Un texte juste du lecteur A v: destructions.

Permettez-moi une petite réflexion…

Nous assistons cette année à la destruction finale d’une autre statue du commandeur : le baccalauréat, dont l’épidémie de Covid-19 a pour lui aussi, été le coup de pichenette d’une déliquescence qui durait depuis quarante ans environ.

La dilution du bac, tout comme la dilution de la monnaie, de la notion de Dieu, du père, du genre… participe à cette préparation d’une génération sacrifiée, sans repère, qui sera mûre pour se jeter sans esprit critique dans les bras du premier gourou qui se présentera, peu importe qu’il soit un système marchand inique, Gaïa, Moloch… ou tout autre idéologie dominante qui émergera du chaos.
Le baccalauréat se dilue, l’Education Nationale ne sert plus à rien, diront ceux qui la sapent hypocritement, avec la complicité (à l’insu de leur plein gré, ou pas, d’ailleurs) des professeurs parfois. Pire encore maintenant que les cours sont donnés par Zoom, retransmission vidéo, depuis le confinement.
Un exemple : Je pense aux cours de l’Ecole d’infirmière donnés à présent par vidéo à tous les IFSI de la Région, cours qui sont les mêmes depuis plusieurs années (fainéantise des professeurs), assénés à des élèves qui n’y comprennent rien, ou n’écoutent même pas, pourquoi écouter une vidéo ? Rare sont les IFSI qui font l’effort d’embaucher un spécialiste qui explicitera le cours, le décryptera, l’actualisera.

Ces IFSI ont de meilleurs résultats au concours bien entendu. Que vaudront ces infirmières par ailleurs, pourtant motivées et avec des esprits sincèrement envieux de soigner au mieux les malades ? Je ne pousse même pas ma réflexion jusque là.
Oui, le bac, bien public, est dilué de la même façon qu’au autre bien public : la monnaie.
Et Moon of Alabama de prouver ces jours-ci qu’aux USA (mais c’est aussi valable en France), les flambées les plus significatives de l’épidémie de Covid-19 se superposent parfaitement à la misère sociale, économique… (Noirs aux USA, camps de Gitans ou banlieues en France ou ailleurs en Europe…), sans rapport avec l’ethnie.

La misère n’a pas de couleur de peau, faut-il le rappeler ?
Ceci explique aussi la supériorité de l’Asie en matière de maîtrise de l’épidémie actuellement. Des personnes mieux éduquées intellectuellement, mais pas que, moralement aussi (l’Asie domine le monde dans ce domaine) sont en mesure de mieux lutter contre ce virus, je puis vous assurer que c’est ce qui a fait aussi la différence dans certains hôpitaux en France aussi. Pour lutter contre un virus, mais aussi affronter les problèmes à venir.

Dernière anecdote : Kléber Dupuy, instituteur de 24 ans, sous-lieutenant à l’époque, sauve le fort de Souville le 11 juillet 1916, et change de ce fait le cours de la bataille de Verdun. Souville est le point d’inflexion de cette bataille, et sans l’initiative de ce jeune lieutenant à la tête de ses 60 hommes qui avaient survécu aux gaz et à 3 km d’avancée sous les bombardements pour rejoindre le front et le fort, sans Kléber Dupuy qui désobéit aux ordres et arrêta les vagues allemandes à 3 km de la ville de Verdun dans le fort de Souille désarmé par Joffre en 1915, finissant à 15 survivants sur 60 au petit matin du 12 juillet, l’armistice aurait été sûrement signée en notre défaveur le 14 juillet 1916 (les Allemands avaient déjà frappé les médailles de la victoire à Verdun, et comptaient défiler dans la ville le 14, rappelons-le).
A l’époque, son exploit est aussitôt effacé des citations à l’ordre du régiment par l’Etat-Major (le mot Fort de Souville est banni des citations du 7e RI d’où il était issu) : le pouvoir politique et militaire, d’un commun accord, ne devait pas laisser savoir au peuple français que 60 hommes avaient changé le cours d’une bataille en désobéissant à leurs ordres, pire, que Verdun, le symbole de la boucherie et de la gabegie humaine, était sur le point de tomber.

