Editorial. Crise: on utilise maintenant l’exceptionnel comme méthode recurrente de gestion.

Rédigé par
Bruno Bertez
14 avril 2020

Nous l’avions dit en début de crise, et les faits nous donnent raison à ce jour : la « gestion par les bulles » mise en place par les autorités n’est pas remise en question.

Dès les premiers jours de la tourmente boursière, mi-mars, j’ai pris une position claire, tranchée et sans nuance : non, la bulle n’a pas éclaté, non, « le tout en bulle » n’est pas fini.

Ce n’était pas un pronostic, c’était un constat analytique.

J’ai pu le faire parce que j’ai depuis longtemps décortiqué les articulations organiques qui permettaient la gestion des crises par le remède de la fabrication de bulles.

La gestion par les bulles successives n’est pas un accident, non c’est une pratique maintenant bien institutionnalisée et tout à fait connue, même si le public n’en a pas pris conscience. C’est ma découverte faite il y a quelques années et c’est ce qui fait l’originalité de mes analyses.

Je pars de l’idée que les bulles font partie du système. Et c’est la raison si vous l’avez assimilé, c’est la raison pour laquelle contrairement à mes collègues  analystes alternatifs majoritaires je suis anti-armagedon, anti-cassandre, anti-catastrophistes.

Avant on régulait par le cycle du crédit des affaires et ceci s’appliquait aux cycles courts de 4 ans. Maintenant alors que nous sommes de l’autre coté du pic de la dérégulation, la régulation, -la maitrise des catasrophes serait plus adaptée- cette regulation se fait le biais du gonflement de la valeur des actifs: actifs patrimoniaux, actifs représentatifs de crédit . Les cycles sont des cycles patrimoniaux/effets de richesse. Plus longs , de l’ordre de 12/14 ans .

Cette sorte d’innovation de la régulation par les bulles n’a pas été consciente dès le début, avant on faisait de la prose sans le savoir, mais avec Greenspan et ses suiveurs, la technique est devenue consciente. A   mon sens, mais je peux me tromper, elle est devenue consciente vers la fin de l’année 1998.

La gestion par les bulles repose en dernière analyse sur l’idée que l’on peut maitriser leur éclatement grace à la découverte de Keynes qui est que quand les agents économiques ont peur , leur demande d’encaisses monétaires croit fortement. Si elle, la peur,  croit fortement alors on peut en émettre autant que l’on veut dans les crises.

Voila la  découverte . Autrement dit on peut résoudre tous les problèmes de solvabilité par des remèdes de liquidité.

La gestion par les bulles qui font monter la valeur fictive (monétaire)  du capital permet de s’exonérer partiellement et temporairement de la tendance à la baisse de la profitabilité et de la loi du matérialisme  dialectique marxiste de la baisse tendancielle du profit.

En passant il y a des gens qui disent et qui croient ce que disait Keynes à savoir qu’il était socialiste! Non c’est un contresens il suffit de lire Keynes et ses courriers  et on s’apercoit qu’il n’utilisait des remèdes socialisants que pour préserver l’ordre social capitaliste auquel il croyait plus qu’à tout autre.

Cette succession de bulles est un mode de gestion ; voilà ce qu’il faut assimiler.

L’issue fatale des bulles n’est pas dépendante de leur taille – il n’y a pas de limite. Non, l’issue des bulles repose sur son socle : la demande de bons du Trésor US et de fonds d’Etat de bonne qualité comme les Bunds allemands et les bons japonais.

Tant que la demande de monnaie restera forte – c’est-à-dire tant que l’inflation des prix et des revenus ne se manifestera pas, on pourra jouer aux « bulles ».

Pourquoi nous avons eu raison

Les marchés avaient chuté de plus de 20% ; des milliers de milliards étaient partis au paradis de la monnaie… mais j’ai tenu bon et j’ai pris la peine d’expliquer les points suivants :

1) La bulle mère de toutes les bulles, celle qui fait fonctionner le système des bulles, c’est la bulle des fonds d’Etat – et singulièrement celle des Treasuries américains. Si cette bulle tient bon, si elle résiste, alors on va s’en servir pour regonfler les autres. J’ai eu raison : la mécanique, la pompe a continué de fonctionner et c’est reparti.

2) L’état d’esprit bullaire – l’humeur bullaire qui est aussi importante que la mécanique – est resté inchangé : les opérateurs et investisseurs ont continué de raisonner en fonction du paradigme ancien du risk-on et du risk-off ; l’argent n’est pas sorti des marchés, il y est resté piégé.

3) Il n’y a aucun acteur « rogue » pour précipiter l’éclatement volontaire et cynique de la bulle et du « tout en bulle ». La Chine est dans la même situation que les Etats-Unis et elle a besoin de reflater, donc elle va jouer le jeu. C’est bien le cas. La concertation a fonctionné. Il n’y aucun Soros, à l’échelle mondiale, qui ait les reins assez solides pour en appeler du bluff des autorités.

4) La situation des émergents endettés en dollars est favorable à une demande élevée de dollars pour des raisons techniques. Par conséquent, il n’y a pas de doute ou de fuite sur le dollar – ce qui permet à la Fed d’en créer autant qu’elle le juge nécessaire. C’est un point essentiel, car pour regonfler la bulle il est nécessaire dans un premier temps que la demande de dollars soit forte.

5) L’ensemble européen est encore plus mal en point que les émergents, avec une désunion patente et mortifère – ce qui fait que la demande d’euros ne peut pas mettre en danger le dollar et faire ressortir sa fragilité.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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2 réflexions sur “Editorial. Crise: on utilise maintenant l’exceptionnel comme méthode recurrente de gestion.

  1. Si je vous comprends vous voyez une durabilité de l’économie financière bullaire et une force structurelle du dollar du fait des besoins de dollar des emergeants et de l’absence d’alternative du fait de la désunion européenne. Cette force du dollar étant l’élément stable sur lequel les bulles peuvent mener leurs vies (gonflement, degonflement…) sans pour autant éclater.
    Cependant le décalage avec l’economie reel devient de plus abyssale, peut-être est-ce devenu obsolète de vouloir trouver un rapport entre les 2?
    On pourrait être en très dure crise économie réelle avec une économie financière bullaire positive?
    Si c’est le cas il va falloir retourner à l’ecole.

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