Banques centrales, elles échouent, vous payez!

Rédigé par 

Bruno Bertez 

15 octobre 2020

Les politiques monétaires ne marchent pas – et cela depuis des années. Pourquoi alors s’entêter à appliquer toujours les mêmes recettes ?

Il y a des questions essentielles en matière de politique monétaire, comme nous l’avons vu hier : est-ce que ce que nous faisons est bien adapté ? Est-ce que, finalement, nous ne commettons pas une erreur de diagnostic ?

Or actuellement, ces questions ne sont pas posées, en tous cas pas publiquement. On les trouve chez les critiques et les opposants aux banques centrales, mais jamais chez les banques centrales elles-mêmes.

Ces dernières pratiquent la pensée de groupe, elles détiennent l’autorité. Elles ont le monopole de la pensée. Elles ont des théories qui se révèlent fausses, des modèles qui se trompent… mais qu’importe : elles persévèrent. Ce n’est pas elles qui ont tort, ce sont les critiques et puis les peuples qui souffrent.

Les banques centrales vivent dans un système de tiers-payant, ce sont elles qui faillissent mais c’est vous qui payez !

(Ir)responsables

Jamais personne n’a pu mettre à jour les mécanismes qui feraient que les assouplissements quantitatifs soient efficaces, jamais il n’a été possible de les expliciter autrement que par la croyance, la foi ou la magie. On se contente d’espérer un deus ex machina ; on rationalise, mais on ne propose aucune chaîne de raisonnement !

Le fait que cette fois encore, après quatre mois, ils ne donnent rien n’intéresse personne. C’est toujours la même rengaine : si cela ne marche pas, c’est parce que l’on n’en a pas fait assez et pas assez longtemps.

Jamais il ne vient à l’idée des (ir)responsables de la conduite des affaires de se poser la question : si l’assouplissement forcené des conditions financières par le quantitative easing (QE) ne produit aucune reprise… ne serait-ce pas parce que les conditions financières n’ont rien à y voir, ne serait-ce pas parce que les causes du marasme sont autres que financières ?

On ne cesse d’injecter de la finance et cela ne donne rien – mais on refuse de se demander si le remède financier est bien adapté au mal !

Imprimer des milliers de milliards de réserves bancaires ne sert à rien, à la fois parce que les réserves ne sont pas de la vraie monnaie et en même temps parce que le mal que l’on doit soigner n’est pas d’origine monétaire.

Allez-y, goinfrez-vous !

Au mépris de toute logique, on veut nous faire croire que, même si on ne sait pas comment, les QE, cela marche : en retirant des actifs largement sans risque des mains du système bancaire, les responsables monétaires espèrent que ces mêmes banques remplaceront par choix – ou par manque d’autres options – ces actifs par des titres risqués ou, mieux encore, par des prêts à l’économie réelle.

C’est ce qu’on appelle le rééquilibrage ou les effets de portefeuille.

Ce rééquilibrage ne se fait pas, on n’en voit les effets que sur la Bourse et nullement sur l’économie réelle. Il y a des milliers de milliards de surplus monétaire qui ne font rien, qui restent oisifs, au parking.

Le seul effet des QE, c’est d’envoyer un signal à la spéculation : allez-y, goinfrez-vous !

Les économistes et les banquiers centraux n’appellent pas cela du mensonge ou de la magie, ils appellent cela un signal. Moi, j’appelle cela un tuyau d’initié donné à la communauté spéculative mondiale.

Ecoutons l’économiste – et ex-président de la Réserve fédérale de New York – Bill Dudley en janvier 2014, lors de son évaluation des performances du QE à ce stade :

« Nous ne comprenons pas pleinement comment les programmes d’achat d’actifs à grande échelle fonctionnent pour améliorer les conditions des marchés financiers, il y a encore beaucoup de débats… Est-ce l’effet des achats sur les portefeuilles des investisseurs privés, ou bien est-ce le principal canal de la signalisation ? »

Ah la signalisation ! C’est le tuyau de Bourse élevé à la dignité de politique monétaire !

On prend les mêmes et on continue

En 2014, ils se posaient la question, depuis ils n’y ont jamais répondu mais… ils continuent.

La question la plus pertinente, me semble-t-il, devrait être la suivante : s’ils n’ont toujours pas compris comment pouvait fonctionner – ou ne pas fonctionner – la politique monétaire, pourquoi continuent-ils ?

La réponse s‘impose d’elle-même : parce qu‘en 2009, 2010 et les années suivantes, ils se sont trompés et n’ont pas voulu le reconnaître.

Ils se sont enfoncés dans une impasse dont il n’est plus possible de sortir, parce qu’ayant échoué ils ont fait léviter les Bourses mondiales… et désormais, c’est cette lévitation qui est le vrai problème.

L’échec des politiques menées après 2009 a créé un risque financier colossal :

– l’absence de croissance forte a empêché ce risque de se résorber ;

– ayant peur de la rechute, on a continué les mêmes politiques tout en sachant qu’elles étaient économiquement contre-productives ;

– à chaque choc, il faut assouplir les politiques monétaires non pour relancer les économies réelles, mais simplement pour empêcher les Bourses de s’effondrer.

Les illusionnistes continuent de mener des politiques monétaires inefficaces, inadaptées et impuissantes à relancer les économies – parce que ce n’est pas la vraie motivation de ces politiques monétaires.

La vraie motivation des politiques monétaires est simplement d’empêcher la chute, l’effondrement déflationniste des Bourses.

La politique monétaire est une construction parallèle qui se donne pour économique alors qu’elle n’est que financière.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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