Manent: un guide pour la création d’une grande formation politique qui n’aurait pas honte de se réclamer comme  conservatrice. 

J’apprécie Pierre Manent. Je suis venu à lui par la lecture de « Tocqueville et la nature de la démocratie », petit ouvrage assez accessible, que je conseille fortement de lire. Son analyse de l’esprit d’égalité et des contrepouvoirs est enrichissante.

Ici Pierre Manent nous dit, s’agissant du régime libéral et démocratique  : « nous avons laissé derrière nous ce régime qui  a réalisé de grandes entreprises, permis des actions communes, bonnes et mauvaises, judicieuses et ruineuses, mais qui nous ont donné des raisons de mettre en place un bon combat, des occasions de débat vigoureux et de grandes questions qui ont nourri nos grands désaccords ».

Le mot important pour moi c’est « combat ». La démocratie permet le combat , » elle nourrit nos grands désaccords » . Vu comme cela que c’est beau la démocratie!  Bien plus beau que l’Union Nationale fascisante vers laquelle on essaie de nous entrainer.

Mais ce qui est important c’est l’ensemble de sa philosophie politique; à mon sens elle constitue un guide pour la création d’une grande formation politique qui n’aurait pas honte de se réclamer comme  conservatrice.


GRAND ENTRETIEN – Le philosophe* analyse la crise inédite que nous vivons et le rapport à la politique qu’elle révèle. Pour lui, nous subissons un retour des «traits les moins aimables de notre État», notamment avec le confinement, mesure «primitive» et «brutale».

 

La crise que nous traversons semble entraîner un retour de l’État, après des décennies de discussions sur son déclin. Même le président Emmanuel Macron a admis « nous devons reconstruire notre souveraineté nationale et européenne ». Assistons-nous au grand retour de l’idée de nation?

Pierre Manent:  En attendant que les choses se déroulent, on note le retour des traits les moins sympathiques de notre État. Au nom d’une urgence sanitaire, un état d’urgence a en effet été instauré. Au nom de cette urgence, la mesure la plus primitive et la plus brutale a été prise: l’emprisonnement général sous surveillance policière.

La rapidité, l’intégralité et même l’empressement avec lequel l’appareil répressif a été mis en mouvement contrastent douloureusement avec les retards, le manque de préparation et l’indécision de nos politiques d’assainissement, qu’il s’agisse de masques, de tests ou de traitements potentiels.

Les faux pas innocents ou bénins sont punis d’amendes exorbitantes. Il nous est interdit de quitter nos résidences sans passeport, mais le rétablissement des frontières nationales est toujours considéré comme un péché mortel. Je ne pense pas que la crise réhabilite cet État.

Quant à la nation, elle a été abandonnée, discréditée et délégitimée depuis deux générations, tout comme toute pensée pour la politique industrielle a été abandonnée, discréditée et délégitimée.

Nous avons renoncé à l’idée même d’indépendance nationale. Oh, n’être rien de plus qu’un nœud doux et flexible d’expertise spécialisée dans le grand réseau du commerce mondial! Et surtout, le flux ne doit jamais ralentir!

Découvrons-nous que nous dépendons de la Chine pour presque tout ce dont nous avons besoin? Mais nous nous sommes organisés pour être dépendants! Nous l’avons voulu!

Croyez-vous que, lorsque nous sortirons affaiblis par la destruction économique provoquée par la crise sanitaire, nombreux seront ceux qui voudront inverser le cours que nous suivons depuis quarante ans?

EB: La relation entre le scientifique ou l’érudit et l’homme politique, fondement de la modernité politique, est complètement bouleversée par cette crise. Il semble que nous essayions de cacher les décisions politiques derrière l’expertise scientifique, et pourtant, au moment où la politique tente de se suffire à elle-même, elle est critiquée par l’opinion publique. Comment analyser cette situation? Est-ce le triomphe de l’expertise sur la prise de décision politique, ou est-ce en fait le retour de ce qui est essentiellement politique dans un contexte d’incertitude?

