Editorial. L’Histoire est en marche et personne ne la conduit.

Au cours des dernières années, les investisseurs ont été largement récompensés pour avoir mis de côté les déterminants traditionnels de la valeur fondamentale des actifs et s’être concentrés sur une seule chose: les injections de liquidités abondantes et prévisibles sur le marché.

Au début, ils l’ont fait sans bien comprendre, justifiant bien souvent leurs achats d’actifs par des raisons fausses comme l’espoir d’une reprise économique réelle qui allait venir ratifier les évaluations.

Par la suite, ils ont continué par une sorte de reflexe façon Pavlov; constatant que les politiques monétaire étaient corrélées avec les hausses boursières, ils ont fait monter les indices en liaison avec les largesses des banques centrales.

Bien peu ont cherché le lien organique entre les politiques monétaires et les performances boursières, le constater, suffisait.

L’explication la plus communément répandue est que les taux bas justifierait des cours élevés pour les actifs puisqu’il n’y a aucune alternative. On fait monter les cours jusqu’à ce que tous les rendement dans l’univers des actifs soient équivalents. Au final, rien ne rapporte.

Quasi personne ne semble s’aviser que prétendre cela, c’est en même temps pretendre/affirmer que les performances à long terme des actifs seront nulles ou négatives; en effet si la cause des achats sur les actions c’est le taux réel nul ou négatif des rendements du 10 ans US alors on achète jusqu’ à ce que le rendement des actions à 10 ans deviennent nul ou négatif, c’est une évidence.

C’est ce qui recherché par les autorités monétaires en faisant chuter sans cesse la remunération administrée ; on retire du rendement , on injecte des liquidités qui ne rapportent rien et ce faisant on s’attend à ce que ces liquidités fassent baisser, de proche en proche, tous les rendements longs de l’univers financiers.

Et le mouvement, devenu quasi mécanique, dure jusqu’à ce que la création de liquidités nouvellles cesse. Les liquidités sont le Mistigri dont il faut se débarrasser. L’arrêt de la création de liquidités fait disparaitre ce besoin de chercher du nouveau rendement pour le Mistigri.

Les valorisations ne sont pas le moteur de la hausse des prix des actifs, non, les valorisations sont la conséquence de la mécanique aveugle qui est mise en place par la politique monétaire de taux zéro et de création de liquidités.

La haussse n’est pas volontariste, elle de découle pas d’une réflexion qui dirait: cela vaut cela, non elle découle d’une mécanique, d’une pompe.

D’ailleurs, tout au long du mouvement boursier depuis mars 2009, les investisseurs, les vrais , ceux qui calculent et étudient , ces investisseurs ont sous performé. La conscience de la valeur fondamentale des actifs financiers a joué comme un obstacle à leur acquisition et donc à la performance des vrais investiisuers; le sérieux et l’intelligence ont été pénalisés. Pour gagner de l’argent depuis mars 2009, il faut une mentalité de gogo; il faut constater une situation et se dire que cela va durer, un point c’est tout.

En attendant donc, tout l’univers financier s’ajuste jusqu’à ce que tout soit équivalent et ne rapporte que le rendement final offert par le marché phare, le marché directeur, le Treasury à 10 ans US.

Mais cette dynamique ne peut pas durer éternellement, et elle risque d’affronter un moment de vérité sera-ce au quatrième trimestre 2020?

Ayant longtemps été alimentés par une liquidité abondante, les marchés financiers entrent dans le dernier trimestre de 2020 dans un contexte de reprise économique mondiale de plus en plus timide, d’incertitudes politiques inhabituelles et de réponses politiques budgétaires et structurelles tardives.

A ces vents contraires s’ajoutent à la crise du COVID-19, qui a laissé la plupart des pays se battre pour trouver un équilibre entre la protection de la santé publique, le retour à un niveau d’activité économique semi-normal et la limitation des atteintes aux libertés individuelles.

Les autorités, soucieuses non de vérité mais de stabilité financière entretiennent l’espoir que les conditions de liquidité généreuses d’aujourd’hui, rendues possibles et soutenues par les banques centrales, continueront de servir de passerelle bien au dela de 2021.

Ce n’est pas acquis car la liquidité, les liquidités ne sont pas une donnée, mais un étar d’esprit et la meilleure image en est le mercure. La liquidité existe tant que l’on y croit, tant que le levier des dettes est bien huilé. Quel que que soit le niveau d’aisance financiere et monétaire, le système peut toujours se gripper et manquer de liquidité(s), les tuyaux peuvent toujours se colmater.

Prolonger, c’est le sens des pseudo innovations introduites cet été par les banques centrales: « nous n’arrêterons pas les politiques stimulantes même si nous dépassons l’objectif de 2% d’inflation ».

