Editorial: Pourquoi il est urgent d’arrêter les politiques monétaires scélérates et de favoriser la chute des bourses

L’une des idées de base de mon cadre analytique est, depuis longtemps, que les quantitatives easing et les politiques monétaires de taux zéro ou taux négatifs sont fondamentalement déflationnistes.

Cela semble bizarre à la plupart des observateurs, mais je viens de constater que l’exceptionnel Tuomas Balinen, excellent économiste finlandais, s’est fait l’écho de cette idée. D’autres économistes de grand renom l’ont effleurée sans en décortiquer les articulations.

J’ai opéré ce décorticage il y a quelques jours dans un article qui suggère qu’il faudra une bonne crise de destruction boursière pour sauver les évconomies réelles. J’explique dans cet article que, certes, je m’exprime de façon un peu caricaturale pour choquer, mais que le fond est vrai.

Un prix Nobel, il y a quelques années, a abordé cette question, j’ai oublié son nom, c’est dire si la communauté des gourous en économie et finances a boudé ses travaux. Evidemment, ce n’est pas très populaire que la bourse doit d’abord cracher avant que l’économie réelle puisse se redresser.

L’idée de cet économiste que j’avais étudié à l’époque est un peu différente de la mienne, mais elles se rejoignent. Il expliquait que les fonds qui étaient libérés ou créés ou dirigés par les politiques monétaires non-conventionnelles n’allaient pas là où elles devaient aller car la bourse faisait concurrence à l’économie réelle.

A partir du moment où placer son argent en bourse, c’est à dire acheter du papier rapporte plus que d’acheter des équipements collectifs, vous pensez bien que la logique capitaliste, qui est l’accumulation à tout prix, conduit à privilégier la spéculation et l’ingenierie financière à l’investissement producteur de richesses et de revenus salariaux.

C’est une évidence que personne ne veut voir: le fait que le marché financier permette un enrichissement rapide sans risque, magique, miraculeux, constitue une concurrence aux emplois des fonds dans l’économie réelle.

C’est une première source d’inefficacité de ces politiques monétaires conventionnelles. Je la résume pour faire la transition:

Ces politiques monétaires valorisent mécaniquement le capital ancien représenté par les actions et les obligations, elles provoquent un enrichissement facile avec des performances annuelles tellement élevées qu’elles sont dissuasives pour tous les autres emplois de fonds. C’est ainsi que s’explique l’ingéniérie financière actuelle tournée vers la bonification des performances du capital fictif:

  • rachat d’actions par les entreprises qui ainsi créent de la fausse valeur
  • fusions/acquisitions, rachat de capital existant
  • private equity

L’autre versant des conséquences de ces politiques, c’est la contrainte renforcée qui pèse sur l’investissement productif.

Pour investir productivement, une firme exige un certain taux de profit. En fait, elle exige une rentabilité minimum qui est destinée à lui faire conserver et attirer les actionnaires. Si elle ne conserve pas et n’attire pas les actionnaires, elle est finie, absorbée par une OPA. Donc une firme a besoin d ‘un taux de rentabilité minimum pour donner à ses actionnaires ce qu’ils attendent. Et qu’est-ce qu’ils attendent? Et bien ils attendent des dividendes et des hausses du cours de bourse, le tout avec le plus de sécurité possible, avec le moins de risque. Cette attente qui constitue le vrai coût du capital augmente avec les performnces de l’ensemble du marché boursier. En effet, plus la performance du marché boursier est élevée, plus il faut être compétitif pour attirer les capitaux et plus, par conséquent, il faut placer la barre pour investir à un niveau élevé.

Je résume. La hausse du marché boursier, dans son ensemble, rejaillit sur les politiques micro-économiques dans la mesure où les managers sont obligés de relever la barre des investissements. Ceci réduit considérablement les opportunités d’investir, vous vous en doutez bien. Un manager qui se contenterait d’un retour sur investissement productif de 3% alors que ses actionnaires peuvent faire du 15% ailleurs sur le marché financier serait rapidement limogé ou alors on lui demanderait d’arrêter d’investir, de distribuer l’auto-finacement, de payer les dividendes, de racheter des actions, de vendre ses actifs.

