Editorial. Nulle part ailleurs. Valeur travail-valeur d’échange-valeur désir. Le fascisme de l’idéologie du désir.

Cela commence comme un article boursier mais ce n’est pas boursier ...

30 juillet – Associated Press : «La pandémie de coronavirus a fait plonger l’économie américaine d’un taux annuel record de 32,9% au dernier trimestre … L’effondrement de l’économie au cours du trimestre d’avril à juin, stupéfiant par sa rapidité et sa profondeur, s’est produit alors que la résurgence de l’épidémie virale a poussé les entreprises à fermer pour la deuxième fois dans de nombreux domaines. L’estimation par le gouvernement de la baisse du produit intérieur brut au deuxième trimestre est sans comparaison depuis le début des records en 1947. La pire contraction trimestrielle précédente – à 10%, moins d’un tiers de ce qui a été rapporté jeudi – s’est produite en 1958 sous l’administration Eisenhower . »

26 juillet – Wall Street Journal :

«Les actions, les obligations et les matières premières se dirigent vers leur plus forte hausse simultanée de quatre mois jamais enregistrée. Ceci  soulignant l’ampleur de la reprise du marché pendant le ralentissement économique de 2020.

Jusqu’à jeudi, les indices de matières premières S&P 500 et S&P GSCI ont chacun monté de plus de 25% depuis fin mars, tandis que l’indice Bloomberg Barclays U.S. Aggregate Bond a progressé de  plus de 3% au cours de cette période.

Si les gains se maintiennent au cours de la dernière semaine de juillet, ce serait la première fois que les jauges augmentent toutes autant en quatre mois, selon une analyse de Dow Jones Market Data remontant à 1976.

Les investisseurs et les analystes attribuent le montée sur les marchés financiers à la confiance dans les programmes de relance du gouvernement et de la banque centrale, aux espoirs de développement de vaccins et aux paris que la crise du coronavirus offrira une opportunité à un certain nombre d’entreprises grandes mais agiles et bien placées au détriment d’autres dont les luttes s’intensifient.  »

Vous remarquerez que cet article du WSJ occulte complètement le véritable lien de causalité, le lien réel et en revanche il invente des causalités qui n’en sont pas et ne sont que des rationalisations.

La vraie causalité qui est à l’oeuvre dans la hausse des prix des actifs financiers, c’est la production de dettes et de monnaie de crédit. La monnaie est mise en circulation, elle ne rapporte rien elle n’a pas d’emploi productif , c’est un Mistigri, donc elle va là ou se trouve le momentum de  l’enrichissement le plus facile: vers le marché et la loterie financière.

La névrose sociale jette un voile pudique sur cette réalité simple que l’on échange de la monnaie qui ne coûte rien et rapporte  rien contre des actifs qui sont des billets de loterie.

C’est  tellement évident  que c’est  oublié, comme l’air que l’on respire.

Ce qui est premier c’est la création de crédit et de monnaie et comme le champ des actifs monétaires, quasi-monétaires, near-monétaire et money-like est unifié, la masse nouvellement créée suit la ligne de plus grande pente du profit facile, elle dévale cette pente.

Ce qu’il faut comprendre, c’est fondamental,  c’est que les  actifs monétaires ne sont rien d ‘autre qu’une forme de monnaie, un avatar de la monnaie,  sur laquelle on a branché une Loterie comme l’avait fait le contrôleur Desmarais pour les Assignats, pour en soutenir la Valeur. Avec la loterie ainsi branchée,  la monnaie vaut magiquement plus que ce qu’elle vaut. Cela devient une monnaie-désir, une monnaie-passion-du-jeu, une monnaie moderne, frivole qui monte dans les airs; bref elle devient bullaire.

C’est John Law qui fut l’un des premiers à comprendre comment transmuter le besoin en désir. Comment passer de la finitude des besoins à l’infinitude des désirs. Pour faire accepter sa monnaie, pour la rendre désirable il a fait d’elle une monnaie- désir. Il a branché son système monétaire sur les actions de la Compgnie des Indes orientales et l’agiotage de la rue Quincampoix ; et ainsi il pu « baiser » les porteurs et renflouer le Trésor Royal.

Le secret de la Bourse c’est cela c’est l’alchimie qui fait passer la monnaie-valeur- d’échange triviale à la monnaie-désir, celle qui alimente l’espoir, l’illusion, la passion du jeu. Il faut remercier les marginalistes qui ont permis l’émergence de ces concepts et surtout de ces pratiques, merci à Walras et Menger. Ils ont donné aux puissants le moyens de baiser les peuples.

