Editorial: ils ont voulu sauver l’ordre social, ils le dynamitent!

Une pandémie mondiale et un ralentissement économique historique. Une guerre froide entre les États-Unis et la Chine qui s’intensifie rapidement. La montée fantastique du chômage et  la dépression économique aux États-Unis. Une société profondément fragmentée avec une animosité/belliquosité effryantes ;  des conflits qui s’intensifient. Instabilité sociale accrue, avec des protestations violentes croissantes et même un certain nombre d’émeutes horribles : «Une société au bord du chaos complet et absolu…»

En face :

Un marché boursier en plein essor. Arrogant. Une expansion rapide de l’offre de «monnaie». des trillions qui tombent du ciel. Des conditions financières exceptionnellement et scandaleusement lâches, avec des émission record de dettes. D’énormes entrées de capitaux  dans les véhicules collectifs de placement  d’obligations de sociétés de qualité supérieure . Des prix ​​records pour les bons du Trésor et les obligations de sociétés de première qualité.

Ce tableau dressé pour les Etats Unis est valable pour ainsi dire dans tout le monde avec des nuances bien entendu. Le mal est général, mais il prend des formes différentes selon les lieux;  il est aussi plus ou mois avancé selon les pays.

Il se  résume ainsi:

-une catastrophe man-made qui intervient sur un tissus fragile

-un appauvrissemnt sans précedent

-aucun remède réel simplement une débauche de création de dettes gratuites

-un enrichissement sans cause de dimension séculaire

-des pouvoirs aux abois, sans legitimité

Non ce n’est pas le monde d’Orwell, ce n’est pas le monde de l’inversion c’est un monde qui marche sur la tête et qui au lieu de traiter les problèmes  ne sait faire qu’une chose, créer des signes, aligner des zéros dans les livres de comptes pour masquer la réalité evidente de la faillite  d’un système et de sa gouvernance.

C’est un monde qui n’arrive plus à penser en dehors de ses fétiches, qui en est prisonnier et qui voit tout à travers le  prisme du pognon sans se rendre compte que ce n’est qu’un voile.

La financiarisation n’a pas gagné que les économies elle a pollué les esprits .Ils n’arrivent plus à penser en dehors de ses schémas.

Ecoutons Powell à l’émission 60 minutes:

Question: «Dans quelle mesure la Fed est-elle sensible à la période très difficile que connaissent, en particulier, les classes sociales en bas de l’échelle  par rapport à la hausse  extraordinaire du marché boursier ?

Powell: «Nous savons que tout le monde est affecté par la pandémie de manière négative à un degré ou à un autre. Les charges pèsent très lourdement sur ceux qui ont le moins les moyens de les supporter. Jusqu’à présent, les chômeurs proviennent en grande partie des secteurs des services ce qui implique de traiter avec de grands groupes de personnes étroitement liés… Cela affecte-t-il notre politique? Cela affecte notre politique. Une partie de notre mandat est l’emploi maximal. C’est l’emploi maximal et des prix stables – ce sont nos mandats de politique monétaire. Nous sommes très concentrés sur l’éventail complet des emplois et nous faisons tout ce que nous pouvons pour ramener ces personnes au travail ou à un nouvel emploi… »

Qui  peut accepter pareille réponse sans bouilloner de colère? Aucune analyse, aucune explication , aucune honte , simplement l’esquive , esquive permise par un système qui ne met pas en cause l’Autorité.

Ecoutons encore Powell à l’émission 60 Minutes.

Question: «Les dernières politiques de la Fed sont-elles susceptibles d’entraîner davantage d’inégalités de revenus aux États-Unis?

Powell: « Absolument pas. Et je vais vous dire pourquoi. Comme je l’ai mentionné, la pandémie retombe sur les moins capables de porter ses fardeaux. C’est un grand facteur d’inégalité. Si vous regardez simplement les rapports sur le marché du travail publiés par le BLS, vous verrez que ce sont les travailleurs à bas salaire dans les industries de services qui en subissent le plus gros; c’est aussi des femmes à un degré extraordinaire… Donc, tout ce que nous faisons – tout ce que nous faisons – est axé sur la création d’un environnement dans lequel ces personnes auront leurs meilleures chances de conserver leur emploi ou d’obtenir un nouvel emploi…

Maintenant, comment ça marche? Prenons, par exemple, une entreprise qui était de qualité « investment grade  » le 22 mars, mais qui a maintenant été rétrogradée à ce qu’on appelle la camelote, (le junk) , une entreprise non-investment grade. Elle compte des dizaines et des dizaines de milliers d’employés.

Maintenant, pourquoi incluons-nous cette entreprise dans nos programmes? Ce sont de très grandes entreprises … La raison est la suivante: si une entreprise n’a pas accès au marché et ne peut pas renouveler sa dette et ne peut pas avoir assez de liquidités en main pour faire face aux obligations, ce qu’elle va faire, c’est licencier. Elle va réduire les coûts… En   incluant ces entreprises dans nos financements , ces entreprises ont maintenant pu s’en sortir et se financer; et maintenant elles ont beaucoup d’argent dans leurs bilans… elles ont pu éviter de grosses mises à pied. … Nous devons rester concentrés sur cet objectif de soutenir le marché du travail et ne pas nous laisser distraire par d’autres objectifs. »

Cela saute aux yeux, c’est, sous une forme remaniée et didactique la théorie du ruissellement simplement elle fait intervenir un écran, l’entreprise ,  afin de masquer le fait que l’argent est donné aux détenteurs du capital  et aux porteurs de créances pour qu’ils continuent  à financer sans rien perdre et ainsi, seulement ainsi si tout passe comme prévu, une fois que les actionnaires et les obligataires se seront gavés, les emplois et revenus sont préservés. Acheter des titres ,actions et obligations, monsieur Powell ce n’est pas donner de l’argent aux entreprises et aux salariés non, c’ est donner de l’argent à ceux qui en ont déja et detiennent le capital.

