Gogos et Cassandre. Le tout en bulles se porte bien merci!

Rédigé par
Bruno Bertez
20 avril 2020

Les marchés restent enfermés dans leur univers imaginaire – et face à cela, les réactions se répartissent  en deux catégories. Les gogos et les Cassandre. Je soutiens que les gogos et les Cassandre sont les deux faces de la même pièces et qu’ils passent a coté de la compréhension de la situation. Le problème pour n’être ni gogo ni cassandre, c’est l’appréciation du facteur temps: il ne dépend de personne. Le temps est ce qu’il est épais , le temps de traverser l’épaisseur du crane humain..

Les marchés restent enfermés dans leur logique. C’est un univers imaginaire, déconnecté du monde réel sauf dans l’aspect « nouvelles ».

On joue, on répond aux nouvelles ou aux rumeurs, ce qui est bien le signe d’un marché qui fonctionne dans l’imaginaire. Cet imaginaire lutte contre l’entropie grâce aux injections d’énergie monétaire venue du ciel – ou plutôt des banques centrales.

Ce sont ces chiffres, ces digits  qui fournissent l’énergie ; les nouvelles ou rumeurs, elles, fournissent les prétextes.

Bien entendu, comme en toute matière, le monde est divisé en deux camps : ceux qui sont « pour » et qui en bénéficient, et ceux qui sont « contre » et qui le dénoncent.

L’imaginaire fait partie du monde : voilà ce que nous vous conseillons d’admettre… et si vous ne l’admettez pas, comme les Cassandre, vous allez être exclu.

Il ne suffit pas de constater les dysfonctionnements en regard de la logique et de la raison ; il faut aussi comprendre comment on dysfonctionne, pourquoi, et quelles sont les conséquences voulues et non voulues.

Nécessité de destruction

Ce que l’on sait ici, c’est que tous les artifices monétaires accroissent la nécessité future de destruction, mais pas plus.

Personne ne peut deviner quand cette nécessité de destruction se manifestera – et surtout quand les autorités seront cette fois démunies, dans l’incapacité d’y faire face. Personne ne peut deviner l’occasion, le prochain prétexte.

Beaucoup de gens fondamentalistes refusent d’habiter l’imaginaire qui a été tracé pour eux ; ils se bornent à dénoncer ce qui se passe.

Je persiste à considérer que ce n’est ni scientifique ni rationnel. Ce n’est pas parce qu’une chose vous déplaît ou bien qu’elle est absurde qu’elle ne fait pas partie du monde : il faut le reconnaître et l’accepter – et ensuite, selon son tempérament, on y participe ou on refuse de participer.

Tout ceci pour vous dire que le « tout en bulle », c’est-à-dire le « tout en imaginaire », fonctionne bien. Ses mécanismes sont bien huilés avec les fourneaux d’alimentation, les processus de stimulation, les mentalités, les discours et les théories qui justifient le tout.

Le monde est un tout : le positif est indissociable du négatif, un arbre a toujours deux branches, disent les hindous. L’intelligence, la vraie, consiste à embrasser ce monde dans sa totalité, à le découper pour voir ce qu’il y a en dessous, ce qui est caché.

Ce qui est caché ici, c’est la logique de survie de ce monde, sa volonté forcenée, coûte que coûte, de durer encore un peu, fut-ce au prix d’un coût à venir colossal. Il s’agit d’une nouvelle tentative de se prolonger, au mépris de la prise en compte des destructions futures.

On s’enfonce sur le chemin sans retour de la Grande Aventure, grisé que l’on est par l’illusion qu’un jour un miracle se produira.

Nouvelle phase

Je vous ai expliqué que nous sommes dans une nouvelle phase.

D’abord chute de plus de 20% des marchés, puis correction en vertu de l’élastique de rappel technique, et enfin attentisme.

L’attentisme se résout positivement – c’est-à-dire qu’il se résout vers la hausse. Et il lorgne sur la conquête de nouveaux records. 

Les investisseurs – si on ose les appeler ainsi – sont maintenant capables de se projeter au-delà du présent et de construire un horizon.

