésirables – comme l’inflation ou les bulles des prix des actifs?

Powell: «Ces programmes que nous utilisons – en vertu de la loi, nous les faisons …, comme je l’ai mentionné dans mes remarques, avec le consentement du Secrétaire au Trésor et avec le soutien financier du Congrès par le biais du Trésor, et nous le faisons pour fournir du crédit aux ménages, aux entreprises, aux États et aux gouvernements locaux, selon les directives du Congrès.

Et nous utilisons ce filet de sécurité budgétaire pour absorber les pertes que nous avons. Et ce que nous avons fait, c’est chercher des endroits qui sont très importants pour l’économie réelle – des choses qui affectent vraiment la vie des gens et la production économique – et où le crédit à ces secteurs de l’économie s’est effondré…

C’est essentiellement ce que nous faisons .

Et nous pouvons continuer à faire cela aussi longtemps que ces besoins se feront sentir.

Notre capacité à le faire est vraiment limitée par la loi. Nous devons trouver des circonstances inhabituelles et urgentes. Le secrétaire au Trésor doit accepter. Et nous utilisons ce contexte budgétaire.

Mais il n’y a vraiment aucune limite à ce que nous pouvons faire, à part le fait qu’elle doit satisfaire au test de la loi telle que modifiée par Dodd Frank. »

 

 

6 réflexions sur “Editorial: enfin vous allez comprendre l’engrenage infernal qui va vous broyer

  1. Vous avez raison Monsieur Bertez, la lutte entre des forces antagonistes deflation-inflation sont exacerbées
    le problème du moment lutte contre la déflation -dépression et la politique inflationniste des banques centrales qui devient exponentielle et « achète » tout ce qui est insolvable = presque tout, à coup de trillions est un combat à mort
    La purge par la déflation de ce qui est pourri, pour repartir avec un système plus solide, comme vous l’avez souvent souligné, n’a plus été autorisé et est devenu insupportable dans une économie financialisée à outrance et basée sur l’expansion du crédit pour compenser la perte des profits , l’insuffisance de revenus pour consommer et acheter les biens financiers y compris l’immobilier ect..
    L’issue la plus proche pourrait être une augmentation de la stagflation car
    le supply chain mondiale est mise à mal
    et la volonté politique d’encourager les investissements nationaux (mais avec des partenariats public (les pertes) privé INTERNATIONAUX (les gains) et la concentration des méga-monopoles
    fera augmenter le cout des prix et services dans les secteurs concernés
    mais il y aura aussi un effet déflationniste car les revenus et les changements de la manière de consommer au sortir de la monstrueuse crise actuelle dans l’économie et la société vont augmenter la tendance lourde déflationniste due à l’endettement excessif qui augmente encore et la diminution des ressources/cash flow pour assurer le paiement des intérêts et en même temps assurer la croissance de l’économie
    Sans même parler du collatéral voulu et inévitable de la perte continuelle du pouvoir d’achat de la monnaie
    Tant que la vélocité de la monnaie n’augmentera pas fortement et brutalement l’inflation sera compensée par les pressions déflationnistes qui ont encore augmentées
    Ensuite le rattrapage par la prise de conscience généralisée de la perte de valeur de la monnaie et la perte de confiance dans les banques centrales et les gouvernements pourrait être une violente et rapide hausse de l’inflation incontrôlable.

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  2. « La seule issue pour y échapper serait que la production de richesse réelles accélère, s’envole et rattrape les promesses, mais hélas la masse de promesses constitue un boulet au pied des économies et au lieu d’accélérer elles ralentissent sans arrêt, structurellement. J’analyserais un jour en quoi consiste ce boulet et comment il fonctionne. »

    Il y a désormais 2 mondes distincts :
    -L’économie réelle qui s’essouffle,
    et
    -Les marchés financiers qui tournent sur eux-mêmes, se développent dans un mouvement d’expansionnisme sans fin.

    Cela implique de comprendre le(s) momentum(s) :
    -Ce qui va perdurer à court moyen terme,
    -Ce qui risque de sepruire à moyen long terme.

