« S’annonce donc un État autoritaire, violent, liberticide, vertical, un État dressé contre sa population, contre les citoyens et leurs droits. »

Personne ne peut nier que la crise du Covid-19 ait produit un choc au niveau mondial. Cela est un fait aujourd’hui sanitaire et social qui va devenir économique, puis politique. Qui va tirer les marrons de ce feu là ? 

 

L’État français a commencé à tirer ces marrons en profitant de l’effet de sidération lié à la décision de confinement général et à la peur entretenue par des media qui diffusent des informations exclusivement consacrées à la pandémie, pour réaliser trois avancées, dans le domaine des libertés publiques, du droit du travail et de l’économie.

La décision de ce confinement général, imposée pour faire face à la saturation des moyens de réanimation disponibles, est une décision extraordinaire de privation des libertés publiques. L’obligation de fournir un ausweis rédigé, justifié et limité par soi-même est une invention géniale de la République Française, qui n’a pas de précédents.

On observera donc que le premier réflexe des dirigeants de l’État a été de déployer les méthodes les plus punitives, faisant pleuvoir les amendes, menaçant de prison, n’hésitant pas à culpabiliser les Français qui sortent dans les jardins publics, utilisant des drones pour les surveiller, les menacer par haut-parleurs, demain leur tirer dessus ?

L’État nous rappelle ainsi, pour nous protéger de nous-mêmes, qu’il constitue une machine administrative faite pour dominer sa population nationale, sur laquelle il peut agir à sa guise, sans qu’aucun contre-pouvoir ne puisse s’y opposer. Nous constatons aussi que les Français s’y sont soumis, presque sans rechigner, avec l’aide de forces de police professionnelles qui ont su adapter la répression aux circonstances.

Soyez certain que l’État a pris acte de ce pouvoir et qu’il s’en servira sans nul doute à l’avenir, c’est pourquoi il y a toutes les raisons de craindre que ces circonstances exceptionnelles ne soient un prétexte pour restreindre les libertés et accroître le contrôle sur les individus :

  • Aujourd’hui, tout rassemblement, toute manifestation, tout mouvement de grève ou de contestation et même toute assemblée générale n’est toléré et cela va durer.
  • Dans quelques semaines, il faudra un autre ausweis pour se sortir de France.
  • Dans quelques mois, il suffira d’intégrer au droit commun les règles dérogatoires de « l’état d’urgence sanitaire », avec l’accord assuré du Conseil Constitutionnel pour les pérenniser.

S’annonce donc un État autoritaire, violent, liberticide, vertical, un État dressé contre sa population, contre les citoyens et leurs droits.

En matière du droit du travail, cet État autoritaire, on l’a déjà oublié car même le temps du confinement passe vite, a immédiatement utilisé la crise du coronavirus pour mettre entre parenthèses un certain nombre de droits sociaux pour un temps indéterminé, au moyen de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19 ». Cette loi autorise l’exécutif à légiférer par ordonnance en de nombreux domaines, par le moyen de 43 ordonnances qui ont été votées en présence d’un personnel politique restreint.

Ces ordonnances se sont traduites immédiatement par de nombreuses dérogations portant sur la durée légale du travail, par la possibilité pour les employeurs de choisir les dates des RTT de leurs employés et d’imposer des congés selon leur bon vouloir, encore que l’État, sous la pression des partis d’opposition, ait dû accepter de faire entrer les syndicats dans la boucle, ce qui révèle clairement ses intentions.

Hier l’État a voulu diminuer les places dans les hopitaux, aujourd’hui il ne sait pas leur fournir des masques ou des tests coronavirus, mais il sait diminuer les congés des salariés, augmenter leur temps de travail et diminuer leurs droits au chômage. Cela nous fournit une piste pour notre avenir économique.