Dans cet horizon, ils voient tout en rose, reprise rapide, en « V », maintien des dopages, peu de destructions et ensuite à nouveau un scénario à la Goldilocks. Pourquoi pas ? Cela a marché N fois, cela peut bien marcher N+1 fois, n’est-ce pas ?

La philosophie qui domine, c’est le marginalisme, la dérivabilité, la linéarité… et elle est utile puisqu’elle permet de gagner de l’argent.

Dans ces conditions rien ne s’oppose à ce que l’on reparte pour un beau round de hausse :

– l’argent est là ;

– les perspectives sont là et ;

– la volonté unanime des gouvernements des banquiers est que tout soit regonflé.

Personne ne creuse, personne ne se projette dans le long terme : cela ferait douter et cela paralyserait. Le grand secret de nos systèmes c’est la négation de la dialectique et la positivation comme idéologie.

Ci dessous, le monde de Pavlov: la cloche qui est branchée sur le bilan des banques centrales tinte, les marchés salivent.

Image

On accepte que la positivation soit fausse, injustifiée. On sait même qu’elle est inadaptée à la compréhension du monde – mais on sait aussi que les peuples ont la mémoire courte et qu’ils se nourrissent d’évidences.

La vérité, ils n’en veulent rien savoir. La vérité, cela fait trop mal.

Je ne vois plus d’analyses sérieuses de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ceux qui avaient tenté d’en faire ont été submergés, emportés par le tsunami idéologique.

Le monde a effacé ses traces en marchant, personne ne regarde le chemin parcouru depuis les années 90. Personne n’essaie de mettre à jour les articulations organiques de notre désastre.

Tout se passe comme si l’utilitarisme binaire avait provoqué une amnésie collective. Nous avons en quelque sorte perdu une dimension, celle de l’épaisseur des choses.

A suivre…

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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4 réflexions sur “Gogos et Cassandre. Le tout en bulles se porte bien merci!

  1. Je suis bien convaincu que le tout en bulles se porte bien. Car le Covid-19 est une crise de nature déflationniste.

    On dit souvent que les pouvoirs en place (Banque Centrale, BRI, etc…) craignent les crises déflationnistes, telles que celles de 2008, celle actuelle du Coronavirus et c’est sans doute vrai.

    Cette situation les arrange finalement, car elles se retrouvent dans le cas de figure où le seul outil qu’elles ont à leur disposition, l’impression monétaire, marche très bien.
    Il « suffit » de créer de l’argent, d’augmenter le bilan, et cela repart et cela tient.
    Comme en plus, elle ont étranglé le canari (le prix de l’or) puisqu’elles contrôlent la contrepartie, tout roule… Les agents économiques chargés de calculer le prix de l’or ont TOUS INTERET à ce que l’or n’augmente pas, ou aussi peu que possible. Et là par contre, elles ont plein d’outils.

    Moi, je pense que le système tout en bulles TIENDRA JUSQU’A ce qu’il rencontre sa première grande crise de nature inflationniste, une crise dans laquelle l’impression de (fausse) monnaie ne ferait qu’exacerber le problème

    Qu’est-ce qui pourrait provoquer une telle crise ?

    * Un prix du pétrole en augmentation forte d’ici quelques années, à la suite de la contraction actuelle.
    * Des tensions alimentaires suite à de mauvaises récoltes où bien un épuisement des fonds marins.
    * Un manque de certaines ressources (or, platine, …) conjugué à des tensions géopolitiques.

    Les pouvoirs centraux réagiront comme ils l’ont toujours fait, en imprimant de la fausse monnaie…
    Mais cette fois-ci, l’impression de nourriture ou de pétrole ou d’or … ne pourra pas être décrétée, et les gens se détourneront en masse de cette fausse monnaie.

    Cela fait au moins 50 ans, peut être plus, qu’il n’y a pas eu de vraie crise inflationniste.

    Bien entendu, le timing est impossible à prévoir.

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  2. Bonjour,

    « C’est un univers imaginaire, déconnecté du monde réel sauf dans l’aspect « nouvelles ». »

    ==> N’existe t’il pas quelques connexions entre le réel et l’imaginaire au niveau du pétrole par exemple ? Ne pensez vous pas que si des acteurs importants du Shale américain passent en défaut des conséquences pourraient poindre sur les banques américaines ?

    Bien cordialement,
    MCA

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