Keynes avait approché ce degré de compréhension quand il avait parlé de l’économie comme sous produit de l’activité de casino, mais il n’avait pas le bagage théorique pour comprendre toute la portée de son affirmation.  Il n’avait pas poussé la dialectique et noté que l’activité de jeu permettait de faire baisser le coût des fonds, le coût du capital comme on dit faussement maintenant; il n’avait pas compris que le casino boursier créait des valeurs qui n’étaient plus des valeurs d’échange fondées sur l’utilité, mais des valeurs de désir, des valeurs de passion.

Il n’avait pas compris que le phénomène de jeu  faisait entrer dans un autre monde déconnecté du monde réel. Le monde de l’exploitation de la bêtise et de la gogoterie /naiveté humaine . Keynes n’avait pas compris le monde nouveau.

Le secret de la modernité économique est un secret bien gardé, c’est le secret  du désancrage de la valeur du Réel sous jacent, c’est celui de la disjonction du fond et de la forme, c’est  sa mutation en Idée, en Illusion.

La valeur moderne n’est plus dans le réel qui lui a donné naissance, ou dans le besoin qu’elle comble,  elle est dans l’esprit qui la contempls comme c’est le cas dans les tableaux dits modernes. C’est la subjectivisation. C’est la subjectivisation qui fait que vous achetez un tableau de Hans Hartung qui représente un trait brun ou deux traits bruns qui se croisent pour pour 500 000 euros. Ou une goutte de lumière sur une toile pour 800 000 euros.

La modernité, son secret est là; c’est la subjectivisation des besoins ainsi ils peuvent  être libérés devenir infinis et valoir l’infini. Merci L’Oreal, merci Dior j’adore.

Toute la publicité moderne est fondée non sur le produit et son utilité mais sur la subjectivisation du besoin du client et sa transformation en désir. Regardez toutes pubs automobiles, ce sont des caricatures sous cet aspect!

La modernité en tant que passage de l’ordre du besoin à l’ordre du désir est un champ ouvert à l’exploitation des gogos que sont les clients, les citoyens politiques, les administrés. Il suffit face à leur médiocre finitude de faire miroiter les promesses, elles ne coûtent rien: on les paie en monnaie de singe, on crée de la monnaie-dette. On met de l’infini sur ce qui est fini: sur le travail, la production, la vie elle même.

Marx mettait l’exploitaion au coeur de son analyse sociologique; cette exploitation gisait dans le couple valeur travail/valeur d’echange. On payait moins le travail que ce qu’il valait. Le capital empochait la différence. La modernité a dépassé Marx.

Au lieu de mettre l’exploitation dans ce couple elle la met dans la trilogie valeur travail-valeur d’échange-valeur désir.

On fait demander/désirer  les choses, les biens les services, la monnaie, l’art, le luxe, l’addiction au digital,  pour une valeur supérieure à ce qu’ils valent, on leur accorde une sorte de prime subjective de désir. Parce que je le vaux bien .. n’est ce pas.

Favoriser la disjonction entre les valeurs pour libérer le désir, c’est la fonction de l’ordre social,  de la mode, de la publicité , des modèles, de l’idéologie et maintenant du langage et de la langue puisqu’ils sont manipulés en ce sens: « le clandestin indésirable devient le pauvre migrant désirable ». Comme le dit Bruno Bertez

Les marginalistes qui ont résumé une fois pour toutes la modernité en disant, « la valeur , elle est dans la tête de celui qui la contemple » sont des génies. Ils ont créé une civilisation, un ordre social.

Un jour je vous montrerais en quoi c’est un nouveau fascisme, un fascisme fondé sur l’idéologie du désir. Fascisme qui exige le sacrifice de ce qu’il y a de plus profond en vous: vous.

On va bien au dela du contrôle social auquel les attardés comme Chomski croient encore. Le nouveau fascisme est radical, il est lui aussi, non dans l’usage de  la force, il est dans la tête des gens, comme la valeur.

« value is in the eye  of the beholder »,  disait Carl Menger.

Les galieristes qui s’en mettent plein les poches en vous vendant des merdes bénissent Menger ! Cela vous le comprenez mais ce que vous ne comprenez pas encore c’est que Bernanke, Yellen, Powell, Draghi faisaient la même chose et la Chouette aussi !

C’est à cela que servent les mythes qui régissent l’administration monétaire.