Des naifs s’interrogent pour savoir, à la suite de l’énorme endettement supplémentaire qui vient d’être acté sous nos yeux en quelques semaines, nous situant désormais au niveau des finances publiques italiennes dont nous nous moquions tant, si l’État va mener une politique de relance keynésienne ou une politique d’austérité.

Sans aucun doute, une politique d’austérité. Nous nous dirigeons tout droit vers un plan, que dis-je, neuf ou dix plans d’austérité successifs à la grecque, imposés par nos bons amis allemands, hollandais et scandinaves avec le soutien de nos excellents amis polonais ou tchèques. Il va nous falloir payer à la fois le magnifique cadeau du chômage partiel payé à 84% du salaire, le coût de la relance qui va suivre et le coût du soutien financier aux grandes entreprises, comme Air France ou Darty aujourd’hui, et des dizaines d’autres demain.

Certes, nous avons, très théoriquement, le choix : soit une politique keynésienne qui implique la fermeture financière du pays, avec, pour commencer, la sortie de l’Euro et pour finir l’exclusion de la France du marché financier mondial, soit l’Austérité avec un A, pour une durée indéfinie, le temps de payer nos dettes qui ne sont pas près de se réduire.

Quel est le lecteur de ces lignes qui croit à la première « solution » ? Je n’en fais pas partie, parce que je vois que le gouvernement français est un fervent adepte de la globalisation et parce qu’il dispose, grâce à l’effet de sidération, grâce à la peur qui s’est emparée de ses citoyens, la peur sanitaire aujourd’hui, la peur économique demain, la peur sociale après demain, la peur des émeutes enfin, de tous les pouvoirs pour agir à sa guise.

Au plan politique, en dehors d’un « changement » de Premier Ministre ou d’un referendum gadget, on peut imaginer à terme la défaite du Président actuel et l’arrivée d’un Président favorable à une politique keynésienne impliquant la sortie du pays de la globalisation.

Mais nous avons l’expérience de la Gréce : l’expérience de l’élection en 2015 du parti SYRISA sur un programme très hostile aux réformes proposées par les autorités européennes, l’expérience d’un referendum organisé par le gouvernement d’Aléxis Tsipras qui rejetta à plus de 61% les propositions des créanciers européens et l’expérience de ce meme gouvernement qui, huit jours après ce rejet par son peuple, accepta ces mêmes propositions qui sont encore appliquées aujourd’hui.  La France plus forte que la Grèce, demain, dans cinq ans, dans dix ans ?

L’avenir qui nous attend est un avenir grec. 

 

Il est intéressant d’observer, pour conclure, que notre propre gouvernement nous a plongé par son impéritie dans une crise qui va lui permettre de mener la politique d’austérité de ses rêves, réduisant salaires et retraites. C’est exactement ce que dénonçait en 2007 Naomi Klein dans  « La Stratégie du choc »*…

EXPLOITER LE CHOC DU COVID-19 

*La Stratégie du choc soutient que les désastres conduisent à des chocs psychologiques collectifs qui sont utilisés pour mettre en place des politiques qui n’auraient pas été acceptées dans d’autres circonstances.  

Dans ce livre, Naomi Klein s’efforce de montrer que le néolibéralisme  est construit autour de trois principes, la privatisation, la déréglementation et la réduction des dépenses sociales qui conduisent les États à démantèler les barrières commerciales, abandonner la propriété publique, réduire les impôts sur le capital, réduire les dépenses de santé et privatiser l’éducation.

La stratégie suivie par les États pour faire accepter à leurs citoyens des politiques économiques plus libérales et des programmes sociaux plus réduits qu’ils ne le souhaitent comprend deux étapes : tout d’abord, exploiter les crises pour faire avancer un programme qui ne survivrait jamais au processus démocratique des temps ordinaires. Ensuite, constituer une oligarchie dans laquelle les multinationales et les dirigeants politiques s’alignent pour promouvoir leurs intérêts aux dépens du public.

