Editorial:  Le blâme est justifié et il sera attribué.

La bataille contre le Covid-19 est terrible, c’est un ennemi implacable dans lequel les politiciens semblent toujours en retard et inefficaces.

Le coronavirus ne se soumet pas à l’habilieté de la communication et encore moins aux promesses, aux menaces ou aux  flatteries qui sont les armes habituelles des gouvernants.

Contrairement à l’économie, dans laquelle les actions et les résultats  sont séparées par des mois ou des années, le coronavirus expose les erreurs des dirigeants à une vitesse impitoyable. Quasi en temps réel.

Les peuples jugent sevèrement leurs décisions cela se voit dans les enquêtes qui suivent les annonces; et les taux d’approbation sont faibles. Pourtant il y a un paradoxe, c’est celui du réflexe légitimiste ou encore celui que les anglo saxons appellent le ralliement derrière le drapeau.

Dans les crises nationales – guerre, catastrophe naturelle, pandémie, attentats  – les gouvernants   voient  leur popularité augmenter. On a ainsi le paradoxe que les mesures de Macron sont critiquées par les 3/4 des gens, que 81% disent qu’il ment,  mais « en même temps » que plus de la moitié d’entre eux le soutiennent!

Pour ceux qui aspirent à diriger, une crise est vraiment une opportunité, ils bénéficient d’une sorte d’aura irrationnelle. Certainement héritée des temps ou la monarchie était de droit  et de nature divines.

Et tout cela se comprend. Les populations sont vulnérables, privées de droits et de capacités de réponses personnelles, elles sont infantilisées. Les dirigeants  dominent la couverture médiatique, ils mènent la résistance nationale; les voix de l’opposition sont étouffées, de peur qu’elles n’apparaissent comme anti nationales . Ainsi Macron a essayé de se poser en chef de guerre et de jouer son petit Clemenceau.

Les messages les plus positifs ne sont pas tournés vers l’avenir, mais vers le passé. Ils font appel à l’histoire, ils rappellent à leur peuple: «Nous avons survécu à pire avant.» Macron a été parmi les dirigeants nationaux les plus directs à déclarer « nous sommes en guerre ». Le langage et la posture  martiales sont omniprésents, avec l’appel implicite à l’héroïsme passé. Plus encore que l’héroisme, ce qui est sollicité c’est l’esprit de sacrifice. On joue sur les bons vieux ressorts fascistes du sacrifie à la Nation a une Idée ou a  un Chef.

Ces gains à court terme, cependant, sont une faible et fragile compensation pour les risques que la pandémie pose aux politiciens sur le  long terme.

 Les politiciens au pouvoir sont confrontés à une difficulté  fondamentale: comment expliquer la gravité du moment sans inculquer la désillusion dans leur leadership et, finalement alimenter  le désespoir public?

Comment appuyer « en même temps » sur le frein et l’accélérateur?

Pour le soutien de l’économie il faut lancer des messages rassurants qui minimisent les risques et les durées de la crise , il faut maintenir les dépenses privées ; pour les besoins du traitement de la propagation de la crise il faut dramatiser, confiner, voire terroriser! Les peuples ne parviennent pas à assimiler les messages dialectiques, ceux qui sont trop nuancés et surtout ceux qui sont évolutifs, les peuples fonctionnent en masse, c’est à dire en noir et blanc. Et en instantané.

Allez expliquer au public que la santé se situe malgré tout dans un cadre économique et financier, que tout, y compris la lutte contre la mort a un prix et que même si le public veut toujours plus de sécurité et de longévité, sa demande n’est pas soutenue par une acceptation d’impôts accrus. Il y a une économie de la santé, du troisième age et même du quatrième, bref la vie a un prix. En fait tout le monde le sait , mais il est tabou de le dire. La santé et la vieillesse  représentent une part considérable des budgets nationaux et une part qui galope!

Les « remèdes », en termes d’effondrement économique causé par l’isolement/confinement  d’une grande partie de la population, peuvent sembler et sont presque aussi graves que le virus lui-même.

Mais ils ne sont pas de même nature et ne sont pas perçus de la même façon, au même niveau. En fait il y a dissociation dans l’esprit du public; d’un coté il raisonne « santé » avec ses peurs et ses colères et de l’autre…  il ne raisonne pas . L’économie est opaque et il y a toujours le fameux mythe de l’argent qui tombe du ciel, de l’argent qui pousse sur les arbes, ce qui se résume par une immense demande de redistribuation. La demande de redistribution est justifié bien sur par les largesses astronomiques des banques centrales au profit de ceux qui sont perçus comme privilégiés depuis des décennies: les banques et ultra riches. Allez faire comprendre au peuple qu’en aidant les marchés financiers et les entreprises , on aide par contrecoup et indirectement tout lemonde!

