Editorial. La finance d’Alice au Pays des Merveilles

J’ai publié cet article il y a quelque temps et je me dis en le relisant que comme le Mont Blanc de la Pub, « on devrait en faire plus souvent! »

Je devrais régulièrement publier des articles de ce genre qui remettent en perspective un aspect de la situation du système. 

L’aspect de la situation du système qu’il convient de rappeler c’est celui qui se formule comme suit:

« le marché financier est devenu … financier.

Ce qui signifie que son moteur principal c’est ce qui se passe dans la Sphère Monétaire/Financière et non pas ce qui se passe dans la Sphère Réelle ».

Le marché financier est déconnecté, disjoint de l’économie réelle. 

Il n’anticipe pas un redressement. Non! Si il anticipe quelque chose, c’est l’opposé, ce qu’il anticipe c’est une poursuite de la dépression. 

Et c’est pour cela, qu’anticipant la poursuite du marasme, il anticipe « en même temps » la poursuite de la politique monétaire.

Cette politique monétaire est définitivement ce qu’elle est: une politique de financement monétaire des déficits, de tous les déficits. Que ce soient ceux du gouvernement ou ceux du secteur « entreprises » ou ceux du secteur des retraites.

Nous sommes sortis des règles de l’équilibre, des règles comptables de l’équilibrage des comptes, des règles de la solvabilité.

Nous sommes passés de l’autre côté de la ligne qui sépare le monde réel de celui d’Alice au pays des Merveilles.

Nous sommes descendus dans le Rabbitt Hole de la Modern Monetary Theory ou les deficits n’ont aucune importance.

Personne ne l’a annoncé, personne n’a voté pour cette mutation copernicienne de nos systèmes, mais on y est venu pas à pas, par la pratique.

Je ne connais aucun banquier central qui accepte de le reconnaitre à l’exception de Robert Kaplan de la Fed de Dallas qui a dit :

« MMT is what the Fed are now doing » . La MMT c’est ce que les gens de la Fed font actuellement.

La MMT , personne ne l’a décidée , on y est venu par la pratique parce que c’était la solution la plus simple en réponse à des questions complexes que l’on ne peut plus résoudre autrement.

La MMT est une réalité objective que les responsables refusent d’endosser subjectivement. 

C’est une Nécessité qui ne va bien sur pas disparaitre et qui va au contraire accélérer. C’est cette Nécessité qui explique et justifie que les marchés financiers n’incorporent plus, dans leurs valorisations, la moindre prime de risque: de risque il n’y a plus!

La MMT est à la fois une évidence: il n’y a qu’à créer le « fétiche argent » et tout est possible et en même temps elle est contre-intuitive car le sens commun a du mal à imaginer que l’on puisse creuser ses dettes et ses déficits à l’infini!

Le sens commun raisonne comme le font « les ménages ».

La MMT résout cette contradiction de la façon suivante à savoir qu’elle ne trouve sa logique que si en même temps on postule le principe  que les dettes peuvent devenir infinies puisqu’elles ne seront jamais remboursées.

Mais cela il ne faut pas le dire bien sur; car si on le disait ce serait le soulèvement des « me too », le soulèvement de tous ceux qui demanderaient aux aussi à bénéficer des facilités distributives que confère cette nouvelle théorie monétaire ou plutot cette nouvelle théorie de la non-monnaie, théorie de la négation de la monnaie comme opérateur/ adminstrateur de la rareté.

La fonction de la monnaie est de réguler, d’allouer la rareté; mais si on reconnait que l’on peut en distribuer à l’infini alors on nie cette fonction! En fait la MMT ne peut être pratiquée que non reconnue, niée, non-sue. 

Relisez cet article.

J’ai developpé  l’idée que le marché financier était devenu … financier.

Ce qui signifie que son moteur principal c’est ce qui se passe dans la Sphère Monétaire/Financière et non pas ce qui se passe dans la Sphère Réelle.

Stephen Roach considérait que le marché financier se trompait en se montrant trop optimiste; je lui ai repondu que Stephen Roach se trompait en considérant que le marché était une anticipation de redressement économique et qu’à l’inverse, selon moi le marché était une anticipation de poursuite de la faiblesse économique, faiblesse produisant un nouveau round de réponse monétaire.

Le marché anticipe de nouvelles largesses et accorde une certaine probabilité à l’hypothèse de passage aux taux négatifs. Voila selon moi la seule interprétation rationnelle cohérente avec le passé et cohérente avec les indicateurs présents.

Le gap, l’écart entre la situation du monde réel et celle du  monde des signes boursiers est comblé par … l’espoir; l’espoir  que les autorités vont continuer à faire la seule chose qu’elles savent faire c’est à dire créer de la ‘fausse monnaie, en baisser le coût et promettre de le faire encore très longtemps.

Le jour, croyez moi ou l’économie produira de vrais « green shoots », des vrais jeunes pousses prometteuses ce sera le jour  ou les taux monteront et ou les actions seront feront une pause puis s’effondreront. En effet ce sera le jour ou on délaissera l’univers de l’imaginaire des signes pour préferer celui des biens et services réels..Le jour ou on aura brisé le sortilège/la malédiction Faustienne.