PM: Quant aux experts et aux scientifiques, certaines distinctions doivent être faites. Nous avons appris à reconnaître, à estimer et souvent à admirer nos médecins, nos soignants et nos chercheurs. C’est une aubaine pendant ce sinistre printemps.

Nous avons également découvert la politique de la science, qui n’est pas plus innocente que la politique ordinaire. L’expertise n’offre aucune immunité contre le désir de pouvoir.

En tout état de cause, il appartient aux élus de prendre des décisions car ce sont eux qui sont en charge de l’ensemble, c’est-à-dire de l’organe politique; il leur appartient de prendre en compte tous les paramètres et d’envisager toutes les conséquences de leurs actions.

Aristote avait raison: la politique est la reine des sciences!

EB: Comment analysez-vous la réaction de l’Union européenne à cette crise? Plus généralement, la crise révèle-t-elle la faiblesse de l’Occident?

PM: L’Union européenne est tout aussi faible que les nations qui la composent. L’Union est dans sa dernière phase. Soit elle boitera dans sa forme actuelle, soit elle s’effondrera.

L’ordre européen est basé sur l’hégémonie allemande, une hégémonie acceptée et appréciée par le reste de l’Europe. L’Allemagne se trouve dans la situation la plus stable et la plus favorable qu’elle ait jamais connue. Elle domine par son seul poids; Elle  n’a pas besoin de bouger, ou plutôt elle a  besoin de ne pas bouger. C’est quelque chose que le président Macron n’a pas compris, et il fatigue donc les Allemands avec ses demandes incessantes d’initiatives communes. Les différentes nations se sont retirées derrière leurs frontières.

C’est la fin du fantasme européen. Aucune aventure merveilleuse ne nous attend du côté européen de la route. Chaque nation a découvert le caractère immuable de son être collectif.

Délivrés du rêve frustrant de «Toujours plus d’Europe», nous pouvons maintenant retrouver une certaine affection pour ce que nous sommes, nous pouvons essayer de rassembler nos forces en nous inspirant de notre caractère national et nourrir patiemment nos propres ressources – ressources morales et spirituelles ainsi que ressources militaires et économiques.

Cette volonté de se redécouvrir et de se réaffirmer ne sera salutaire que si elle s’accompagne d’une conscience lucide de notre faiblesse bien réelle, la faiblesse dans laquelle nous nous sommes laissés glisser.

EB: Êtes-vous surpris de la docilité avec laquelle nos démocraties libérales ont accepté la suspension de la plupart de nos libertés? N’est-ce pas un signe que le règne exclusif des «droits» reste fragile face à l’urgence de l’autoconservation biologique?

PM: Personne ne conteste que la pandémie constitue une urgence et qu’en situation   d’urgence certaines mesures inhabituelles sont inévitables. Mais la fragilité de la santé humaine constitue en quelque sorte une urgence permanente et peut fournir à l’État une justification permanente d’un état d’urgence permanent.

Nous ne voyons maintenant dans l’État que le protecteur de nos droits; maintenant, la vie étant le premier de nos droits, une large voie s’ouvre au pouvoir inquisitoire de l’État.

Cela dit, nous nous sommes livrés à l’État depuis longtemps, en lui accordant la souveraineté sur nos vies. Cette tendance à long terme s’est accentuée ces dernières années.

La spontanéité du discours public a été soumise à une sorte de censure préalable, qui a en effet exclu le débat légitime sur la plupart des questions importantes de notre vie commune, voire de notre vie personnelle.

Qu’il s’agisse de migration ou de relations entre les sexes et de questions sociales connexes, une idéologie commune à la société et à l’État dicte ce qui est permis et interdit, ce qui est la même chose s’agissant de ce qui est honorable et honteux, noble et vil.

En un mot, nous avons tout à fait intériorisé le principe d’un code de la parole et de l’expression auquel il est suspect de résister.

Ainsi avons-nous tranquillement laissé derrière nous le régime libéral et démocratique qui nous  informait et qui était animé par des projets collectifs rivaux;  nous avons laissé derrière nous ce régime qui  a réalisé de grandes entreprises, permis des actions communes, bonnes et mauvaises, judicieuses et ruineuses, mais qui nous ont donné des raisons de mettre en place un bon combat, des occasions de débat vigoureux et de grandes questions qui ont nourri nos grands désaccords.

