Chine trois fois muette, Suivi de Essai sur l’histoire chinoise, d’après Spinoza, de Jean François Billeter

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20 ans se sont déjà écoulés depuis la première édition de ces deux petits essais lumineux, mais quasiment rien n’y est à corriger tant les événements viennent hélas confirmer les inquiétudes de l’auteur : le mutisme de la Chine et des Chinois est toujours aussi profond, ou plutôt nous n’entendons plus que les rodomontades grotesques de nationalistes fanatiques et autres idéologues-serviteurs du Parti.

Et, de l’autre côté, à l’Ouest cette fois, la non moins ridicule et vantarde diplomatie américaine se pare de son habituelle rhétorique de la liberté pour présenter son pays comme le défenseur des « valeurs occidentales » : le spectacle ne trompe plus, et en devient même lassant tant il est conforme au scénario.

Un autre sinologue, Jean Levi, parlait dans un récent document de travail de la « rivalité sino-américaine pour la pseudo hégémonie mondiale sur un univers de déchet » ; telle est en effet la situation dans laquelle le monde est en train de s’engouffrer.

Et c’est précisément « la réaction en chaîne » qui a conduit à une pareille impasse que Jean François Billeter nous aide à comprendre.

Celui-ci choisit délibérément d’inscrire son propos dans le temps long, pour montrer comment la Chine contemporaine ne constitue en rien une exception, comme semble le revendiquer la propagande d’État, mais s’inscrit dans une logique historique et économique qui débute à la Renaissance et « l’émancipation de la relation marchande » et qui culmine aujourd’hui dans le triomphe mondial de la raison économique.

Mais le cas de la Chine est autrement plus complexe, car s’y superpose la question de la tradition politique chinoise dont l’auteur esquisse, dans le deuxième essai, un portrait synthétique et qui va droit à l’essentiel.

Dans une conclusion aux accents castoriadiens, Billeter rappelle que toutes les sociétés humaines sont imaginairement instituées, que leurs structures fondamentales sont le fruit d’une création. Rien n’empêche donc d’en instituer librement de nouvelles — encore faut-il d’abord prendre conscience de notre capacité instituante. [A.C.]

Allia, 2000

Ballast.

Une réflexion sur “Chine trois fois muette, Suivi de Essai sur l’histoire chinoise, d’après Spinoza, de Jean François Billeter

  1. Bonjour M Bertez
    Le pouvoir instituant des chinois serait , à mon sens, limité par leur total respect pour les classiques une certaine difficulté à remettre les « maîtres » en question – ( la Chine est encore le paradis des enseignants selon ceux que je connais) et la conscience , que j’ai pu constater chez mes amis chinois, de l’ancienneté de leur civilisation et de son pouvoir adaptatif, ce qui peut générer une certaine arrogance, et par ailleurs favorisé par leur pensée bâtie sur l’algorithme et non sur le théorème ( chez nous il y a le théorème de Pythagore, chez eux le triangle rectangle est une transformation particulière mais parmi d’autres de données des triangles)
    L’étant donné du postulat s’oppose au changement du I’Ching qui permet de gérer l’immuable par le changement et le changement par l’immuable….Hao Kung Fu!
    Par ailleurs, j’ai pu constater que eux aussi sont « interpellés » ( comme l’était Fabius devant l’amitié de Miterrand pour Bousquet) par les changements technologiques: tout les moyens techniques qui leur ont permis de se sortir de la stagnation du début du 20ème siècle viennent de l’Occident, et sur leur devenir culturel en voyant leurs cités se « lisser » au niveau de toutes les grandes métropoles mondiales. D’où un certain retour, dans les classes moyennes supérieures, aux instruments et parfois aux croyances fondamentales de la civilisation Han. On sait par exemple que la plupart des chinois sont assez rétifs à accepter l’idée du sapiens originaire d’Afrique…..
    Pour en revenir à notre propre poutre, relire de Bello Gallico ou les commentaires sur le comportement des princes Francs et de leurs clientèles, nous fait entrevoir notre pouvoir instituant d’un oeil un peu critique. Faire la révolution pour permettre à un énarque de jeter des subventions à sa clientèle du fond de son bureau doré à l’or fin , comme les princes francs les pièces d’or qu’ils avaient d’abord extorquées par la force, ne me semble pas plaider pour une très grande imagination constituante!
    Cordialement

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