    L’hyper-inflation façon Weimar est improbable à court moyen terme, car :
    -Les populations ont vieilli (pyramide des âges à l’envers),
    -Tout a été construit / reconstruit, uniquement des investissements de renouvellement désormais,
    -La digitalisation / automatisation met la majorité hors circuit économique,
    -Les allocataires vont se multiplier,
    -La classe moyenne est noyée sous les emprunts immobiliers à 25 ans, les crédits conso, les impôts et taxes, le chômage, les petits boulots déconsidérés et mal payés,
    -La classe moyenne se réduit, elle prend peur, réduit son train de vie, ses appétits, jardinage et bricolage sont des lames de fond dont on ne parle pas sur BFM biznesse… on part moins en vacances en Thailande ou au Maroc.

    Tout ceci est déflationniste.
    La japonification du monde est à l’œuvre :
    -On inflate le monde du digital et des marchés financiers,
    tandis que
    -Le monde de l’économie réelle se paupérise.

    Stagflation est ce que les classes moyennes endurent depuis 30 ans.

    Hyper enrichissement est le quotidien des élites qui créent la valeur ajoutée, les nouveaux produits, les nouveaux services qui coûtent peu cher, sont produits à moindre frais (gains de productivité) et consommés en masse planétaire.

    D’où la décorélation croissante entre middle-class et upper-class.

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  3. Bonjour Mr Bertez,

    C’est un post très intéressant qui ne me surprend pas sur le fond. Je vais la faire court, je vous mets la citation d’Henry Ford sur le système bancaire que vous devez sans doute connaître, je le cite » si la population comprenait le système bancaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin »

    Moi, je suis également constant sur mon analyse, j’ai toujours dit que la limite du système est politique, pas politique au sens représentatif, mais au sens large du terme puisque je raisonne en masse.

    Le crédit illimité est notre paradigme tant que la masse y consentira quelque soient les crises traversées qu’elles soient de nature financières ou autres. Actuellement avec le coronavirus, nous en avons l’illustration avec les trillions de liquidités qui vont venir inonder les marchés.
    Es-ce que cela choque la masse? La réponse, vous la connaissez, c’est non. Les ménages, les corporate demandent encore plus d’état.

    Les inégalités d’une certaine manière sont socialement acceptées tant que l’on donne le minimum aux gens pour pouvoir se gaver en pornographie et Netflix. (Eh oui, les flux massifs de vue sur youtube sont sur ces canaux, c’est bien triste en cette période de confinement, alors que les gens devraient s’éduquer davantage).
    On l’a vu avec les gilets jaunes, les modérés sont restés chez eux, dès que le gouvernement leur a promis une simple hausse du Smic.

    Et tant que les dettes émises et financés par les QE vont massivement dans les obligations d’état pour permettre de financer leur fonctionnement, l’inflation n’est pas pour demain. Le budgétaire peut être éventuellement un élément à surveiller, mais attendez vous à une cure d’austérité sans précédent en contrepartie. Et pour légitimer tout ça, on viendra vous dire que l’état vous a évité la faillite professionnelle que ce soit au niveau entrepreunarial ou a financé votre chômage partiel voir total au niveau salarial

    Donc au final, cette cavalerie financière a encore de beaux jours devant elle. Cela fait d’ailleurs des décennies qu’elle vit dans son monde parallèle et je ne serais pas étonné de continuer à la voir prospérer même avec des fondamentaux aussi pourris

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    1. J’ai hesité à publier votre texte malgré sa qualité car je désapprouve que l’on donne des avis péremptoires qui peuvent influencer mon public.

      Je cite votre dernier paragraphe litigieux:

      « Donc au final, cette cavalerie financière a encore de beaux jours devant elle. Cela fait d’ailleurs des décennies qu’elle vit dans son monde parallèle et je ne serais pas étonné de continuer à la voir prospérer même avec des fondamentaux aussi pourris »

      Ce n’est pas une analsye c’est une opinion à l’emporte-piece qui n’est pas soutenue par une discussion sur ce qui va se passer économiquement et politiquement après les crises.

      Je m’en tiens prudemment à considérer que rien n’est joué, on peut aussi bien retomber en deflation que connaitre une accelération de l’inflation et mise en question de la monnaie.

      Le temps n’est pas continu et peut être que cette fois nous avons franchi la ligne rouge de l’aventure monétaire. Personne ne sait ni vous ni moi..

      La seule chose sur laquelle je m’avance c’est sur moyen terme 3 à 5 ans, car il y a de bonnes raisons pour que là nous n’ayons plus aucune munitions pour faire face au prochain ralentissement.

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