A lire: Le peuple, non!

La couverture du nouveau livre publié par Thomas Frank est essentiellement une illustration de la position des élites sur le populisme:

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En prime, une reflexion/opinion  qui vaut ce qu’elle vaut -c’est à dire pas grand chose-  sur le populisme

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/572660/le-paradigme-populiste

Le populisme serait consubstantiel à la démocratie au sens où il se présente comme une réponse dérivée à l’altération des mécanismes de représentation et du principe de volonté générale dans un contexte où la démocratie paraît, plus que jamais, fonctionner sans dêmos.

À ce sujet, l’Américain Thomas Frank montre bien que des catégories sociales disparues du discours politique se sont mises à chercher la « sécurité » dans un univers moral moins perméable aux changements et à l’implacable nécessité de s’adapter aux nouvelles contingences.

Emportée par les demandes de reconnaissance intrinsèque des droits légitimes des minorités, la nation aurait ainsi cessé, aux yeux de ces catégories, de porter la volonté générale, l’« ayant droit » (le bénéficiaire) supplantant le citoyen et l’espace public se réduisant à l’image d’un agrégat de désirs particuliers au sein d’un grand marché administré d’en haut en fonction de la capacité d’influence des demandeurs.

Nos sociétés seraient devenues ainsi plus « fluides » et politiquement moins intelligibles en raison du développement de formes nouvelles de subjectivisme et de tribalisme, lesquelles font obstacle à la cristallisation d’une identité collective plus englobante. Nous sommes entrés dans un univers où l’on ne se sent plus appartenir à un tout : la société des individus correspondant à cette image de corps disséminés au sein d’une masse d’anonymes.

C’est pourquoi le « peuple » du populisme peut être interprété dans ses intentions comme un acte de restauration de « l’être-ensemble ». Prétendant incarner, ce « peuple-un » antagonique aux forces censées le dissoudre, le populisme se déploie dans une stratégie de polarisation des enjeux se traduisant par la désignation de figures ennemies dont la fonction première est de mobiliser des masses d’individus qui partagent, dans leur solitude commune, une forme plus ou moins explicite de ressentiment.

Il est en cela l’envers conséquent de la désagrégation du corps social au sens où l’individualisation favorise la mise en scène de personnalités dont l’apparente proximité donne l’impression d’être plus présente, plus en phase avec soi dans un contexte où la frontière entre le privé et le public devient poreuse.

Au-delà des cibles et des buts, ce qu’il y a de commun aux populismes, c’est ainsi la volonté de se constituer en un relais véritable de revendications populaires éparses. Ils s’investissent d’une capacité de traduire la « volonté authentique » du peuple, d’abord dans la conquête du pouvoir politique, puis — ultérieurement — dans une forme de « gouvernance » de proximité en rupture avec la pure gestion comptable.

Si la pérennité des mouvements populistes renvoie à leur capacité à reproduire et à entretenir la foi des foules, les régimes qui en sont issus sont pour l’essentiel autoritaires. En effet, s’il demeure présent dans le langage, le peuple des populistes demeure néanmoins une entité passive destinée à être gouvernée en raison même de sa fluidité et du caractère incertain des réalités sociologiques auxquelles il renvoie.

Dans ce sens, le populisme ne préside pas tant à une restauration de la figure du citoyen délibérant et de la « participation populaire » qu’à la canalisation, sous des formes spectaculaires, du mépris des vieux partis. Il vise d’abord à entretenir la légitimité de ceux et celles qui accèdent au pouvoir par l’irrigation de mécanismes partisans propres à faire retentir la voix du peuple désigné qui n’est jamais pour autant le « peuple réel ».

Ce qu’il y a de réel, cela dit, c’est le désarroi tangible de catégories plurielles et isolées dont la colère est habilement canalisée par une « dynamique des passions » apte à redonner, contre la dislocation, un peu de substance à la figure sociale du « commun ». À l’ère de l’opinion, les partis populistes font « parler » la « majorité silencieuse » laissant croire, et c’est là le danger, à la possibilité concrète d’une volonté unanime autorisant ses « authentiques » porte-voix à aller au-devant de ses demandes. En ce sens, le populisme de gauche ne saurait, à nos yeux, représenter une solution valable.

La complexité est manifestement peu compatible avec la prétention à condenser politiquement une volonté générale saisie dans son unicité. Le populisme, qu’il soit de gauche ou de droite, porte en germe le danger d’une dérive autoritaire justement parce qu’il prétend être en totale proximité avec le peuple. Face à cette tentation et devant l’état actuel des démocraties libérales, il vaut mieux miser, plus modestement, sur la multiplication d’« activités politiques » non conventionnelles et la consolidation de contre-pouvoirs garants de véritables délibérations, à de plus petites échelles, sans pour autant que ces assemblées, à défaut de se prendre pour le « tout », puissent incarner — dans leur réseautage — une certaine idée du peuple.

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.

 

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