Bref cet homme restera dans l’ombre, jusqu’à ce que son neveu de 87 ans à l’époque, le sorte de l’oubli, via un blog.
Le 11 novembre 1918, quelques années plus tard, le Président de la République citera lors de son discours à l’Arc de Triomphe « l’instituteur Kléber Dupuy ». Eclair de discernement, ou bien hommage du vice à la vertu ? Rien de tout cela à mon sens. Je crois qu’inconsciemment, les conseillers du président qui ont rédigé ce discours ont voulu rappeler à la fois de façon envieuse et comme un vainqueur honore un vaincu, cette autre statue du commandeur (l’instituteur Kléber Dupuy), statue depuis longtemps dissoute, à l’image du ministère de l’Instruction publique, devenu depuis (encore tout un symbole des mots) : Education Nationale…

L’année suivante, en 2019, la direction militaire de l’école de Saint-Cyr honore l’exploit immense de Kléber Dupuy, en baptisant de son nom la promotion 2020 des élèves officiers de réserve de l’école (comprenant les polytechniciens fraîchement reçus, faisant leurs classes à Saint-Cyr).
A cette occasion, il est demandé au neveu de Kléber Dupuy, toujours vivant, alors âgé de 94 ans, d’écrire un discours pour les élèves baptisés du nom de son oncle.
La demande lui est faite le matin, quatre heures plus tard, le discours est transmis, définitif.
A part trois fautes de typographie d’un texte Word que le ciel homme ne maîtrisait pas totalement (peut-on lui en vouloir ?), le texte, un premier jet, pondu en quelques heures, est parfait. Beau, plein d’espoir, d’un français impeccable, impeccable sur le fond et sur la forme.
Cet homme, qui faisait de la Gymnastique et de l’ ergonomie dans son métier, cet homme qui ne possède que le certificat d’études, a réalisé en quatre heures ce que, sans me tromper, peu d’élèves polytechniciens de 19-20 ans, baptisés du nom de Kléber Dupuy, auraient été en mesure de produire.
Pour sauver Souville, son oncle Kléber (d’une rigueur et d’un esprit d’obéissance absolus à ses supérieurs par ailleurs) disposait du Baccalauréat d’alors, certes. Mais surtout de tout ce qui allait avec, à l’époque encore : la force de l’âme, la certitude de ce qu’il fallait faire (il risquait la cours martiale pour avoir désobéi), la rigueur morale, la soif de protéger ses hommes, du moins, de les utiliser au mieux lors de l’affrontement sur les structures du fort abandonné et désarmé… Bref, l’intelligence, celle que l’on acquiert aussi par des valeurs enseignées, « par l’Instruction », comme disait les vieux, statues actuellement abattues, sapées, clouées au pilori.
Et de susciter de partout dans les régiments qui se battaient dans le chaos et le bruit autour une rumeur : « quelques hommes sont en train de réaliser un exploit à Souville, allons les aider ! »(témoignage lu dans les rapports du 25e BCP, basé au fort de Tavannnes, 3 km en contrebas)
Et tous : paysans, ouvriers, petites gens, tirailleurs, goumiers… stupides pour certains, idiots crasses ou brillants esprits pour d’autres peu importe, instruits en tout cas du seul Certificat d’études certainement, de sauver la France d’alors.
Ironie encore plus grande, Kléber Dupuy demandait à ses hommes, qu’ils soient riches ou pauvres, de partager leurs cadeaux venant de l’arrière entre tous, dans sa compagnie. Ironie suprême ces jours-ci, le 11 novembre de chaque année, et tous les dimanches après la messe, Kléber Dupuy allait se recueillir au cimetière de la Teste-de-Buch, d’où il était natif, sur la tombe des tirailleurs sénégalais. « Ses frères », comme il disait sans emphase. Avec la pureté du coeur et rien d’autre. Rien d’autre !

J’ai honte de tout ce que j’entends ces jours-ci.
J’ai honte, parce que la beauté humaine est en chacun de nous, et on la souille, on la pervertit à outrance, dans un seul but, vous le dites bien M Bertez, reproduire un ordre social inique en faveur des Ultra-riches, au mépris de tous les autres humains, quels qu’ils soient.

Je dis « on ». Pronom indéfini. On, parce que l’inconscient du système actuel est devenu ce « on ».
Et que ce « on » est ce qu’il faut combattre, par l’Instruction, privée pour le moment (vous, et d’autres sur le net, encore heureusement, pour combien de temps encore ?), publique de nouveau un jour, j’ose l’espérer.

3 réflexions sur “Un texte juste du lecteur A v: destructions.

  1. « Le 11 novembre 1918, quelques années plus tard, le Président de la République citera lors de son discours à l’Arc de Triomphe « l’instituteur Kléber Dupuy » ».

    Il faut lire bien entendu le 11 novembre « 2018 », bien sûr.

    En lien, le texte du Président de la République :

    https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2018/11/12/discours-du-president-de-la-republique-emmanuel-macron-a-la-ceremonie-internationale-du-centenaire-de-larmistice-du-11-novembre-1918-a-larc-de-triomphe

    Et le texte de moon of Alabama sur épidémie de Covid-19 et pauvreté :

    https://lesakerfrancophone.fr/la-pandemie-revele-la-veritable-maladie-de-nos-societes

    Merci.

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