Je soutiens qu’il y a une confusion de vocabulaire au niveau du mot investissement. Je l’ai déjà expliqué et je réexplique souvent.

Acheter des titres en bourse, que ce soit des actions ou des obligations, ce n’est absolument pas investir, c’est un abus de langage. C’est simplement placer de l’argent, un point c’est tout.

Investir, c’est acheter des biens d’équipement, créer des usines, réunir des moyens de production avec un capital fixe, du capital variable, etc. Investir, c’est mettre en place des moyens pour créer des richesses réelles.

Les idiots des banques centrales croient stimuler l’investissement en baissant les taux d’intérêt, en faisant monter dans l’échelle du risque, en donnant des assurances que tout cela durera longtemps… ils se trompent totalement. Ils stimulent les emplois d’argent en bourse, ils ne stimulent pas l’équipement productif.

A partir de là, vous comprenez la progression des inégalités, puisque les riches deviennent toujours plus riches grâce à la bourse.

A partir de là, vous comprenez la hausse scandaleuse des capitalisations boursières des FAANG car leurs performances boursières constituent un aimant pour les capitaux créés et distribués par les banques centrales. Cette hausse des FAANG est une anomalie, une hernie, conséquence directe de tous les mécanismes que j’ai expliqués ci-dessus.

A partir de là, vous comprenez la stagnation réelle des dépenses d’investissement productif dans les économies modernes, vous comprenez du même coup l’érosion continuelle des gains de productivité.

A partir de là, vous comprenez pourquoi depuis plus de 40 ans, je critique la financiarisation.

En Prime, rappel de notre texte récent

Contrairement à ce que les observateurs superficiels pensent ce n’est pas du « money printing »; c’est une politique monétaire sans monnaie, c’est simplement une opération, un tour de passe passe, qui consite à retirer du portefeuille mondial ou national des valeurs mobilières de qualité, des titres sûrs qui rapportent un peu pour les remplacer par de la monnaie qui elle, ne rapporte rien.

L’effet recherché par cette opération est un effet d’entonnoir.

Ou encore un effet de compétition entre les détenteurs de fonds pour s’octroyer du rendement.

Si vous retirez du portefeuille mondial quelque chose qui est sûr et qui rapporte, ceux qui vous ont vendu ces titres se retrouvent avec du cash qui ne rapporte rien et qui par conséquent leur brule les doigts; ce cash comme le dit JP Husman est un Mistigri. Ceux qui le détiennent vont se mettre à chercher quelque chose qui rapporte pour placer ce cash et ils vont donc être obligés de prendre plus de risque, ils vont monter dans l’échelle du risque.

Retenez ceci: ils vont monter dans l’échelle du risque et formulez le autrement: ils vont avoir un plus grand appétit pour le risque c’est à dire si ils deviennent un peu pervers …pour le jeu. Vous comprendrez pourquoi je dis cela plus bas.

Le calcul des autorites japonaises était que l’effet d’entonnoir allait jouer et que les liquidités échangées allaient faire abaisser le prix du risque sur les marchés, allaient inciter les agents économiques à investir dans l’économie .

Ils croyaient que cela allait faire, comme ils disent dans leur ignorance crasse, faire baisser le coût du capital. La « baisse du cout du capital » allait déclencher une vague de dépenses d’équipement. Les dépenses d’équipement allaient amorcer la pompe de l’économie réelle, les multiplicateurs allaient fonctionner, distribuer des revenus, créer des vrais emplois etc, la bicyclette allait se remettre à rouler.

Ce fut une erreur de théorie dramatique qui se comprend si on revient aux bases de l’économie capitaliste : l’économie capitaliste c’est un système dont le moteur c’est le profit. Le moteur, la variable clef du régime capitaliste c’est la profitabilité du capital. Le ratio profit sur capital total engagé.

Le moteur de cette économie cale quand le taux de profit devient insuffisant. L’économie bute sur ses limites et la croissance disparait, on stagne; la tendance à la déflation apparait . C’est ce qui est arrivé au Japon dans les années 90.