« Vous pouvez être rassurés, nous ne fermerons pas les robinets, nous ne retirerons pas les bols de punch, même si l’inflation vient à accelérer. »

C’est une autre façon de dire aux marchés ne vous inquietez pas, surtout n’anticipez pas une fin des largesses de liquidités, elles continueront même si elles ne sont plus justifiées. Autrement dit nous préférons le risque du dérapage à la mise en danger de la stabilité financière.

A ce stade la politique des autorités monétaires vise non seulement à inverser les dommages économiques et sociaux, mais à offrir également de nouveaux gains aux investisseurs.

Comprenez bien la hausse des bourses est une conséquecne non voulue, c’est un coût de l’ensemble de la politique menée. Les autorités aimeraient qu’il en soit autrement et que les cours cessent de buller de façon stratosphérique, elles aimeraient que l’air passe un peu hors des bulles, mais elles ne peuvent même plus l’envisager car si pareil mouvement se declenchait alors, elles ne sont pas sures de pouvoir le contrôler et le stopper là ou il serait souhaitable de le faire.

La destruction de plus en plus probable de l’univers financier est le coût caché, le cout reporté dans le futur, des politiques actuelles.

Ce coût, s’est manifesté dès 2010 lorsque les autorités se sont aperçues que la croissance réelle n’était pas au rendez vous et qu’il fallait abandonner l’idée, l’espoir que les cours de bourse puissent être ratifiés et solvabilisés par la production de richesse réelle .

En fait les autorites ont pratiqué une sorte d’action relais , mais le relais n’a pas été pris. Et c’est à nouveau ce qu’elles font.

Mais cette opération relais, déjà déployée depuis plusieurs années pour compenser d’autres vents contraires, sera-t-elle suffisante pour surmonter le cocktail pandémique?

Des données économiques récentes indiquent qu’en dehors de la Chine et de quelques autres pays, la reprise économique reste inégale et très incertaine, elle ne répond pas à ce qui est à la fois nécessaire économiquement et financièrement.

Les voyages, l’accueil et les autres activités du secteur des services continuent de faire face à des défis considérables, ce qui complique le tableau général de l’emploi. Les pertes à la fois pandemique et structurelles sont terribles car c’est une partie du tissus économique qui est peu solide, presque précapitaliste.

De plus, un nombre croissant d’entreprises d’autres secteurs sont obligées de se restructurer et de baisser la voilure. Les initiatives de «redimensionnement» sont indispensables et et ellles vont entrainer un tarissement des embauches ou même des vagues de licenciements.

À ces défis économiques s’ajoutent les incertitudes politiques accrues, en particulier aux États-Unis.

Le processus électoral incertain risque d’être compliqué par la contestation du résultat des élections et l’agitation sociale. La polarisation est extrême et pas seulement sur les questions traditionnelles, elle est extrême sur le fond car la contestation du système lui même a maintenant pignon sur rue.

Les délibérations du Congrès sur de nombreuses questions vitales sont retardées. Le Sénat américain n’a eu que peu de temps pour envisager autre chose que la nomination d’un nouveau juge à la Cour suprême, que la majorité républicaine insiste pour faire adopter avant la fin du mandat de Trump.

Nous sommes bien au dela des divergences sur les questions de gestion courantes, nous sommes dans la mise en cause du régime capitaliste. Et ce n’est pas un hasard si dans ces mises en cause on trouve également celle de la place des Etats Unis dans le monde et le statut du dollar.

Le leadership mondial des États-Unis est devenu très limitée. Trump a détruit ce qui restait d’illusion multi-latéraliste, mais rien ne les a remplacé.

Nous avons dès 2009 expliqué tout cela et décortiqué l’enchainement ineluctable auquel allait nous mener la crise de surendettement non traitée et repoussée dans le futur.

Nous avons expliqué que rien n’était résolu et que l’on se contentait de taper dans la boite

Nous avons expliqué que la voie du « refus du nettoyage » était à courte vue et que le monde s’engageait dans une voie de non retour, « ils ont brulé leurs vaisseaux »

Nous avons expliqué que la rareté allait faire sa réapaprition et avec ellles les luttes pour s’approprier les richesses aussi bien au niveau domestique qu’au niveau international

Nous avons décreté la fin de la globalisation et de la concertation dès 2013, la montée des compétitions stratégiques, puis le retour des guerres froides.

Nous avons expliqué et réexpliqué la dislocation de nos societés civiles, la montée de l’illibéralisme autoritaire, les restrictions aux libertés, les contrôles, les repressions y compris la repression fiancière et finalement la paupérisation .

Nous avons expliqué que non seulment les produits, les fonctions, les structures allaient changer mais que c’est l’ordre du monde et la façon de le concevoir qui allaient être modifiés.

Le réel avec ses desequilbres allait produire de nouveaux principes, de nouvelles théories toutes plus scélérates les unes que les autres.

La crise de 2009, non traitée, nous a placé dans un terrible engrenage.

L’Histoire est en marche et personne ne la conduit.

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