Ce temps heureux est révolu. Notre monde est plein de victimes qui, d’une voix à la fois gémissante et menaçante, se disent blessées par tous ces discours. Ils voient dans les règles grammaticales régissant le genre une infraction pour toutes les femmes et trouvent des insulte homophobes dans les blasphème des écoliers.

Comment pouvons-nous maintenant nous opposer à l’État en tant que gardien des droits alors que nous le supplions de nous immiscer dans nos vies personnelles toujours blessées?

EB: Pensez-vous que les principes fondamentaux du libéralisme sont sapés par cette crise? Peuvent-ils être sauvés?

PM:  Ce qui est miné, ce sont les principes fondamentaux de la mondialisation, que l’on appelle libérale, c’est-à-dire la concurrence de chacun avec tout le monde ou l’idée que l’ordre humain résulte de la régulation impersonnelle des flux.

Cette idéologie exploitait certains thèmes libéraux, mais le libéralisme que nous devons préserver est quelque chose de différent.

Un régime libéral organise une compétition pacifique afin de définir et de mettre en œuvre des règles de vie commune, et il établit une distinction rigoureuse entre le domaine du commandement politique et celui de la liberté entrepreneuriale au sens le plus large du terme, qui comprend notamment la libre communication de la morale, influences sociales, intellectuelles et religieuses.

Et voici le point clé: le régime libéral présuppose le cadre national; il n’y a jamais eu de régime libéral sans cadre national.

Ces dernières années, notre régime a subi une corruption qui a touché toutes les classes: les riches, car le régime a favorisé la finance et la recherche de rente, notamment dans l’immobilier, et a incité la haute technostructure à tourner le dos à la nation, parfois au point de perdre le sens du bien commun; et les groupes à faible revenu, qui ont été découragés de travailler par des dépenses sociales aveugles.

Les fonctions directement liées à la souveraineté – militaire, sécurité, justice – ont été privées de ressources.

Ainsi, soit nous procéderons à une réaffectation des ressources en faveur de ces fonctions et récompenses essentielles pour le travail, soit nous nous immobiliserons davantage dans l’administration par l’État de ressources toujours plus rares, tandis que nous continuerons de nous affaiblir moralement et politiquement.

EB: Alors que tout est fait pour sauver la vie des plus vulnérables, les cérémonies de base qui accompagnent la fin de la vie ont été limitées, voire abolies. Que nous apprend cette crise sur la place de la mort dans nos sociétés modernes?

PM: Le gouvernement s’est donné le pouvoir, dans les circonstances, d’interdire pratiquement le dernier rituel auquel nous sommes encore attachés, c’est-à-dire celui qui accompagne la mort.

Malgré notre tendance très répandue à rendre la mort invisible, cette mesure a provoqué tristesse, consternation et désapprobation. Tout le monde peut voir que les cérémonies peuvent être réglementées tout en étant conservées dans leurs caractéristiques essentielles, sans que les participants ne courent plus de risques que ne le risquent quotidiennement les livreurs ou les caissiers, sans parler des soignants.

Cet effacement brutal de la mort est indissociable de l’effacement de la religion: avez-vous remarqué que, sur la longue liste des raisons autorisées de quitter son domicile, les «besoins des animaux de compagnie» n’étaient pas oubliés, mais il n’y avait aucune disposition pour ceux qui le souhaiteraient aller dans un lieu de culte?

Cela mérite réflexion. Ceux qui nous gouvernent sont des gens honorables qui font de leur mieux pour surmonter une grave crise.

Mais ils n’ont pas remarqué l’énorme et inadmissible abus de pouvoir implicite dans certaines de leurs décisions. Comment est-ce possible? Ces dernières années, les institutions, les réglementations et les lois qui définissent la vie commune en Europe sont devenues malléables face aux exigences que nous tous, tyrans tyrannisés par nos désirs, choisissons de leur adresser.

Nous avons bu une coupe de colère, comme le dit l’Écriture. Nous avons délégitimé les institutions qui ordonnent la transmission de la vie, et maintenant nous supprimons les rites qui accompagnent la mort.

