LE CONFINEMENT COMME EXPÉRIENCE DE MILGRAM

Rassurez vous, je ne vous dirai pas ce que je pense du confinement en France. Je traiterai exclusivement du comportement des Français face à la décision de confinement. 

L'EXPERIENCE DE L'OBEISSANCE

 

Cependant, réglons au préalable la question de l’opportunité du confinement : c’était peut-être utile, soit pour limiter le nombre de décès provoqués par le Covid 19, soit pour rassurer les Français. Mais dans tous les cas, presque tous les gouvernements, sauf quelques uns (Suède, Allemagne, Taiwan, Corée), ont dû ordonner le confinement de leurs populations pour ne pas être accusés d’impéritie. Quoi qu’il en soit,  les citoyens étaient en situation de croire que le confinement, auquel les astreignait l’État, était justifié.   

Il en est résulté une expérience proprement extraordinaire que je suis content d’avoir vécu. L’action demandée aux Français était proprement extravagante : s’enfermer chez soi en s’interdisant de sortir prendre l’air, sauf à établir, pour soi-même, des attestations selon des formulaires farfelus : les sept cases du docteur-premier ministre Edouard Philippe passeront sans nul doute à la postérité !

On a vu aussi l’intervention d’une cohorte de Diafoirus, prétendant tout savoir de ce qu’il fallait faire pour lutter contre la propagation du virus alors qu’ils n’en savaient rien.

Enfin on a vu l’empressement des foules à leur obéir, si bien que l’épisode du confinement nous confirme qu’il est extrêmement facile de manipuler et de contrôler une population, ce qui constitue l’objet de ce billet, à partir de l’expérience de psychologie de  Stanley Milgram.

Cette expérience s’est déroulée entre 1960 et 1963. Elle a consisté à recruter des sujets acceptant de se prêter à une étude qui portait apparemment sur l’apprentissage. Elle s’est déroulée au sein de Yale University, avec des participants qui étaient des hommes et des femmes de tous milieux et de tous niveaux d’éducation, âgés de 20 à 50 ans.

L’expérience mettait en jeu trois personnages, un élève qui s’efforçait de mémoriser des listes de mots et recevait une décharge électrique en cas d’erreur, un enseignant qui dictait les mots à l’élève, vérifiait les réponses et envoyait la décharge électrique destinée à faire souffrir l’élève et un expérimentateur vêtu d’une blouse grise de technicien, avec toutes les apparences de quelqu’un qui est sûr de son fait et qui représentait l’autorité officielle.

Il ne s’agissait que d’apparences. En réalité, l’expérimentateur et l’élève étaient deux comédiens, ce qu’ignoraient les personnes recrutées comme « enseignantes ».

L’élève était attaché sur ce qui ressemblait à une chaise électrique. L’enseignant-cobaye recevait la mission de lui faire mémoriser des listes de mots. Il était installé devant un pupitre où une rangée de manettes était censée envoyer des décharges électriques à l’élève. À chaque erreur successive, l’enseignant enclenchait une manette qui était supposé envoyer un choc électrique de puissance croissante à l’apprenant, alors qu’en réalité le choc électrique était fictif.

Le sujet était prié d’annoncer la tension correspondante avant de l’appliquer. Les réactions aux chocs électriques étaient simulées par l’apprenant, un comédien qui avait reçu les consignes suivantes :

à partir de 75 V, il gémissait;

à 120 V, il se plaignait à l’expérimentateur qu’il souffrait;

à 135 V, il hurlait;

à 150 V, il suppliait d’être libéré;

à 270 V, il lançait un cri violent;

à 300 V, il annonçait qu’il ne répondrait plus.

Au niveau de 150 volts, la majorité des enseignants-sujets manifestaient des doutes et interrogeaient l’expérimentateur qui était à leur côté. L’expérimentateur était chargé de les rassurer en leur affirmant qu’ils n’étaient pas tenus pour responsables des conséquences.