André Boyer



http://andreboyer.over-blog.com/2020/04/exploiter-le-choc-du-covid-19.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

 

 

4 réflexions sur “« S’annonce donc un État autoritaire, violent, liberticide, vertical, un État dressé contre sa population, contre les citoyens et leurs droits. »

  1. Très bon article, par contre vous êtes de plus en plus complotiste 🙂

    J’avais vu une vidéo expliquant ‘la stratégie du chaos’ il y a plus de 10 ans. Personne à l’époque n’y croyait, la théorie a pris son essor avec la tragédie grecque.
    Si on continu sur ce chemin, on peu penser que le FMI les banque centrale vont mettre en place les DST. La monnaie ne servant plus les intérêts des citoyens, mais l’intérêt des oligarques.
    On peu aussi penser que Bill Gates veux vacciner toute la population mondiale avec des puces pour les surveillés. L’alliance est elle philanthropique ??? https://id2020.org/alliance

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  2. Mais cela fait longtemps que nous sommes dans le Fascisme-Libreral , toutes les oppositions sont des marionnettes, qu’elles soient politique avec les parties ou syndicales, seulement maintenant il s’affiche, si Macron tombe le ‘systeme’ à pleins de ‘KAPO’ pour le remplacer, le ‘peuple’ ne veux et n’a toujours voulu que du Pain et des Jeux, la masse à toujours été ‘biberonez’ soit pour ‘la patrie’ , ‘la race’ , ‘le bien de l’humanité’ … ect … penser collectif pour le bien de tous sans mettre son intérêt personnel en avant, très peu de personnes en sont capables, vous aurez toujours une opposition, donc des guerres … penser le monde dans sa globalité et trouver un équilibre entre tous les ‘peuple’ , ‘race’ , ‘culture’ … ect … demande un effort puissant et d’avoir une puissance que tous redoute, donc cela revient à ‘imposser’ en douceur cette vision du monde … utopie utopie … le pourrai être merveilleux mais les humains le peuple

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  3. Ce type oubli que le Karma est toujours au coin de la rue …
    Bonjour, Ce fut l’un des premiers bouquins que j’ai lus lorsque j’ai fait passe ma TV par la fenêtre ! Ce chef d’œuvre a complétement transformé ma façon de voir les choses !

    Milton FRIEDMAN et les Chicago boys aux méthodes de Cow-Boys [bourrins] chères à l’oncle SAM sont parfaitement décrites, ligne après ligne, paragraphe après paragraphe se dépeint une toile qui fait froid dans le dos ! (Manuel du Kubark de la Cia et autres éléments de littérature sur la manipulation des peuples avec des méthodes extrêmement violentes, récit détaillé depuis le laboratoire de mise en place de cette stratégie du choc, le Chili, jusque-là sécurisation des puits de pétroles en Irak …)

    Un autre excellent ouvrage qui vient compléter The Shoch Doctrine est NO LOGO ou l’auteur décrit la Tyrannie des Marques en dépeignant un tableau tout aussi sombre des méthodes utilisées par les grandes marques pour extraire le moindre millilitre de quintessence de la force de travail sans bourse délier !

    Pour les plus téméraires et courageux, je conseillerai également la lecture de la dystopie extraordinaire de R. D. Poirier « GRANDORIA”, la ressemblance de Grandoria avec l’actuelle France est frappante, le héros Peter Polycarpe nous livre tout un ensemble d’informations plus importantes les unes que les autres et nous éclaire sur les rouages du système étatique dont l’aspect démocratique s’arrête uniquement à la couche de peinture ! Derrière les murs se trouve un tout autre monde régie par des lois et des institutions qui nous dépassent.

    La cerise sur le gâteau étant Les recettes de tante Lucie.

    1984 n’a qu’à bien se tenir. A ce sujet j’ai pu assister à la pièce de théâtre « 1984, Big Brother vous regarde » et j’ai eu l’occasion de vivre en directe et en avance de phase le cauchemar qui se joue sous nos yeux ! Nous vivons un moment historique.

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