Editorial: quand les hommes se croient « le maître des horloges ».

Ceci n’est pas un article financier.

Fasciné par le fétiche monétaire, le monde ne voit pas que la réalité lui échappe et qu’il court après des ombres. La disjonction des ombres et des corps est à la base de nos illusions.

La monnaie est une ombre et en même temps un voile. Il en va de meme de la parole dans nos systèmes, elle est devenue voile et négation.

Nos mots sont comme la monnaie, faux. Nous faisons glisser le sens des mots pour ne plus voir la réalité qu’ils recouvrent, c’est cela Orwell. C’était un visionnaire.

Le marché financier est un reflet symbolique de notre société. Il n’exprime plus le réel, il exprime la névrose au travers laquelle nous voyons le réel.

Les valorisations des actifs financiers sont entierement dominées par la politique monétaire.

La politique monétaire fonctionne comme un congélateur. Elle fonctionne comme le soutien d’un système de valeurs au sens large.

Elle supprime la rentabilité/récompense de l’épargne, met le coût du crédit à zéro, soutient les prix de tous les actifs financiers de proche en proche et finalement elle nie le risque/l’incertitude en le prenant entièrement à sa charge.

D’une certaine façon la politique financièrs nie le mouvement, elle nie et rejette le mouvement de l’Histoire. Elle impose l’éternité bourgeoise , positive, aux forces de la dialectique et aux conflits du positif et du négatif. La politique monétaire s’analyse comme une tentative démiurgique d’arrêter le cours du temps. Nous ne sommes plus les « brasseurs du temps ».

Les marchés n’ont ni culture ni mémoire, ils sont incapables de s’eléver et de considérer le mouvement de l’Histoire, ils vivent dans une sorte de « présentisme« . La dictature des nouvelles qui remplacent l’analyse et le sens, cette dictature c’est la dictature du présent.

Faute de connaitre l’Histoire , ils pourraient au moins connaitre la géographie et constater que partout cela bouge, Il y a des guerres, des faillites, des déclins, des dislocations, rien n’y fait cela n’intéresse personne , rien ne retient l’attention de personne.

Les oeilleres monétaires sont larges et puissantes; elles sont faites pour que rien ne soit vu.

Nous sommes en train de changer de système monétaire et même de système économique et personne ne s’en aperçoit, le monde a le nez collé sur les compteurs des robinets qui déversent la nouvelle fausse monnaie. Les perceptions, les prises de conscience sont en retard.

Le mythe du Grand Reset, agité par les milieux conspirationnistes comporte une part de vrai, mais inversée. Les responsables de la conduite des affaires ne préparent pas la grande remise à zero, c’est l’inverse, ils sont arqueboutés pour l’éviter, pour faire que, malgré tout », cela dure ». Changer, -vous faire changer, vous transformer vous, fabriquer un homme nouveau – pour que rien ne change!

Tout se passe donc pour les actifs cotés sur les marchés comme si ils étaient suspendus dans les airs, sous cloche , protégés de tout; ce qui justifie le commentaire des gourous:

« tout est pricé, valorisé pour la perfection- priced to perfection-« .

La cloche de verre de la politique monétaire protège la sphère financière et lui permet d’évoluer dans un monde imaginaire parfait dans lequel la pénalité infligée au futur est nulle, les ressources sont infinies et le risque totalement couvert par le Centre du monde, le couple gouvernement – banque centrale.

Présenté autrement je suggère que ceci équivaut à une sorte d’hypothèse que personne ne formule: « toujours cela va durer comme cela, toujours nous allons pouvoir continuer sur un perpétuel haut plateau protégés de tout« , et par conséquent cette hypothèse c’est l’hypothèse qui prétend que l’Histoire s’est arretée!

Depuis les années 90 nous vivons, nous crevons du mythe de la fin de l’Histoire!

Ce qui est un comble c’est que cette hypothèse s’enracine précisément au moment ou l’Histoire se remet en marche avec ses multiples fractures, ses ruptures, ses failles politiques, économiques, sociales, géopolitique et maintenant sanitaires!

La remise en marche de l’Histoire provoque chez les classes dirigeantes une sorte de reflexe de « je n’en veux rien savoir, Ô temps supend ton vol », gelons tout, repoussons tout le négatif hors de notre vue.

C’est une attitude magique, infantile. Elle refuse la destruction de ce qui est dépassé, mort; rigidifié.

Le monde est en marche et le champ sur lequel les forces du passé et du futur s’affrontent, ce champ qui devrait être le marché financier avec sa capacité d’anticipation, eh bien ce champ, il est pétrifié, gelé, incapable d’accomplir sa fonction. Sur ce champ il n’y a plus libre confrontation des visions contradictoires de l’avenir.

Le marché financier est le reflet du mal qui va engloutir le système: la perte de la capacité à anticiper, à préparer, à s’adapter.

La crise future, dans son essence profonde sera une crise de l’adaptation, une crise de la pensée bourgeoise qui refuse que la Loi du monde, ce soit le mouvement.

En prime: la folie des hommes qui se croient Dieu alors qu’ils ne maitrisent rien!

Ou celui qui croit arborer le phallus d’or scintillant ne montre jamais que son cul.

Le rôle de l’homme politique, maître des horloges, c’est d’éclairer l’horizon, de distinguer l’important de l’urgent, de rappeler les valeurs, de montrer le cap, et de tenir bon. — (Bernard Attali, Si nous voulions, 2014)

Macron :

«Je resterai le maître des horloges, il faudra vous y habituer, j’ai toujours fait ainsi.»

Emmanuel Macron lors de la passation de pouvoir, à l' Elysée, le 14 mai 2017.

5 réflexions sur “Editorial: quand les hommes se croient « le maître des horloges ».

  1. Il pourront toujours courir pour enlever les espèces à des Allemands ou à des Suisses, etc… C’est pas demain la veille.

    Cordialement, Jean-Denis

    Le 27/10/2020 à 15:20, MATTLER Jean-François a écrit : > Je vous fais suivre ce texte de Bruno Bertez qui ne parle de finance > pour une fois. > > En ce qui me concerne, je fais partie des conspirationnistes qu’il > évoque et j’ai une trouille bleue du Grand Reset annoncé par le FMI. > Ce qu’ils veulent ? Ni plus ni moins que de nous imposer une monnaie > numérique et retirer la monnaie papier et les pièces. S’ils y > parviennent, nous serons à jamais des esclaves soumis, car si nous > sortons du rang, il leur suffira de fermer le robinet numérique et > nous crèverons la bouche ouverte. > > >

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  2. Je vous fais suivre ce texte de Bruno Bertez qui ne parle de finance pour une fois.

    En ce qui me concerne, je fais partie des conspirationnistes qu’il évoque et j’ai une trouille bleue du Grand Reset annoncé par le FMI. Ce qu’ils veulent ? Ni plus ni moins que de nous imposer une monnaie numérique et retirer la monnaie papier et les pièces. S’ils y parviennent, nous serons à jamais des esclaves soumis, car si nous sortons du rang, il leur suffira de fermer le robinet numérique et nous crèverons la bouche ouverte.

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