Et ce que vous comprenez encore moins c’est que JP Morgan, Goldman Sachs eux aussi font la même chose ils administrent, commes les galieristes la Valeur des avatars monétaires, la valeur des actifs financiers, les money like. Cette valeur bullaire, futile, frivole, issue d’un consensus des grands prêtres de la religion de l’argent, qui dit que sur la base de tels et tels critères subjectifs…cela  vaut tant.

Le pouvoir est toujours en dernière analyse celui d’imposer les équivalences, de décréter:  « çà; cela vaut cela ». Regardez les idéologies du féminisme, de l’égalitarisme ou de l’anti racisme, de l’antispécisme , cela consite toujours à proclamer que ce qui est difffrent, eh bien c’est la même chose!

La soi disant justice sociale c’est la manifestation du pouvoir d’imposer des équivalences à des choses et des réalites qui ne sont pas équivalentes.

Pour résumer:

Ce qu’il faut que vous compreniez pour, un jour, ne pas être ruinés c’est la monnaieitude de tous les actifs financiers. Cette monnaieitude qui est aussi une detteitude.

 

Image

 

La monnaieitude en ses oeuvres.

La semaine dernière, le crédit de la Réserve fédérale a ajouté 4,4 milliards de dollars à 6,917 trillions , avec un gain de 47 semaines de 3,195  trillions . Au cours de la dernière année, le crédit de la Fed a augmenté de 3,165  trillions , soit 84,4%.

La masse «monétaire» M2 (étroite) a chuté de 70,2 milliards de dollars la semaine dernière à 18,318  trillions , avec un gain sans précédent de 21 semaines de 2,811 trillions de  dollars. La «monnaie étroite» a bondi de 3,448  trillions , ou 23,2%, au cours de la dernière année.

28 juillet – Bloomberg :

«Goldman Sachs…attise  l’inquiétude  face à l’inflation aux États-Unis en lançant un avertissement audacieux… selon la firme  le dollar est en danger de perdre son statut de réserve mondiale .

Alors que le Congrès se prépare à ‘une autre série de mesures de relance budgétaire pour soutenir l’économie ravagée par la pandémie, et que la Réserve fédérale a déjà gonflé son bilan d’environ 2,8 trillions de dollars cette année, les stratèges de Goldman ont averti que la politique américaine alimente des craintes de «  dépréciation  » de la monnaie. Ce qui pourrait mettre fin au règne du dollar en tant que force dominante sur les marchés des changes mondiaux …

«L’or est la monnaie de dernier recours, en particulier dans un environnement comme l’environnement actuel où les gouvernements dégradent leurs monnaies fiduciaires et poussent les taux d’intérêt réels à des niveaux historiquement bas. », ont écrit des stratèges de Goldman, dont Jeffrey Currie. Il y a maintenant, ont-ils dit, «de réelles préoccupations concernant la longévité du dollar américain en tant que monnaie de réserve». »

Pour la semaine, l’indice du dollar américain a reculé de 1,1% à 93,349 (en baisse de 3,3% d’une année à l’autre).

L’or au comptant a bondi de 3,9% à 1976 $ (en hausse de 30,1%). L’argent a bondi de 6,0% à 24,216 $ (en hausse de 35,1%).

 

4 réflexions sur “Editorial. Nulle part ailleurs. Valeur travail-valeur d’échange-valeur désir. Le fascisme de l’idéologie du désir.

  1. Oui le système actuel a déplacé vers le désir pour créer la valeur, mais c’est un leurre de croire que les désirs peuvent s’accumuler sans spiritualité, sans conséquence à terme pour tout le monde. A rester sur le même plan, de la vie Humaine, les choses s’évanouiront comme tout rêve.
    On découvrira que ce marketing, cette primauté de la communication ne chasse pas les Péril, elles les voilent.

    Ce mode de pensée est en train de détruire notre alimentation par exemple, mais aussi le travail etc.

    Oui il y a un clivage qui n’existait pas, point de Darwinisme social, point d’idéologie, il y a une disjonction dans l’Humanité, il y a d’abord ceux qui ont expérimenté/pensé le Bord du Gouffre invité par Heidegger & les Autres.

    J'aime

  2. Bonjour M. Bertez,
    « On fait demander/désirer les choses, les biens les services, la monnaie, l’art, le luxe, l’addiction au digital, pour une valeur supérieure à ce qu’ils valent, on leur accorde une sorte de prime subjective de désir. Parce que je le vaux bien .. n’est ce pas. »
    Bien vu ! et cela fait partie d’un tout bien démontré.
    et pour y arriver on divise les masses, on individualise, on narcississe les individus. On créait de nouvelles échelles de valeur dont même les pros du marketing succombent quand ils gèrent leurs épargnes …

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s