C’est l’aveu, la reconnaissance d’un système cynique: les trillions donnés aux actionnaires et aux obligataires sont justifiés parce qu’il est espéré qu’ils ruisselleront  au point de permettre de conserver les emplois.

En clair nous sommes dans un système ou le capital sous ses deux formes, les actions et les dettes/le crédit  tient le système en otage; et le tenant en otage il peut s’attribuer tout le bénéfice de la création monétaire, et plus les prix des deux formes du capital actions et obligations sont élévés, bullaires, plus ils sont donc fragiles et plus ils peuvent éxiger.

Ce à quoi peut prétendre le capital n’est plus lié à son utilité/efficacité  productive, mais à son pouvoir de nuisance. Nous sommes dans la perversion.

Ce que je commente pour les USA est bien entendu valable pour l’Europe et la France, simplement les choses sont plus claires aux USA parce que là bas les autorités rendent des comptes au public et à la Représentation Nationale alors qu’en Europe, elles en sont dispensées.

Aucune question n’est abordée par Powell:

-pourquoi cette entreprise s’est elle surendettée,

-qu’a-t- elle fait de l’argent gagné avant la crise,

-pourquoi le capital n’accomplit -il pas sa fonction et ne remet il pas au pot,

-pourquoi la collectivité qui sauve le capital n’a t- elle pas des droits accrus sur l’entreprise

-pourquoi ne met-on pas le management qui a commis l’erreur du surendettement à la porte comme les salariés

-qu’est ce qui garantit que les actionnaires et obligataires a qui on rachète les titres par la création monétaire ne vont pas avec les fonds reçus acheter des fonds d’état, de l’or, des tableaux, des villas, des titres Apple, Amazon ou Netflix?

etc etc..

Il y a deux systèmes économiques qui co-existent; d’un côté un système dans lequel si vous êtes victime d’une calamité économique vous perdez votre emploi et de l’autre un système dans lequel si vous êtes victime d’une calamité économique et que vous perdez votre capital on vous donne de l’argent pour que vous ne soyez pas  ruinés et accessoirement pour préserver l’emploi.

Qui ne voit la dissymétrie est aveugle . La balance de la justice ou même de l’équité n’est pas équilibrée.

Powell ne voulait pas aborder les problèmes posés par un marché boursier en pleine euphorie et dopé par des politiques bénéficiant à Wall Street, comme tous les politiciens il prend les gens pour des imbéciles en se focalisant plutôt sur le roman , sur le narrative  des mesures axées sur le soutien des marchés du travail.

Je ne suis pas convaincu que ce soit crédible, mais la chose monétaire et financière est si complexe que peu de gens voient les failles . Ce n’est pas parce que les gens ne voient pas les gouffres qui se creusent qu’ils n’existent pas et qu’ils ne produiront pas leurs effets!

La question des inégalités est devenue un risque institutionnel majeur pour nos systèmes, je dirais même pour nos sociétés  et ce risque est non pris en compte. Ni par les banques centrales. ni par les gouvernements trop heureux de voir l’argent tomber du ciel et masquer leur incurie .

Et puis il y a les risques systémiques:

«Nous avons franchi de nombreuses lignes rouges qui n’avaient jamais été franchies auparavant», admet le président de la Fed.

L’achat d’obligations indésirables, pourries  constitue  une ligne rouge franchie. Cela a des et aura des conséquences considérables car tous les risques comme je ne cesse de l’expliquer remontent au niveau du Centre c’est à dire au Coeur institutionnel de nos systèmes, le couple banque centrale-gouvernement. Ce qui signifie que ce qui est maintenant en première ligne c’est la solvabilité globale c’est à dire la monnaie.

Cela fait glisser la Fed dans les eaux dangereuses du crédit et de l’allocation des ressources. Ses politiques favorisent directement et indirectement des pans de l’économie et des segments/classes  de la société.

De plus, la Fed continue d’alimenter une bulle spéculative qui bientot exigera de nouveaux aliments pour se maintenir.

La crise que l’on a repoussée depuis 2008 remonte, elle remonte ; elle a touché les produits financiers puis les institutions financières  puis les marchés puis les économies, puis les politiques et maintenant le social : elle creuse, la taupe, et elle fragilise nos arrangements sociaux.  Les crises non traitées, non affrontées  s’enracinent et s’incrustent; elles finissent par, de proche en proche et de plus en profondément, par tout miner et contaminer  .

A force de vouloir sauver un ordre inique qui a vacillé en 2008, les autorités ont tout, absolument tout fragilisé; toutes nos constructions branlent, nos fondations  sont maintenant fissurées.

 

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