La hausse des actions est une hausse de misère pas une hausse de prospérité.

Voila le guide que je vous demande de toujours avoir présent à l’esprit, il est simple, il est terriblement efficace.

Il y a près de deux ans si mes souvenirs sont bons que je ne suis plus acheteur d’actions en fondamental, mais j’ai toujours maintenu cette interprêtation et précisé que même si on ne pouvait plus considérer qu’il était possible d’investir il était toujours possible de spéculer.

J’ai expliqué que conserver un portefeuille boursier avec des valorisations astronomiques impliquait que l’on acceptait que le rendement de ce portefuille à horizon de 12 ans allait être nul ou negatif , tout compris, c’est à dire dividendes inclus..

Mais renoncer à prendre une psoition d ‘investisseur n’implique pas de renonce à participer au Ponzi ou a spéculer, car spéculer c’est autre chsoe.

Ma position n’ a pas changé, aucune des conditions pour justifier un investissement n’est réunie, mais cela n’empêche pas de spéculer pour ceux qui ne savent pas résister à la tentation et qui se croient plus malins que la moyenne,

Tout le marché financier est spéculatif ; tout est sorti de l’épure historique. Les actions sont valorisées plus de 2,5 fois ce quelles devraient etre valorisées pour rapporter les 6% moyens nominaux de long terme qu’elles sont censées rapporter.

Cela signifie que les prix ne sont plus adossés à des valeurs fondamentales, que l’argent qui est sur les marches financiers est de l’argent malsain; soit du levier, soit du « carry, » soit de l’argent court transformé qui n’a pas vocation à rester long.

Le marché financiers est purement spéculatif car il est en « mismatch », c’est à dire en désajustement de temps, de qualité, de motivation,  de risque .

Je reviens sur mon analyse fondamentale une fois de plus car il faut la rappeler pour les  nouveaux lecteurs arrivants:

-En 1971 on a séparé la monnaie de son ancrage dans le réel c’est dire del’or en apparence, mais de sa valeur travail en réalité  car l’or  symbolise le travail cristallisé, c’est l’équivalent général de toutes les marchandises

-On a séparé l’ombre qu’est la monnaie du corps qu’est la richesse économique, ainsi on pu nier le poids, la pesanteur, la rareté. La finitude. On a pu léviter. une ombre qui est libérée du corps, fait ce qu’elle veut n’est ce pas.

-on a crée un univers parallèle  que je nomme l’Imaginaire Monétaire. Cet univers rassemble et unifie touts les avatars de la monnaie, les masses monétaires bien sur ,  mais aussi tout ce qui est quasi-monétaire, money-like, actions , obligations, fonds d’état, derivés, par le biais de la réduction à trois  paramètres, la quantité, les taux et le risque.

-La Fed a pris le controle de cet univers Imaginaire à la fois par le segment court et ses taux administrés , les taux courts; mais ensuite par la prise de controle de proche en proche du long avec les QE et ses guidances , son pilotage, sa communciation. Elle a pris aussi le contrôle des primes de risque par son « Put ».

Nous sommes  dans la situation suivante:

-le monde imaginaire des signes monétaires et quasi monétaires est unifié

-la Fed le contrôle par le biais des taux courts, par des achats de titres longs , par des guidances et des promesses

-Le réel est evacué car les marchés ont entre temps changé de nature, ils ne reflètent plus le réel mais au contraire la volonté de la Fed de produire un réel différent de celui qui existe. Dont’t fight the Fed. Les marchés sont en quelque sorte devenus téléonomiques

Nous en sommes là.

Et si les marchés sont efficaces, hypothèse qu’il ne faut pas repousser c’est,  par leur surévaluation apparente ; en anticipant un avilissemnt considérable future de la monnaie par rapport aux biens et services réels.

Par rapport au travail.. Dévaluation du mort par rapport au vif, mais c’est une autre histoire, un roman pour un autre jour.

Evolution du S&P 500 rapprochée de la Masse Monétaire M2 décalée de 12 mois. Si vous comprenez, alors vous anticipez comme le font certains spéculateurs du Smart Money, un gros rebond du S &P 500!  Si j’était un analyste du sell-side je vous inciterai à parier sur la poursuite du Ponzi. Comme je l’ai dit des le premier jour, la bulle, le tout en bulles n’a pas éclaté et ne va pas éclater, les conditions ne sont pas réunies.

Comme on dit dans l’univers Playmobil: en avant les histoires! 

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2 réflexions sur “Editorial. La finance d’Alice au Pays des Merveilles

  1. Je suis tout à fait d’accord avec vous, pour l’instant les banques centrales mettent les marchés sous perfusions et ce depuis 2008 , mais les fondamentaux sont mauvais,très mauvais. Les prochains résultats du 2ème trimestre seront catastrophique suite au coronavirus et au confinement. La chute pourrait venir de l’Europe qui est divisée en 2, les pays du nord donc les riches refusent les coronabonds et aujourd’hui l’Allemagne réfute la politique de la BCE, et la reprise tant attendu sera moindre en Europe par crainte des jours futurs.
    Rien n’est normal bien au contraire, les banques US sont plus solides que les banques européennes il suffit de regarder leurs actions, le pire est à venir surtout en Europe…

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