Il est temps de se réveiller.

 

This interview with Pierre Manent, conducted by Eugénie Bastié, was originally published in Le Figaro.

Eugénie Bastié: The crisis we are going through seems to be bringing about a return of the State, after decades of talk of its decline. Even President Emmanuel Macron has admitted “we must rebuild our national and European sovereignty.” Are we witnessing the great comeback of the idea of the nation?

Pierre Manent: While waiting for things to unfold we note the return of the least likeable features of our State. In the name of a health emergency, a state of emergency has in fact been established. In the name of this emergency, the most primitive and brutal of measures has been taken: general confinement under police surveillance. The speed, the comprehensiveness, and even the eagerness with which the repressive apparatus was set in motion painfully contrast with the delays, the lack of preparation, and the indecisiveness of our policies of sanitation, whether concerning masks, tests, or potential treatments. Innocent or benign missteps are punished with exorbitant fines. We are forbidden from leaving our residences without passports, but the reestablishment of national borders is still considered a mortal sin. I do not believe the crisis is rehabilitating that State.

As for the nation, it has been abandoned, discredited, and delegitimized for two generations—just as any thought for industrial policy has been abandoned, discredited, and delegitimized. We have renounced the very idea of national independence. Oh, to be nothing more than a soft and pliant node of specialized expertise in the great network of global trade! And above all, the flux must never slow down! Are we discovering that we are dependent on China for almost everything we need? But we have organized ourselves in order to be dependent! We have willed it! Do you believe that, when we emerge weakened by the economic destruction brought about by the health crisis, there will be many who will be willing to reverse the course that we have been following for forty years?

EB: The relationship between the scientist or scholar and the political man, the foundation of political modernity, is being completely overturned by this crisis. It seems that we try to hide political decisions behind scientific expertise, and yet the moment politics tries to stand on its own, it is criticized by public opinion. How should we analyze this situation? Is it the triumph of expertise over political decision-making, or is it in fact the return of what is essentially political in a context of uncertainty?

PM: As for experts and scientists, certain distinctions must be made. We have learned to recognize, to esteem, and often to admire our doctors, caregivers, and researchers. This is a boon during this sinister springtime. We have also discovered the politics of science, which is no more innocent than regular politics. Expertise provides no immunity against the desire for power. In any case, it is up to elected officials to make decisions because they are the ones who are in charge of the whole, that is, the body politic; it is up to them to take all parameters into account and to envision all the consequences of their actions. Aristotle was right: Politics is the queen of the sciences!

EB: How would you analyze the European Union’s reaction to this crisis? More generally, is the crisis revealing the weakness of the West?

PM: The European Union is just as weak as the nations that make it up. The Union is in its last stage. Either it will limp along in its present form, or it will fall apart. The European order is based on German hegemony, a hegemony that is accepted and appreciated by the rest of Europe. Germany finds itself in the most stable and favorable situation it has ever been in. It dominates by its weight alone; it has no need to make a move, or rather it needs not to make a move. This is something President Macron has not understood, and so he wearies the Germans with his incessant requests for common initiatives. The various nations have retreated behind their borders.

This is the end of the European fantasy. There is no marvelous adventure awaiting us on the European side of the road. Every nation has discovered the unchangeable character of its collective being. Delivered from the frustrating dream of “Ever More Europe,” we can now rediscover a certain affection for what we are, we can try to gather strength in drawing upon our national character and patiently nourish our own resources—moral and spiritual resources as well as military and economic resources. This desire to rediscover and reaffirm ourselves will only be salutary if it is accompanied by a lucid awareness of our very real weakness, the weakness into which we have let ourselves slide.

EB: Are you surprised by the docility with which our liberal democracies have accepted the suspension of most of our freedoms? Is this not a sign that the exclusive reign of “rights” remains fragile in the face of the emergency of biological self-preservation?