Si un sujet hésitait à envoyer la décharge électrique à l’élève, l’expérimentateur avait pour consigne de lui demander d’agir et s’il exprimait le désir d’arrêter l’expérience, l’expérimentateur lui adressait les injonctions suivantes, dans l’ordre :

1. « Veuillez continuer s’il vous plaît. »

2. « L’expérience exige que vous continuiez. »

3. « Il est absolument indispensable que vous continuiez. »

4. « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer. »

Si le sujet maintenait la volonté de s’arrêter après ces quatre interventions, l’expérience était interrompue. Sinon, elle prenait fin quand le sujet avait administré trois décharges maximales (450 volts) à l’aide des manettes intitulées « XXX ».

À l’issue de chaque expérience, un questionnaire et un entretien avec le cobaye jouant l’enseignant permettait d’écouter les explications qu’il donnait de son comportement.

Cette expérience a été réalisée avec 636 sujets selon des variantes qui permettent de définir les éléments poussant une personne à obéir à une autorité qu’elle respecte.

La plupart des variantes ont permis de constater un pourcentage d’obéissance proche de 65% pour envoyer une décharge électrique maximale de 405 volts en moyenne, alors que tous les participants s’étaient, à un moment ou à un autre, interrompus pour questionner l’expérimentateur et que beaucoup s’étaient montrés très réticents à envoyer la décharge électrique lors des derniers stades.

 

Dés lors, qu’est-ce qui peut bien expliquer que les sujets de l’expérience aient massivement obéis à l’autorité, alors que les instructions reçues étaient en contradiction avec leur conscience ? 



http://andreboyer.over-blog.com/2020/06/le-confinement-et-l-experience-de-milgram.html

 

À SUIVRE

 

PROCHAIN ARTICLE : LES LEÇONS DE L’EXPÉRIENCE DE MILGRAM

4 réflexions sur “LE CONFINEMENT COMME EXPÉRIENCE DE MILGRAM

  1. Bonjour M. Bertez
    Si l’on a pas mené soi-même une longue réflexion sur l’autorité et le pouvoir, appuyée sur l’étude, lorsque vous en êtes investi, vous ne pouvez qu’en reproduire le modèle que vous portez en vous , configuré par votre famille et votre culture. Il y a une belle réflexion imagée sur ce sujet dans le film Kagemusha , de Kurosawa:
    L’Empereur est assis au nord, dans l’attitude correcte; le monde tourne autour de lui.
    Cordialement.

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  2. Je travaille dans une entreprise en tant que technicien de maintenance et je relève les commentaires et agissements de mes collègues soumis à des règles liberticides, changeantes voir contradictoires. Mon carnet se remplit depuis avril à une vitesse impressionnante dont voici une compilation des meilleurs commentaires : « on n’est pas en Corée du nord non plus, ça va » « on a encore la liberté de travailler » « les règles sont les règles, c’est binaire ». J’avoue passer plus de temps à des analyses psychosociales et économiques qu’à exercer mon propre métier.

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    1. Je pense qu’il y a un moment pour tout et c’est le moment de reflêchir sur l’évolution de notre société.

      Il faut reflechir et grossir les traits , caricaturer pour faire comprendre , surtout ne pas minorer, surtout ne pas pratiquer « l’anchoring », c’est à dire admettre ce qui s’est passé hier pour tolérer ce qui va se passer demain.

      Le chemin de la scéleratesse est glissant , au début on peut se rattraper, et ensuite ce n’est plus possible, on est entrainé.

      De proche en proche on tolère tout.

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  3. Une autre expérience qui en dit long sur la contamination du Mal chez les êtres qui, épousant un rôle qui leur a été dévolu par un scientifique du comportement, finissent de l’incorporer complètement puis peu à peu perdre le contrôle éthique et moral de soi (il n’y a pas l’épée de Damoclès du droit et de la justice punitive… Alors « l’Homme un loup pour l’Homme »?… Voir aussi la grande leçon post-Nuremberg et jugement d’Eichmann traitée par Hannah Arendt sur la notion d’ordre reçus, de responsabilité différée et d’inculpabilité… Bref, la « banalité du mal »:

    « L’expérience de Stanford (parfois surnommée effet Lucifer) est une étude de psychologie sociale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale, ayant eu un très grand écho social et médiatique.

    Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement de personnes ordinaires dans un tel contexte et eut pour effet de montrer que c’était la situation plutôt que la personnalité autoritaire des participants qui était à l’origine de comportements parfois à l’opposé des valeurs professées par les participants avant le début de l’étude. Les 18 sujets avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et leurs rôles respectifs de gardiens ou de prisonniers leur avaient été assignés ostensiblement aléatoirement. En d’autres termes, chaque participant savait que l’attribution des rôles n’était que le simple fruit du hasard et non pas de prédispositions psychologiques ou physiques quelconques. Un gardien aurait très bien pu être prisonnier, et vice-versa.

    Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu’on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L’une des conclusions de l’étude est qu’un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d’entre eux ayant même dû être retirés de l’expérience avant la fin.

    Malgré la dégradation des conditions et la perte de contrôle de l’expérience, une seule personne (Christina Maslach) parmi les cinquante participants directs et indirects de l’étude s’opposa à la poursuite de l’expérience pour des raisons morales. C’est grâce à celle-ci que le professeur Zimbardo prit conscience de la situation et fit arrêter l’expérience au bout de six jours, au lieu des deux semaines initialement prévues.

    Les problèmes éthiques soulevés par cette expérience la rapprochent de l’expérience de Milgram, menée en 1963 à l’Université Yale par Stanley Milgram.

    Cependant, le caractère scientifique et les conclusions de cette expérience, impossible à reproduire pour des raisons éthiques, ont toujours été et sont de plus en plus remis en cause. De plus, l’expérience semble ne pas avoir été faite dans le respect des règles de la méthode scientifique. Elle est même accusée d’être le fruit d’une « imposture » » J’ajouterai que la réalité historique plaide pour l’efficacité d’un tel procédé que cela soit pour des régimes politiques totalitaires activant la fibre émotionnelle des sujets, jouant sur le mimétisme et oscillant sur le contrôle mutuel pour s’assurer qu’il n’y ait aucun déviant mais aussi avec les sectes ou le gourou contrôle et manipule les plus faibles par la séduction charismatique couplée à la force (récompense et punition).

    Dans un autre registre, mais toujours en ligne de fond sur l’enchaînement grégaire et contaminant du Mal pour viser l’ascension totalitaire d’un Système idéologique et sectaire: « la vague » du livre de Strasser qui s’inspira d’une histoire vraie en Californie et dont on tira un superbe film.
    L’expérience originale se nommait: « L’expérience de la Troisième Vague est une étude expérimentale du fascisme menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première du lycée Cubberley à Palo Alto (Californie) pendant la première semaine d’avril 1967, dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie. N’arrivant pas à expliquer à ses élèves comment les citoyens allemands avaient pu laisser le parti nazi procéder au génocide de populations entières sans réagir de manière notable, Ron Jones décida d’organiser une mise en situation. Il fonda un mouvement nommé « la Troisième Vague » (the Third Wave), dont l’idéologie vantait les mérites de la discipline et de l’esprit de corps, et qui visait à la destruction de la démocratie, considérée comme un mauvais régime en raison de l’accent qu’elle place sur l’individu plutôt que sur la communauté.  » On peut lire sur wikipédia que: »Des psychologues s’intéressèrent alors à l’expérience menée par Ron Jones, notamment en matière de malléabilité d’esprit chez les adolescents. Ron Jones aurait en particulier été invité dans les classes de Philip Zimbardo, professeur à l’Université Stanford, et initiateur d’une expérience de psychologie dite « de Stanford ».

    Plus subtile encore le rôle de l’argent: Diverses études expérimentales montrent que l’argent diminue l’altruisme, les comportements éthiques et le contact social. L’argent aurait pour effet de centrer l’individu sur lui-même et de le rendre plus individualiste, réduisant ses comportements d’aide à autrui. Par des protocoles similaires, les mêmes chercheurs ont montré que l’activation de concepts en lien avec l’argent conduit les sujets à ne pas prêter attention à une personne demandant de l’aide pour résoudre un des problèmes, ou pour ramasser des affaires qu’elle aurait laissé tomber par terre.
    Dans ce domaine voici; « PSYCHOSOCIALE : 10 expériences qui ont marqué les esprits » https://www.encyclotron.be/psychosociale-10-experiences-qui-ont-marque-les-esprits/

    Et puisqu’une photo dit beaucoup plus que de longs discours: August Landmesser entre dignité humaine et morale https://www.hgsitephoto.com/histoire/august-landmesser-le-refus

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