Cette économie insuffsamment rentable soufre donc d’un excès de capital face à une insuffisance de profit; est ce qu’en faisant baisser le coût apparent du capital, le cout du crédit vous allez stimuler cette économie? Bien sur que non ! Elle est en déflation , elle craint l’avenir, la demande est insuffisante pour rentabiliser tout le capital en place , vous n’allez pas augmenter l’offre de capital! Vous allez tout à fait logiquement acheter des actifs financiers anciens parce que vous savez que la baisse des taux et les QE vont augmenter la masse de fonds qui cherchent à se rentabiliser, qu’ils vont faire baisser les rendemenst et que par conséquencs il va y avoir une course, une surenchère pour se sécuriser les meilleurs rendements disponibles. Les actifs fianciers anciens sont condamnés à s’apprécier car de plus en plus rares. C’est le mécanisme terrible de la « search for yield » à l’intérieur de l’univers des actfs financiers anciens.

Pourquoi iriez vous investir réellement, acheter des biens d ‘équipement, embaucher, subir la concurrence, subir l’érosion de la profitabilité, subir les risques politiques, subir les risques sociaux, subir les risques géopolitiques pour des profits aléatoires alors que la banque centrale vous promet, vous garantit des profits bien gras, bien dodus sans risque?

Vous faites de la finance, vous faites de l’ingénierie financière, vous rachetez des actions, vous rachetez votre capital vous rachetez les concurrents , vous achetez des fonds d’état pour être surs de ne pas manquer de liquidites.

Vous faites tout sauf investir pour produire des richesses réelles et distribuer des revenus suffisants aux salariés. .

Les politiques monétaires non conventionnelles sont inefficaces parce qu’elles font apparaitre comme désirable tout le capital ancien.

Une réflexion sur “Editorial: Pourquoi il est urgent d’arrêter les politiques monétaires scélérates et de favoriser la chute des bourses

  1. SUR L’EROSION MONETAIRE :

    Je reprends ci-dessous votre conclusion pour la souligner à nouveau, tant elle me paraît pertinente :
    « Les politiques monétaires non conventionnelles sont inefficaces parce qu’elles font apparaitre comme désirable tout le capital ancien. »

    Vous avez très bien expliqué ce mécanisme sournois et pernicieux, que malheureusement bien peu comprennent, et qui est à la base de l’érosion constante du capital depuis des décennies, c’est à dire depuis que les banques centrales ont commencé à baisser leurs taux, vers le milieu des années 1980, juste après que Volcker les avaient montés à 20%.

    Vous rejoignez sur ce point les analyses du Pr. FEKETE, pour lequel la crise n’est nullement due à une baisse de la demande, comme le croient éternellement les keynésiens, mais à l’érosion du capital par les Q.E. et la baisse continue des taux d’intérêt.

    Comme le souligne le Pr. FEKETE en page 97 de son livre  » Le retour au standard or » édité par le Jardin des Livres :
    « Une structure de taux d’intérêts stables ne doit pas être confondue avec des taux en chute.
    Le premier est une grande bénédiction, le second est un grand fléau ».

    Je cite d’autres extraits de son livre :
    En page 106 : « En effet, créer de la valeur obligataire à partir de rien a coïncidé avec la destruction du capital. La consommation de capital est un processus insidieux. Elle n’a pas de symptômes évidents. Plus comme un narcotique, elle a un effet euphorisant sur l’économie. Son rôle est de désensibiliser sa victime avant de vider ses poches. Elle peut grossir l’enveloppe des salaires, élargir les profits, la rémunération de gestion, mais tout ceci est passé en charges sur le compte principal. Du moins tant qu’il y a un compte principal… »

    Par ailleurs, voici un lien vers un article où le Pr. FEKETE nous explique pourquoi la politique de la Fed est contre-productive, elle sème de l’inflation pour ne récolter que de la …déflation !! : « The counter-productive monetary policy of the Fed; Sowing Inflation, Reaping Deflation »

    Cliquer pour accéder à AEFCounterProdMonetaryPolFed.pdf

    Comme vous le soulignez dans votre analyse, Mr Bertez, plus les taux baissent, plus le capital ancien prend de la valeur, c’est un phénomène bien connu sur les marchés obligataires.
    Et cela participe à l’érosion insidieuse du capital nouvellement créé, laquelle nous a rendus tous insolvables, les banques et les Etats en premier.