Les contradictions et les antagonismes sont légions.

Ainsi le désir de raconter des histoires avec une fin heureuse est tellement ancré dans la parole politique et publicitaire que de nombreux politiciens ont trop longtemps minimisé les perspectives de contenir le virus: Trump avait prédit que la maladie   disparaîtrait miraculeusement avec le printemps , puis il a fait croire au remède miracle; mais il a récemment averti les Américains, qu’il y aurait beaucoup de morts.

Aprés avoir essayé d’inciter les Français à vivre normalement et à aller au théatre, Macron a décidé l’emprisonnement, le confinement massif. Il emprisonne d’un coté mais « en même temps » de l’autre il veut que le travail ne s’arrête pas. Il conseille la prudence et se promène avec un masque et « en même temps » il fait dire que cela ne sert à rien et il interdit d’en vendre.

Parmi les contradictions majeures, il y a celle qui se développe ces jours ci sous l’impulsion de Trump. Il veut jouer la carte du bouc émissaire et de la diversion.

Par l’intermédiaire de l’OTAN il fait pression sur ses alliés pour qu’ils emboitent le pas et stigmatisent la chine.

Les Chinois ont essayé de tirer parti de leur avance en aidant les pays nouvellement infectés, visiblement dans une recherche d’image positive, et Trump leur retourne une accusation grave: ils sont à l’origine de la propagation du virus.

C’est une guerre de communication désastreuse dans la mesure ou plus que jamais, la concertation, la coordination et les échanges sont nécessaires.

C’est une déclaration de guerre qui fracasse l’unité du front de la lutte contre le virus alors que l’on a besoin aussi bien du Fonds Monétaire International que de l’Office Mondial de la Santé.  Cette diversion est totalement contre-productive puisque la lutte contre les réinfections  doit être globale, mondiale pour avoir le maximum de chances de succès. Et c’est vrai aussi bien au plan, de la santé qu’au plan de l’économie car l’effondrement des économies émergentes va plomber les échanges internationaux et surtout accroitre l’insolvabilité réelle du système..

Les élites semblent naviguer à vue , c’est « ce soir on improvise ». Elles  optimisent au jour le jour, au gré des vents et des écueils: le moment est il vraiment bien choisi pour rallumer la flamme des théories du complot, pour faire croire à la guerre biologique? On peut en douter alors que le mal profond qui ronge nos sociétés c’est le doute, la peur, la désilluiosn sur le progrès et sur l’intelligence.

La déflation c’est la peur de l’avenir, c’est le contraire de la Nouvelle Frontière que l’on a envie de repousser, c’est une humeur morbide , un sentiment profond qui fait que l’on ne croit plus que l’avenir sera meilleur  que le passé et le présent. La déflation est un grand cycle de la psychologie des peuples et on l’entretient, on le prolonge. Courte vue pour des bénéfices politiques médiocres.

Le pire est à venir. Dans de nombreux pays, la réponse au virus sera, lorsqu’il sera finalement vaincu, soumise à enquête. Voire à procès contre les gouvernans et les administrations.

Les enquêtes indiqueront/prouveront que  de nombreuses erreurs ont été commises: incapacité à prévoir, incapacité à reconnaître la gravité du virus à temps, retard dans la protection de la population, pénuries d’équipements médicaux, même de base, pour faire face à son arrivée.

Que dire  des milliers de vies perdues inutilement , et que dire du gaspillage/sabotage économique qui en a résulté?

Que dire de la fragilisation redoublée de notre de système financier?

Le pire de tout sera peut-être le coût social et politique: les consensus nationaux déja très mal en point résisteront-ils aux chocs en cours:

  • discrédit des élites égoistes  obnubilées par l’argent
  • -mensonges, contre-verités et contradictions des gouvernants
  • politique de classe cynique
  • regain de paupérisation et de prédation fiscale post-crise
  • prise de conscience redoublée par les peuples qu’ils ne sont pas représentés.
  • destruction du peu de crédibilité qui restait aux corps intermédiaires, médias.

Le blâme est justifié et il sera attribué.

Les gouvernements au pouvoir à l’époque ne pourront pas tout esquiver. Macron le sait qui esquive déja en disant « ne me touchez pas, si vous me touchez; c’est le populisme ».



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