PM: No one contests that the pandemic constitutes an emergency and that with an emergency some unusual measures are unavoidable. But the fragility of human health in a way constitutes a permanent urgency and may provide the State with a permanent justification for a permanent state of emergency. We now see in the State only the protector of our rights; now, since life is the first of our rights, a broad path is opened up to the State’s inquisitorial power. That said, we gave ourselves over to the State long ago, according it sovereignty over our lives. This long-term tendency has become more acute in recent years. The spontaneity of public speech has been subjected to a kind of prior censorship, which in effect has excluded legitimate debate on most of the important questions of our common life, or even of our personal lives. Whether the question is migration or relations between the sexes and related social questions, an ideology common to society and the State dictates what is permitted and prohibited, which is the same as what is honorable and shameful, noble and vile. In a word, we have altogether internalized the principle of a code of speech and expression, which it is considered suspect to resist. Thus have we quietly left behind the liberal and democratic regime that was informed and animated by rival collective projects, and which presented us with great undertakings, common actions to accomplish, good and bad, judicious and ruinous, but which gave us reasons to put up a good fight, occasions for vigorous argument, and great questions nourishing great disagreements. This happy time is gone. Our world is full of victims who, in a voice that is at once whining and threatening, claim to be wounded by all this talk. They see in the grammatical rules governing gender an offense to all women and find homophobic insult in schoolboy profanity. How can we now oppose the State as guardian of rights while we beg it to intrude into our ever-wounded personal lives?

EB: Do you think that the fundamental principles of liberalism are undermined by this crisis? Can they be saved?

PM: What is undermined are the fundamental principles of globalization, which are called liberal—that is, the competition of everyone with everyone or the idea that human order results from the impersonal regulation of the flux. This ideology exploited certain liberal themes, but the liberalism we must preserve is something different. A liberal regime organizes peaceful competition in order to define and implement rules of common life, and it distinguishes rigorously between the realm of political command and that of entrepreneurial freedom in the largest sense of the term, which includes in particular the free communication of moral, social, intellectual, and religious influences. And here is the key point: The liberal regime presupposes the national framework; there has never been a liberal regime without a national framework. In recent years, our regime has undergone a corruption that has affected all classes: the rich, since the regime has favored finance and rent-seeking, especially in real estate, and has incentivized the high technostructure to turn its back on the nation, sometimes to the point of losing a sense of the common good; and lower-income groups, which have been discouraged from working by indiscriminate social spending. The functions directly related to sovereignty—military, security, justice—have been deprived of resources. Thus, either we will proceed to reallocate resources in favor of these essential functions and rewards for working, or we will further immobilize ourselves in the State’s administration of ever-scarcer resources, while we continue to wither away morally and politically.

EB: While everything possible is being done to save the lives of the most vulnerable, the basic ceremonies that accompany life’s end have been limited, even abolished. What does this crisis tell us about the place of death in our modern societies?

PM: The government has taken upon itself the authority, under the circumstances, practically to forbid the last ritual to which we are still attached, that is, the one that accompanies death. Despite our very widespread tendency to make death invisible, this measure provoked sadness, consternation, and disapproval. Everyone can see that ceremonies might be regulated while maintained in their essential features, without participants risking more than is risked every day by delivery personnel or cashiers, not to mention caregivers.

This brutal erasure of death is inseparable from the erasure of religion: Have you noticed that, on the long list of authorized reasons for leaving one’s domicile, the “needs of pets” were not forgotten, but there was no provision for those who might wish to go to a place of worship? This merits reflection. Those who govern us are honorable people who are doing their best to overcome a serious crisis. But they have not noticed the enormous, and inadmissible abuse of power implicit in some of their decisions. How is this possible? In recent years, the institutions, regulations, and laws that define common life in Europe have become malleable in the face of the demands that all of us, tyrants tyrannized by our desires, choose to address to them. We have drunk a cup of wrath, as the Scripture says. We have delegitimized the institutions that order the transmission of life, and now we are removing the rites that accompany death. It is time to wake up.

Translated from the French by Ralph C. Hancock.



https://www.firstthings.com/web-exclusives/2020/04/time-to-wake-up?fbclid=IwAR2S_pLWNRGpFV3pIMVG6Q2sRyOx4WYcUpkWbPbM8J5XgM5Eo6owIApMq5k


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