    Depuis des décennies, les banquiers, avec leur création monétaire ex-nihilo, n’ont fait que substituer au vrai capital un faux capital improductif, qui ne rapporte plus rien et ne fait que grossir des bulles.
    Le système monétaire est devenu un énorme Ponzi, une grosse coquille, ou pyramide vide qui ne fonctionne que parce les pseudo revenus ne sont pas échangés contre des biens tangibles, réels, mais réinvestis dans le système.

    En quelque sorte, le monde entier joue avec des jetons de casino et les accumule sans songer un seul instant à en demander la conversion en biens réels, ce qui dévoilerait l’imposture, probablement à travers une hyperinflation !
    Le monde financier est tellement esclave de sa cupidité, tellement obnubilé par la recherche de rendements, de profits, de plus values, qu’il ne s’aperçoit même pas de l’érosion de son capital !

    Le système continue tant bien que mal de leur verser des profits en papier, mais le capital a presque complètement disparu !
    Un de ses co-détenus avait demandé un jour à Madoff où était passé l’argent, et il avait répondu :  » il n’a jamais existé ! »
    En effet, Madoff distribuait des faux revenus censé être produits par un capital fictif, totalement virtuel, inexistant, mais cela, les investisseurs ne se sont aperçus de cette arnaque que le jour où ils ont tenté de retirer leurs fonds.

    L’origine de cette catastrophe, c’est la déclaration d’insolvabilité de la Fed du 15 août 1971, alors qu’elle n’avait plus assez d’or pour garantir les émissions monétaires des années 60 ( programme Apollo, guerre du Vietnam etc…).
    Et tout le monde, hormis la France et l’Afrique du Sud ( et l’URSS, mais elle n’ avait pas participé aux accords) a accepté le dollar non convertible.
    L’insolvabilité américaine et l’érosion du capital s’est ensuite propagée au monde entier comme une gangrène.

    Sur la politique monétaire, voici un extrait de l’interview dont le lien suit
    https://or-argent.eu/interview-dantal-fekete-sur-lor-la-mort-du-dollar-etc/ :
    « Pr Antal Fekete : la pauvre Janet ne sait pas ce qu’elle fait. Elle croit conduire une voiture mais son volant ne contrôle pas la colonne de direction. Au mieux son action est négative : lorsqu’elle souhaite tourner à droite, le véhicule se dirige vers le fossé de gauche et vice versa. »

    Pour ma part, je compare l’évolution actuelle du système monétaire à un avion en décrochage, dont les pilotes seraient arc-boutés en tirant à fond sur leur manche, pour tenter désespérément, sans résultat, de reprendre de l’altitude, comme cela s’était passé avec le vol AF 447 Rio-Paris en 2009, lequel a fini tragiquement.

    Pour mémoire, quand un avion est en décrochage, la seule solution pour en sortir, c’est de pousser le manche et de faire un piqué pour reprendre suffisamment de vitesse.
    Toute autre manoeuvre aboutit au crash.

    Or depuis 2008, nos « pilotes » banquiers centraux tirent sur leur manche en baissant leurs taux, en faisant des Q.E., en gonflant masse monétaire et bilans…. Et, sans surprise, « l’avion monétaire » poursuit sa dégringolade.

    La déflation est toujours là. contre toute attente, malgré les trilliards injectés.
    Ceci dit, le problème est peut être sans solution autre que le crash, car on comprend bien que la moindre déflation peut être mortelle dans un monde surendetté.
    Avant de se lancer dans l’impasse du dollar-papier, il aurait peut être fallu réfléchir un tout peu plus…
    Et puis, la fausseté des théories friedmaniennes et keynésiennes crève maintenant les yeux.

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