Quel avenir pour un système fondé principalement sur la dette.

Rédigé par
Bruno Bertez
9 juillet 2020

Le monde produit les idées qui lui conviennent au moment « m » – pas étonnant, donc, de voir fleurir en ce moment dettes, déficits et TMM…

Comme nous l’avons vu hier, le système actuel est fondé sur la dette. Or un tel système, décapitalisé, tout en levier est hyper fragile : les pertes sur les créances des uns se diffusent en chaîne sur les actifs des autres, et le château de cartes s’écroule, la cohorte de dominos se couche – jusqu’à ce qu’on arrive au niveau du bilan du Centre, c’est-à-dire le bilan du couple banque centrale/gouvernement.

Un système de capitalisme financier débouche toujours sur la socialisation, sur l’exposition du Centre et pour finir – c’est inéluctable –, sur la destruction de la monnaie et la mise en péril de l’ordre social.

Attention, c’est une logique d elong terme, cela n’implique rien quant au court terme.

Dire qu’il n’y avait pas d’autre choix est un mensonge.

C’est bien entendu faux ; c’est de la pensée monopolistique de groupe qui s’inscrit dans le droit fil de tout ce qui est fait depuis la mise en place du capitalisme financier. La pensée de groupe établit des justifications et des rationalisations.

Guidé par la dette

L’entrée dans le capitalisme de la dette réduit les choix possibles dans tous les domaines. Cela place les autorités dans une position où elles n’ont justement plus d’autorité car elles sont otages, soumises au chantage perpétuel. Quand on dit que les autorités sont soumise aux marchés nous ne disons rien d’autre que cela.

A chaque fois, il faut prendre la solution qui évite l’écroulement de l’édifice. Peu à peu tout devient imposé, guidé par la dette.

La dette, c’est l’argent mort, le travail mort. Le drame, c’est que le mort impose sa loi au vif jusqu’à l’asphyxier. Il est dommage que les commentateurs ne le disent pas ! Gouverner en fonction de la dette c’est se servir du vif comme variable d’ajustement.

Dans un monde moins noyé dans la dette, beaucoup d’autres politiques auraient été possibles – soit en termes sanitaires, soit en termes économiques.

Par exemple on aurait pu décréter un moratoire de tous les engagements financiers pendant une période donnée, une sorte de suspension, une période blanche si on veut, avec financement des dépenses de l’Etat en Théorie monétaire moderne (TMM). Mais la financiarisation et le socialisme qui en découlent empêchent toute réflexion outside the box !

On pare au plus pressé

On remarquera que ce qui a été mis en place et décidé l’a été non dans le cadre d’une stratégie de long terme avec examen des conséquences non voulues et des possibilités futures de revenir à la normale. Non, on a simplement paré au plus pressé.

A la fin des fermetures économiques un peu partout dans le monde, que la pandémie soit terminée ou non, la question est de savoir si cette augmentation des dépenses et des dettes publiques peut se poursuivre et si les niveaux d’endettement du secteur public vont pouvoir finalement être maîtrisés et réduits.

Après la fin de la Grande récession de 2009, l’opinion dominante des gouvernements et des économistes était que le niveau de la dette publique était trop élevé et que cela nuirait aux taux de croissance économique et/ou même engendrerait une nouvelle crise financière.

Les meilleurs économistes comme Rogoff et Reinhart ont fait valoir qu’il y avait des preuves historiques au cours des siècles montrant que lorsque les ratios d’endettement public étaient supérieurs à 90% du PIB, la probabilité d’un krach financier était très élevée.

Il a été généralement admis à l’époque que des mesures pour contrôler les dépenses publiques et augmenter les impôts, afin que les déficits budgétaires soient réduits et même éliminés pour réduire le niveau de la dette, étaient nécessaires pour assurer une croissance économique durable à l’avenir.

Ce point de vue austéritaire dominait. Le point de vue keynésien apparemment alternatif selon lequel, dans un marasme, « les déficits et la dette n’ont pas d’importance » a été rejeté, parfois même par les keynésiens.

Les dettes n’ont pas d’importance ?

Cette fois-ci, les choses semblent différentes. Les gouvernements – à l’exception des Allemands – ne parlent pas de « contrôler » les finances du secteur public. Dans l’ensemble, ils semblent à l’aise avec des gouffres de long terme.

Il semble maintenant admis que le secteur public est là pour renflouer durablement le secteur privé lorsqu’il est en difficulté.

Je vous ai toujours dit que ce ne sont pas les idées des soi-disant théoriciens qui gouvernent le monde. Non, le monde se gouverne en fonction de ses déterminations et de sa logique ; il est donc normal que le monde actuel produise les idées qui lui conviennent.

Ces idées, forcément, doivent aller dans le sens de l’Histoire. Les dettes n’ont pas d’importance !

Selon Paul Krugman et Lawrence Summers, des niveaux d’endettement élevés ne seront pas en eux-mêmes un problème pour les économies avancées. Ils suggèrent même que de nouvelles hausses de la dette seraient souhaitables, car cela contribuerait à inverser la tendance à la stagnation séculaire en Europe et aux Etats-Unis.

Vers la dette perpétuelle

L’une des principales raisons de leur optimisme est que le coût annuel du service de la dette sera inférieur au taux de croissance nominal de l’économie. Hmm ! On va vers la dette perpétuelle.

La position keynésienne la plus extrême, qui est maintenant très populaire, est que même la gestion des niveaux d’endettement n’a plus d’importance.

La TMM estime que tant qu’il y a sous-activité et capacités disponibles dans l’économie capitaliste, c’est-à-dire du chômage, les gouvernements peuvent dépenser indéfiniment – et les banques centrales peuvent les soutenir en « imprimant de l’argent » sans risque de défaillance ou d’effondrement financier.

Toutes ces élucubrations sont fausses, archi-fausses ; elles oublient l’essentiel. Dans pareil système, qu’advient-il du taux de profit du capital total, productif et fictif, et de la productivité, si la pourriture n’est plus jamais éliminée ?

Comme le dit le slogan Playmobil : en avant les histoires !

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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