Les Français essuient une tempête parfaite, la défiance à l’égard du capitaine est forte

Édouard Philippe avait vu juste. «Je pense que nous allons affronter une tempête – une tempête économique, une tempête sanitaire, une tempête à tous égards – et peut-être une tempête sociale, peut-être une tempête politique», pronostiquait le 16 septembre dernier l’ex-premier ministre au grand dam de l’Élysée, que ces paroles de Cassandre avaient agacé. Le maire du Havre n’avait toutefois pas envisagé la série tragique d’assassinats terroristes qui a surgi depuis lors. Du coup, les défis sanitaires et sécuritaires s’entremêlent, faisant de l’Hexagone une frêle embarcation ballottée de Charybde en Scylla.

Par Jean-Pierre Robin

Pour désigner une telle conjonction de malheurs indépendants mais qui se conjuguent inexorablement, les Anglo-Saxons parlent de «perfect storm», tempête parfaite. Dans le film catastrophe Perfect Storm, le capitaine d’un bateau de pêche incarné par George Clooney doit affronter en même temps un ouragan et un cyclone et prendre des risques insensés.

Jeudi dernier, Jean Castex a été contraint d’interrompre son discours sur les mesures sanitaires à l’Assemblée nationale en prenant connaissance de l’attentat de Nice.

Pour exprimer le sentiment de sidération qui a saisi alors les parlementaires, Francis Chouat, le député de l’Essonne successeur de Manuel Valls, a eu ces mots justes: «On est dans un enchevêtrement de crises. Elles se multiplient, se confondent et jettent le pays dans un effroi absolu. Jamais en cinquante ans de vie politique je n’ai connu une telle situation.»

Crise sanitaire, crise économique, crise sécuritaire, les trois registres sont complètement hétérogènes, mais les expressions pour les qualifier curieusement interchangeables. «Nous sommes en guerre contre l’idéologie islamiste», s’est écrié à Nice Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, reprenant la formule d’Emmanuel Macron à propos du coronavirus le 16 mars dernier, lors de l’annonce du premier confinement.

Pour sa part, le président de la République a abandonné cette rhétorique martiale rapportée au Covid-19.

Dans son «adresse à la nation» de mercredi dernier, il s’en est remis à la fatalité et à l’humilité.

Alors que le 14 octobre il jugeait qu’«il serait disproportionné de reconfiner le pays», il a développé un double argument pour justifier son revirement. «Comme tous nos voisins, nous sommes submergés par l’accélération de l’épidémie… Tous, nous sommes au même point, débordés par une deuxième vague qui, nous le savons désormais, sera sans doute plus dure et meurtrière», a-t-il martelé.

«Submergés», «débordés», l’aveu d’impuissance, quelle qu’en soit la sincérité, n’est guère rassurant dans un pays sonné par le confinement et pétrifié par trois attaques terroristes en un mois. Pareille configuration est unique en Europe, qui exige de se déployer sur trois fronts en même temps.

Les enjeux sanitaires paraissent limpides pour le chef de l’État. Il rejette «l’option de recherche de l’immunité collective», car elle aurait pour conséquence que, «d’ici à quelques mois, c’est au moins 400.000 morts supplémentaires à déplorer». Ce chiffrage, validé par le Conseil scientifique, repose sur les modèles de prévision épidémiologique de l’Institut pasteur et de l’Imperial College de Londres. D’où le recours à la solution extrême du confinement, d’autant qu’à nouveau on bute sur le goulot d’étrangement des lits de réanimation ; leur nombre va être porté de 6000 à plus de 10.000, mais l’effort accompli «n’est pas suffisant face à cette (seconde) vague», reconnaît Macron.

Ce faisant, on réplique les méthodes frustes d’isolement contre la peste au Moyen Âge et on en connaît désormais le coût économique monstrueux.

En avril dernier, l’activité s’était effondrée de 30%, selon l’Insee. Certes on a su en tirer, en partie, les leçons: l’ensemble des services administratifs resteront ouverts, contrairement au printemps, où les fermetures avaient plombé le secteur privé (75% des magistrats n’étaient pas à leur poste, paralysant la vie judiciaire…). De même, la rédaction des protocoles sanitaires avait pris des semaines, provoquant l’arrêt quasi total de la filière BTP, ce qui ne sera pas le cas aujourd’hui.

Au total, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance (sic), espère que le ralentissement sera deux fois moindre pendant les prochaines semaines de confinement (baisse de 15% au lieu de 30%).

Reste que l’écart vis-à-vis de l’Allemagne, qui a décrété un «confinement léger» pour novembre, risque de se maintenir. Sur l’ensemble du premier semestre 2020, la récession avait été presque deux fois plus profonde en France qu’outre-Rhin!

«Une défiance forte à l’égard des décideurs»

La principale singularité française est sécuritaire. En Europe, il n’y a que chez nous que l’on voit des hommes en kaki patrouillant dans les rues depuis qu’Emmanuel Macron a décidé illico de porter de 3000 à 7000 militaires les forces de l’opération Sentinelle.

Il s’agit de rétablir un sentiment de sécurité d’autant plus indispensable que le climat économique et social est d’un noir d’encre. D’où les mouvements de révolte du commerce de proximité ce week-end dans la plupart des villes de province dont les maires ont épaulé les revendications.

C’est la première bavure de ce confinement pour lequel le gouvernement avait imaginé pouvoir reconduire les faveurs prodiguées au printemps à la grande distribution sous la pression de quelques inspecteurs des Finances reconvertis en épiciers du CAC 40.

Dans son rapport d’étape sur «la gestion de la crise Covid-19» remis au président de la République le 13 octobre, le Pr Didier Pittet (université de Genève) pointe «une société française caractérisée, avant même la crise, par une défiance forte à l’égard des décideurs».

Le bateau France affronte une «tempête parfaite» et son équipage a les nerfs à vif. Le capitaine Macron est prévenu.

4 réflexions sur “Les Français essuient une tempête parfaite, la défiance à l’égard du capitaine est forte

  1. 16 octobre 2020 11 h Les médias annoncent en boucle la mise ne examen de N.Sarkozy pour association de malfaiteurs .
    16 octobre 2020 17 h Samuel Paty est décapiter depuis nous n’avons entendu parler de cette mise en examen , il y en a ils jouissent vraiment d’une chance incroyable , j’ai bien dit incroyable .

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  2. Comment ne pas répéter que tous les chiffres sont truqués, alors qu’ils servent de base, d’argument indépassable à la destruction volontaire de notre pays, sous des prétextes sanitaires. Pendant ce temps le psychopathe de président jouit du mal irréparable fait à la France.
    Une personne sensée, sachant lire ne peut l’ignorer.

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